Les pensionnats, un lourd passé refait surface

Écrit par : Geneviève Bousquet

12 juillet 2021

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Pensionnat catholique avec son église et sa mission vers 1930 [Fort] Chipewyan (Alberta). Crédit : Bibliothèque et Archives Canada.
« Le choix de ce texte m’a semblé tout à fait à propos en tenant compte des événements qui se sont déroulés tout au long de l’année en lien avec les peuples autochtones au Canada. Le génocide culturel dont ils ont été victimes est un chapitre de notre histoire canadienne et francophone. ll est donc important de le réinsérer dans notre récit narratif social.
 
Le Franco s’est donné le défi à travers l’année de contribuer à amplifier les voix des autochtones par le biais d’articles et d’histoires, et de s’engager dans le travail de longue haleine qu’est l’écoute et la réconciliation. C’est un un travail collectif dans lequel on s’engage avec beaucoup d’humilité auquel je suis fière de participer.»
 
Myriam, graphiste

En un mois, plus de mille tombes anonymes d’enfants autochtones ont été découvertes au Canada sur des sites d’anciens pensionnats. Et on croit que ce n’est que le début. L’Alberta aussi devra faire son enquête. Qu’en est-il de la situation dans notre province? Quel était le rôle des francophones dans ces pages d’histoires? Et surtout, comment survivre au passé?

IJL-RÉSEAU.PRESSE-LE FRANCO

Des passés entremêlés

Pour comprendre la relation entre francophones et peuples autochtones des Prairies, on doit remonter dans le temps, au-delà du système des écoles résidentielles appelées aussi pensionnats autochtones. «L’arrivée [dans l’Ouest] des institutions colonisatrices principales telles que les églises chrétiennes et le système de gouvernement parlementaire britannique a amené la mentalité civilisatrice, colonisatrice et assimilatrice», affirme Denis Perreaux. Le directeur de la Société historique francophone de l’Alberta s’explique, «avant cela, il y a eu près de cent ans de relations intimes entre les Canadiens-Français et les autochtones des Prairies».

Selon les écrits des missionnaires, ils voyaient la mise en place du système de pensionnats comme une œuvre philanthropique. «On sous-estimait les pertes spirituelles et culturelles qui allaient se produire et le bris entre les générations de parents d’enfants qu’ils n’ont jamais élevés et des enfants élevés sans parents», ajoute Denis Perreaux.

Selon Denis Perreaux, la société historique et la communauté francophone en général peuvent jouer un rôle pour aider à comprendre ce qui est arrivé aux enfants disparus.
Crédit : courtoisie

Ces mêmes ordres religieux ont fondé le Campus Saint-Jean, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) et Le Franco. Ils prennent donc une place prépondérante dans l’histoire des francophones de l’Alberta. «Il y a des raisons historiques justifiables pour qu’on parle des oblats, mais cela n’empêche pas qu’aujourd’hui, nous avons à nous questionner lorsqu’on présente l’Église catholique au devant», conclut M. Perreaux.

Appuyer les peuples autochtones dans le deuil

Celina Yellowbird est crie et française. Elle provient de la réserve Alexander First Nation et étudie dans le programme d’études autochtones à l’université d’Alberta. Lorsqu’elle a entendu parler de ces sépultures non identifiées retrouvées autour de pensionnats autochtones, elle n’était pas étonnée. «On savait déjà qu’il y avait des enfants tués dans ces écoles. Je me suis aussi dit que, finalement, on a la preuve dont nos communautés avaient besoin pour montrer aux gens qu’on a vraiment souffert.»

Celina Yellowbird dans son habit traditionnel.
Crédit : Courtoisie

Pour que les communautés puissent faire le deuil et guérir, la jeune étudiante croit que les recherches de tombes d’enfants autochtones en Alberta seront très importantes. Ainsi, les familles pourront enterrer ces enfants selon leurs propres rites spirituels.

À son avis, les peuples autochtones ont besoin qu’on les écoute. Que leurs voix soient amplifiées. C’est aussi une question d’accepter l’histoire et l’héritage encore présent des écoles résidentielles. «Les anglophones et les francophones ont eu un impact dans le colonialisme, dans le déplacement des Premières Nations et le génocide. Il faut que tous comprennent que leurs ancêtres ont eu un impact, mais aujourd’hui, on peut aider à changer les choses.»

École Morley pour étudiants indiens, Morley (Alberta), vers 1900 [Orphelinat McDougall, (Alberta), vers 1890-1895].
Crédit : David Ewens Collection. Bibliothèque et Archives Canada

Selon Denis Perreaux, la société historique et la communauté francophone en général peuvent jouer un rôle pour aider à comprendre ce qui est arrivé aux enfants. «Notre position est vraiment de soutenir la recherche, car il y a beaucoup d’écrits, notamment chez les oblats et certains ordres religieux féminins, qui sont en français», affirme-t-il. Il ajoute que l’organisation qu’il préside peut venir en aide aux familles autochtones qui cherchent des éléments de preuve de ce qui est arrivé aux enfants à l’époque. Il propose de les accompagner notamment grâce à la traduction et l’interprétation».

Comprendre et se tourner vers l’avenir

Pour la docteure Nathalie Kermoal, professeure titulaire, vice-doyenne académique et directrice du centre de recherche Rupertsland sur les Métis de la faculté des Études autochtones de l’université de l’Alberta, il faudra inévitablement passer par une période de deuil. «Il faut comprendre les traumatismes intergénérationnels causés par les écoles résidentielles et tant qu’il y aura encore des gens qui questionnent ou ne veulent pas voir cette histoire, il n’y aura pas de réconciliation.» 

Nathalie Kermoal, la directrice du Centre de recherche Rupertsland.
Crédit : Courtoisie

Il faut admettre que le Canada a joué un rôle avec les Églises pour enlever l’«Indien» de l’enfant, explique Mme Kermoal. La directrice du centre de recherche Rupertsland va encore plus loin en affirmant que l’on doit soutenir les peuples autochtones dans leur projet d’autodétermination afin qu’ils puissent gérer leurs propres écoles entre autres. 

Pour les communautés, remettre certaines institutions en place et revitaliser les langues autochtones sera un travail de longue haleine dans lequel on peut les appuyer. «Ça ne peut pas être juste le travail des autochtones, ça doit être collectif.»

Des faits qu’il faut connaître :

  • 215 tombes non marquées ont été trouvées à Kamloops en Colombie-Britannique, autour d’un ancien pensionnat autochtone.
  • 751 tombes anonymes ont été découvertes à proximité du pensionnat de Marieval en Saskatchewan.
  • 182 individus ont été découverts dans des sépultures anonymes sur un site près d’un ancien pensionnat pour enfants autochtones à Cranbrook, en Colombie-Britannique.
  • Le gouvernement de l’Alberta octroie 8 millions de dollars à la recherche de tombes d’enfants autochtones.
  • L’Alberta dénombrait 25 écoles résidentielles, faisant d’elle la province canadienne qui en comptait le plus grand nombre.
  • Le dernier pensionnat autochtone albertain a fermé ses portes en 1990.
  • La murale Grandin de la station de LRT du même nom, à Edmonton, a été recouverte à la suite d’une décision de la municipalité.
  • L’école Langevin de Calgary sera rebaptisée, car le nom est lié au système des pensionnats autochtones du pays.

 

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