Réconciliation : les messages de l’Église évoluent-ils?

Écrit par : Le Franco

17 juillet 2022

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Archives - Le Franco-albertain, 19 septembre 1984
Opinion – Paul Denis

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Ces pages sont les vôtres. Le Franco permet à ses lecteurs de prendre la parole pour exprimer leurs opinions. Paul Denis, acteur de la francophonie, nous partage la sienne, à titre citoyen, sur la venue du pape François du 24 au 26 juillet 2022.

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En 1984, le pape Jean-Paul II a traversé notre pays en y laissant au passage des messages importants touchant plusieurs sujets. J’avais à l’époque écrit en éditorial quelques pensées par rapport aux énoncés du Saint-Père.

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Cette fois, c’est le pape François qui s’apprête à faire une courte visite au Canada. À la fin juillet, il s’arrêtera à Edmonton pour quelques jours afin de rencontrer plusieurs anciens élèves des écoles résidentielles, là où les enfants ont subi des abus physiques et psychologiques. Dans les discours et homélies que le souverain pontife prononcera, on peut s’attendre à ce qu’il leur demande pardon pour le rôle que l’Église catholique a joué dans la gestion de ces pensionnats autochtones.

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Il est clair que le blâme tombe sur la société tout entière de l’époque, car c’est le gouvernement canadien qui, au nom de tous ses citoyens, a remis aux églises chrétiennes la tâche de diriger ces écoles, dont le principal objectif était d’assimiler culturellement les enfants autochtones. C’est ce que certains ont appelé le «génocide culturel des Autochtones».

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Il faut aussi admettre que tous les pays colonisateurs ont pris avantage des pays sous-développés à travers le monde. Même en 1984 à Edmonton, le pape Jean-Paul II s’est attaqué aux pays riches qui ne faisaient pas leur part envers les pays pauvres parce que, selon lui, les chefs d’État cherchent à maintenir leur supériorité et leur position de force vis-à-vis les pays pauvres. Il a blâmé les systèmes rigides qui servent à maintenir ceux qui détiennent le pouvoir et qui appuient les gens en autorité.

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Cependant, que peut-on dire au sujet de l’Église catholique qui, elle aussi, résiste aux changements. En 1984, le pape avait soulevé plusieurs questions qui divisaient les catholiques de ce temps-là, soit l’empêchement des naissances, l’avortement, le célibat des prêtres, la femme prêtre, le divorce, la confession, etc. Mais maintenant quels changements ont été apportés à certains de ces sujets qui sont encore aujourd’hui controversés?

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Qu’en est-il du célibat des prêtres? C’est un peu compliqué. D’abord, les églises catholiques orientales peuvent ordonner des hommes qui sont déjà mariés. Puis, dans l’église latine, des exceptions sont possibles, par exemple dans le cas d’ecclésiastiques protestants ou anglicans convertis au catholicisme. On se souvient des manchettes quand les églises protestantes ont annoncé que les femmes seraient ordonnées prêtres dans leurs églises, il y a déjà plusieurs années déjà. Certains membres des clergés protestants, mécontents à la suite de ce virement dans leurs églises, se sont rangés vers l’Église catholique qui les a acceptés comme prêtres catholiques mariés.

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Qu’en est-il maintenant de la femme prêtre dans l’Église catholique? La position de l’Église à ce sujet demeure la même. C’est un sujet très complexe qui fait intervenir des questions théologiques et doctrinales centrées sur la nature de l’ordination. En d’autres termes, l’empêchement provient de raisons théologiques fondamentales et pas seulement du fait que le Code de droit canonique l’a déclaré. Certains diraient que le Saint-Siège a amassé tous les arguments possibles pour mettre une barrière solide au sacerdoce des femmes. D’autres encore diraient que personne parmi la hiérarchie ecclésiastique ne veut même essayer de voir comment l’Église pourrait faire pour justifier la place de la femme comme prêtre.

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Pour ce qui est du divorce, l’Église ne l’accepte toujours pas. Bien que les personnes divorcées continuent d’avoir accès aux sacrements de l’Église, ce n’est pas le cas pour les personnes divorcées qui se remarient. Ces dernières peuvent continuer à assister à la messe, mais n’ont plus accès aux sacrements. Cependant, dans plusieurs paroisses, on ne refuse jamais la communion à qui que ce soit. En plus, le pape François a annoncé récemment une réforme radicale du processus qui permet aux catholiques d’obtenir une annulation de leur mariage. Le pape a réitéré que le mariage demeure une union indissoluble et que la réforme vise seulement à accélérer et à simplifier la procédure. Dorénavant, la procédure peut être gérée par un évêque et complétée en 45 jours. La nouvelle loi stipule enfin qu’un manque de foi peut justifier l’annulation d’un mariage.

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Le pape Jean-Paul II n’a pas abordé la question de la position de l’Église catholique par rapport à l’homosexualité pendant son séjour en 1984. Mais aujourd’hui c’est une question incontournable. Le Catéchisme de l’Église catholique dit toujours : «les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés», «contraire à la loi naturelle» et «ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas». L’homosexualité est considérée comme une épreuve que les personnes sont appelées à vivre en état de chasteté, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent vivre de relations sexuelles, qui sont considérées comme des péchés.

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Cependant, le pape François ne juge pas l’homosexualité. Il dit : «Le problème n’est pas d’avoir cette tendance, c’est de faire du lobbying. C’est le problème le plus grave selon moi. Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger». Dans un documentaire daté du 21 octobre 2021, le pape François semble favorable à l’union civile des personnes homosexuelles. Il est difficile, cependant, de réconcilier cette position que prend le pape à celle qui continue d’être véhiculée par l’Église dont il est le chef.

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Alors que le pape Jean-Paul II s’attaquait aux «structures rigides de ces systèmes» qui «ne s’ouvrent pas pour aller vers l’homme et la femme, pour aller vers le développement des peuples, pour aller vers la justice et tout ce qu’elle suppose, pour aller vers la paix», c’est à se demander si la hiérarchie de l’Église catholique ne fait pas comme les chefs d’État qui cherchent à maintenir leur supériorité et leur position de force dans un système qui les favorise en ne faisant aucun changement.

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Le pape François semble beaucoup plus penché vers les changements qui sont souhaités par bon nombre de fidèles de l’Église catholique et ceux et celles qui ne la fréquentent plus. Mais les cardinaux semblent retenir les élans que propose le pape d’aujourd’hui, plus ouvert et dont l’empathie pour les peuples de ce monde et pour les êtres humains de la planète entière est reconnue.

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Les 9 et 10 octobre 2021, le pape François a ouvert officiellement le synode sur la synodalité dans l’Église. Le processus synodal s’échelonnera sur plusieurs mois de 2021 à 2023. Laïcs, prêtres, consacrés, religieux et évêques sont appelés à prendre part grâce à la première phase en diocèse et en paroisse pour favoriser la consultation ayant pour objectif d’inviter «l’Église, peuple de Dieu» à «cheminer ensemble, en se rassemblant en assemblée et par la participation active de tous ses membres».

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Il est à espérer que la hiérarchie ecclésiastique aura écouté et bien entendu le peuple qui clame depuis très longtemps la modernisation de son Église, de ses lois et de ses obligations envers ses fidèles.

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Il est important de demander pardon aux autochtones pour le mal qui leur a été fait, à eux et à leurs enfants, pendant plus de sept générations. Il importe également de savoir comment être plus inclusifs des peuples et communautés d’aujourd’hui si ce n’est que pour éviter les erreurs du passé. Pour ce faire, l’Église aurait beaucoup à gagner en ayant des femmes à tous les niveaux décisionnels, comme prêtres, évêques, archevêques, cardinaux et, pourquoi pas un jour, pape.

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