La noble quête d’Oscar et Françoise Ngoie

Écrit par : Mélodie Charest

31 mars 2021

L’un travaille au gouvernement fédéral, l’autre à la Edmonton Catholic Schools en tant qu’aide-enseignante. Comme bien des gens, la pandémie est venue secouer leur routine quotidienne. Dans un élan de compassion, le couple du quartier Dunluce, au nord-ouest d’Edmonton, Oscar et Françoise Ngoie ont décidé de fabriquer des masques lavables. Et de les distribuer gratuitement.

Françoise Ngoie dans sa salle de couture, en train de confectionner des masques. Crédit: Courtoisie Oscar Ngoie.

 

Nous nous souvenons, sans trop de difficulté, les premières journées où l’état d’urgence avait été déclaré. « Plus de papier hygiénique, plus de masques, plus de savons, plus de désinfectant », énumère Oscar Ngoie. Coincée à la maison et perplexe devant cette pénurie d’équipements et de produits sanitaires, Françoise, sa conjointe, commence à élaborer son plan : faire des masques, et ce, gratuitement.

Un moyen de freiner cette pénurie et cette pandémie : « Des études avaient montré que certains masques peuvent nous protéger jusqu’à 95 % », affirme Oscar.

Rapidement, le couple Ngoie s’active : leur besoin d’aider est affamé de ce projet : « Nous n’avons pas voulu vendre, nous avons voulu aider, comme Dieu nous le demande. C’est tout ce que nous avons voulu faire ».

Tailler son plan

L’aide-enseignante a bien des tours dans son sac, un sac qu’elle s’est probablement cousu elle-même. Parce que madame Ngoie est également couturière. C’est dans ses jeunes années qu’elle a appris, en autodidacte, la couture. Ses petits-enfants et ses beaux-fils bénéficient de ses talents. Mais, cette fois-ci, cette femme au grand cœur a décidé de mettre ses talents aux services de ceux et celles qui avaient besoin de protections.

Oscra Ngoie et « son délice », Françoise Ngoie. Crédit: Courtoisie Oscar Ngoie.

« Beaucoup n’avaient pas d’argent et puis, même si vous aviez de l’argent, vous ne pouviez pas acheter des masques. Et ensuite, il y avait des gens à la maison qui n’avaient même pas de revenus et qui étaient dans le besoin. Si Dieu nous permet d’avoir quelque chose et nous pouvons aussi redistribuer autrement. Si nous pouvons rendre un service, c’est avec la joie au cœur que nous allons rendre ce service. »

Bien que Françoise a acheté certaines fournitures, elle possédait d’emblée tout le nécessaire : les fils, les élastiques et les tissus. En endossant son rôle de couturière à temps plein pour un temps, madame Ngoie n’a pas pour autant délaissé son intérêt pour l’enseignement. Elle a eu un apprenti. « Elle m’a un peu appris à couture aussi », déclare Oscar, fier de ses nouvelles capacités.

Crédit: Courtoisie

Après sa journée de télétravail, Oscar empoigne son galon à mesurer, et seconde « son délice » (comme il aime appeler son épouse), « pour coudre ou pour couper les tissus ou pour couper les fils ». C’est ainsi que tous les deux peuvent confectionner jusqu’à 30 masques par jour.

Assembler les morceaux

C’est avec une simple annonce, écrite en français et en anglais, sur Nextdoor, un réseautage sur le Web qui permet de cultiver une saine cohabitation avec son voisinage, que la nouvelle s’est répandue rapidement. Des organismes, comme les banques alimentaires ou des familles, les contactent.

Crédit: Courtoisie

Malgré des livraisons expresses ou des commandes supplémentaires imprévues, le couple Ngoie ne se décourage pas. Il se cantonne à son désir d’offrir leurs créations gratuitement et change de stratégie de distribution.

Au départ, les intéressés se présentaient simplement à leur domicile pour récupérer leurs masques. Mais la popularité de leur initiative s’amplifie. Le couple Ngoie a dû trouver une autre approche, ce qui ne semble pas déranger le professeur retraité. À la manière des facteurs qui livrent les lettres, cette fois-ci ce sont les particuliers qui viennent cueillir leur commande, enveloppée de plastique, à la boite aux lettres des Ngoie. Une méthode qui permet de ralentir « cette contamination entre les uns et les autres ».

« Le seul contact, c’est avec les téléphones ou ceux qui nous disent merci ». Un merci qui ne se manifeste pas seulement par des mots, mais aussi par des gestes : « Des gens qui sont venus frapper à notre porte pour nous apporter du matériel pour continuer à fabriquer des masques ».

Un masque à la fois, pour un Canada 

Crédit: Courtoisie

Visionnaires et soucieux du bien-être des Canadiens, les Ngoie ont l’audace d’écrire une lettre au premier ministre Justin Trudeau pour lui partager leur idée. Dans cette lettre, ils demandaient au gouvernement fédéral de « multiplier des machines à coudre à travers le Canada pour que les gens puissent continuer à distribuer et fabriquer des masques ». Bien que cette idée ne semble pas avoir été retenue par le gouvernement libéral, les responsables des communications du leader politique ont assuré au couple qu’il était enthousiasmé de lire leur lettre.

Est-ce que leur petite entreprise tissera encore ses fils pour longtemps ? « On ne le sait pas ». Bien que l’avenir soit difficile à prévenir et que la pénurie des masques est chose ancienne, le couple continue de recevoir des commandes.

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