En mars, tu te « sucres le bec »

Écrit par : Arnaud Bardet

31 mars 2021

Le temps des sucres, c’est de la bouffe, de la musique, des belles histoires et des embrassades. Un retour aux sources pour de nombreux habitants de la province qui aiment partager cette tradition avec tous les gourmands de l’Alberta. Une occasion de faire la fête en souhaitant la bienvenue au printemps. Mais cette année, « se sucrer le bec » demande un peu d’imagination.

« L’hiver est fini ! », un cri du cœur de Jean-Samuel Lampron, le directeur de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) à Red Deer, lorsqu’il évoque le temps des sucres. Originaire de Magog, au Québec, il aime cette saison et se remémore son adolescence, à courir les bois et sucer la tire d’érable.

Virginie et Roger Dallaire ont produit la vidéo pour l’ACFA Saint-Paul, en plus d’y participer en tant qu’artistes avec les époux Lamontagne. Crédit: courtoisie

Des souvenirs qui viennent souvent de l’Est du pays comme l’indique Virginie Dallaire, Conseillère à l’ACFA de Saint-Paul et responsable de l’évènement dans sa communauté. « Moi, je suis québécoise ; la cabane à sucre, cela fait partie de moi, je ne me tanne jamais de manger du sirop d’érable. »

Josée Côté, la directrice de l’ACFA Centralta, est « un vrai petit bleuet » du lac Saint-Jean. Pour elle, les cabanes à sucre, c’est générationnel ! Enfant, adolescente puis maman, elle n’a jamais cessé de les visiter, du Québec à l’Alberta en passant par la Colombie-Britannique. Gourmande, elle énonce tous les plats dont elle raffole pendant le temps des sucres, sans oublier « la tire d’érable, tu en manges à n’en plus pouvoir ! »

De la bouffe pour réchauffer les cœurs

De nombreuses ACFA régionales ont trouvé le moyen de proposer un menu du temps des sucres à ceux qui le désiraient. En livraison ou à récupérer, difficile de trouver une bonne excuse pour ne pas en profiter. À Jasper, c’est près de 80 repas qui ont été distribués début mars, explique Guillaume Roy, le directeur de l’ACFA : « c’est un succès, malgré la pandémie. Notre communauté avait un réel besoin de se sucrer le bec ! »

Dans les années 80, on allait en traineau jusqu’à la cabane à sucre. Photo : archives ACFA Saint-Paul.

À l’ACFA de Lethbridge, les commandes explosent. « D’habitude, une centaine de personnes participent au repas de cabane à sucre. Cette année, c’est 220 boites-repas qui ont été commandées », se réjouit Kate Gilbert, la directrice. Victime de ce succès, elle évoque une belle inquiétude, « comment recevoir tout le monde l’année prochaine ? » Faudra-t-il, dans cette communauté francophone « très serrée », pousser les murs de la Cité des Prairies ?

Lorsque l’on parle de mets traditionnels québécois pour le temps des sucres, une règle est immuable : un repas copieux, arrosé de sirop d’érable, de l’entrée au dessert. Jean-François Gouin, copropriétaire avec son épouse Sylvie, du restaurant Chez François, a répondu à l’appel de l’ACFA régionale, comme d’autres restaurateurs de la vallée de la Bow et a proposé la semaine dernière un repas « très sucré ».

Jean-François aux fourneaux pour partager son repas du temps des sucres. Crédit: Chez François

« C’est tellement plaisant de fêter le temps des sucres. C’est une belle occasion pour retrouver notre communauté francophone, et de partager avec tous nos clients les traditions du Québec ». Une initiative qu’il va sûrement pérenniser. Autant dire que chez lui, la soupe aux fèves, le jambon à l’érable, les cretons, l’omelette, le ragoût de boulettes, et la terrine de sirop d’érable ne restent pas longtemps, « les assiettes sont toujours vides à la fin ! »

Josée Côté, en rouge, et son adjointe administrative Julie Bédard en train de finaliser les cornets au sirop d’érable. Crédit: courtoisie

Josée Côté, elle, commande son sirop à l’avance. Cette année, « ça débordait dans mes armoires ». Pour des raisons de pandémie, il est impossible de faire de la tire d’érable, elle décide donc, avec son assistante Julie Bédard, de produire des cornets au sirop d’érable. 474 par jour ! « Il nous reste aujourd’hui 1577 petits cornets à vendre, 5388 ont déjà été vendus », sourit-elle. Une belle façon de bien finir le repas.

Musique, humour et tradition

Un repas de cabane à sucre ne va pas sans musique. Cette année, un grand nombre d’ACFA propose un concert sur YouTube (disponible jusqu’à la fin du mois) avec le groupe de musique traditionnelle outaouais Le Diable à 5. Pour Samuel Sabourin, un des cinq instrumentistes qui le forme, défendre la langue française en milieu minoritaire durant le temps des sucres, « c’est une occasion extraordinaire, un excellent prétexte ».

Le diable à cinq, avec de gauche à droite : Samuel Sabourin, Rémi Pagé, Éloi Gagnon-Sabourin, André-Michel Dambremont et Félix Sabourin. Crédit: Valérie Ménard

« Nous sommes une grande famille, notre musique est festive et entraînante. Durant toute la vidéo, nous essayons de créer une interaction avec le public, on allonge les refrains », lance-t-il, avec enthousiasme. Ils ont trouvé la bonne alchimie entre leurs deux albums Debout et Sorti de l’enfer. Des chansons engagées parfois, dansantes souvent et plus tranquilles aussi comme Lettre à ma fille où l’on « entend plus les harmonies, les instruments », dit-il. Une respiration avant de reprendre la fête et « d’avaler des œufs dans le sirop ! »

Oui, la bouffe n’est jamais loin ! À l’ACFA de Red Deer, le 27 mars, en plus du programme des instrumentistes outaouais, Isabelle la Wonderful propose un atelier disponible en ligne où elle fait rire la famille avec des vire-langues.

Le couple Lamontagne déguste la tire d’érable. Crédit : courtoisie

Une façon très ludique d’articuler avec humour, « Covid Style et presque Karaoké ». Alors, sur le rythme de « si sa saucisse sent, ses six cent six saucisses sentent aussi », la Beauceronne n’oublie pas son enfance à courir les bois, de chaudière en chaudière, avant de retrouver sa maman qui, d’un geste centenaire, « fouettait le beurre d’érable ».

Finalement, vous trouverez sur la page Facebook de l’ACFA de Saint-Paul, les époux Lamontagne, deux personnages touchants et maîtres sucriers depuis toujours. Un retour dans le passé, du sirop de poteau au sirop d’érable, sur les rythmes traditionnels endiablés eux aussi de Roger Dallaire et Daniel Gervais. « Et surtout le truc pour réussir sa tire d’érable », conclut Virginie Dallaire.

Quelques mots du temps des sucres :

L’acériculteur est la personne qui exploite une érablière.

Le beurre d’érable est un sucre d’érable tout mou, prêt à tartiner.

La cabane à sucre, toujours en bois, c’est là que la magie se passe. On y fait bouillir la sève d’érable pour en faire du sucre, du sirop, de la tire, du beurre, et bien d’autres gâteries.

Si tu cours les érables, tu pars dans les bois récolter l’eau d’érable qui coule dans les chaudières (seaux).

Lors du repas, profite de ces oreilles de crisse ou Christ. Du lard de cochon salé et grillé dans une poêle, ou frit. On les mange pour balancer le trop-plein de sucre dans l’estomac.

Et n’oublie pas ta canne de sirop, à la fin de la journée. Une boîte de conserve dans laquelle le sirop est conservé.

Pour plus d’informations :

Commander les cornets au sirop d’érable : [email protected]

Regarder le vidéo de l’ACFA Saint-Paul sur leur page Facebook : https://bit.ly/3tDS6yD

Réservez son repas à l’ACFA de Red Deer pour le 27 mars : https://bit.ly/3tIBLIQ

Visitez les ACFA régionales : https://www.acfa.ab.ca

Le diable à cinq : https://diablea5.com

Isabelle la Wonderful : http://www.amazingsmilemakers.com

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