Plumes Jeunesse, article: Un enjeu lié à l’urbanisme (partie 3)

Écrit par : Jeunes Plumes

20 novembre 2022

Concept de quartier dense qui incorpore les piétons, les cyclistes et le transport en commun. Crédit : City of Edmonton

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En marche vers la ville à 15 minutes

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Dans ce monde où la population croît parallèlement à la poursuite de la préservation de l’environnement, l’urbanisme se tourne progressivement vers la stratégie de villes à 15 minutes. Certains pensent que celle-ci pourrait concilier l’écologie et les besoins humains qui s’amplifient dans les régions urbaines. Cependant, elle ne vient pas sans obstacle.

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L’idée de villes à 15 minutes tient ses origines de l’urbanisme que l’on voyait dans le passé. Des villes bâties pour rendre l’accès aux commodités plus facile pour leurs habitants. L’idée centrale qui à entrainer la renaissance de cette stratégie repose sur l’indice de marchabilité et la densité de commodités.

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Plusieurs idées similaires ont été présentées auparavant. Prenons comme exemple les quartiers complets, un concept se rapprochant du plan de la ville d’Edmonton. Ils sont essentiellement une miniaturisation des villes à 15 minutes. Les habitants de ces quartiers seraient en mesure d’avoir accès localement à toutes les commodités dont ils ont besoin.

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Les habitants de ces quartiers seraient en mesure d’avoir accès localement à toutes les commodités dont ils ont besoin.

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Les urbanistes qui mettent en œuvre ce style d’urbanisme cherchent à encourager les habitants des villes à se déplacer à pied ou à vélo plutôt qu’en voiture. Cependant, lorsque l’on vit dans une communauté faible en commodités, il est plus facile de recourir à l’automobile.

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Un autre aspect des villes à 15 minutes est ce qu’on appelle la densité de commodités. Ceci fait référence au nombre de ressources accessibles dans une région donnée. Que ce soit l’épicerie, le centre de loisirs ou les soins de santé, il existe des disparités lorsqu’on observe les densités de commodités selon les régions.

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Ces disparités créent une dépendance sur les voitures chez la population. Les voitures sont une source importante de pollution dans les villes et la croissance de la population ne fait qu’exacerber le problème.

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La marchabilité en Alberta et l’adoption du projet 15 minutes

Selon Walk Score, il n’y a aucune ville en Alberta qui a un taux de marchabilité au-dessus de 50%. D’après cet outil, seulement 57 des 272 quartiers d’Edmonton évalués ont un score de marchabilité au-dessus de 50. Ceci peut être expliqué par le contexte historique qui affecte beaucoup les stratégies d’urbanisme utilisées dans le développement de la ville.

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Selon Walk Score, il n’y a aucune ville en Alberta qui a un taux de marchabilité au-dessus de 50%.

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Edmonton est une des villes les plus jeunes au Canada. Il y a environ 284 années de différence entre sa création et celle de Montréal. Au temps de la création d’Edmonton, dans les années 1900, il y avait un boom dans l’industrie automobile canadienne et l’urbanisme de la ville s’y est ajusté. La ville a été bâtie avec les automobiles en tête, ce qui n’est pas autant le cas pour les villes canadiennes plus vieilles telles que Montréal, Toronto ou Saint John’s, d’après Sandeep Agrawal, directeur de l’école d’urbanisme et de planification régionale de l’Université de l’Alberta.

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Edmonton s’attend maintenant à un accroissement important de résidents dans les années à venir et tente de s’y adapter. Selon Kalina Broda, la coordonnatrice des communications du portfolio d’urbanisme et de marchabilité à Edmonton, on parlerait d’une croissance aux alentours de 481 000 habitants.

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En 2020, Edmonton a adopté le plan de quartier à 15 minutes pour 20 à 30 de ses quartiers. Grâce à elles, la ville soutiendrait l’économie locale, donnerait plus d’accès équitables aux commodités dans les quartiers et deviendrait une ville à zéro émission nette, c’est-à-dire que la ville réduirait sa production de gaz à effet de serre aussi proche de zéro que possible.

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Cependant, selon M. Agrawal, on ne peut pas s’attendre à voir ce plan porter fruit dans l’immédiat. «Ça n’arrivera pas du jour au lendemain», explique-t-il. «Certaines des communautés plus proches du cœur d’Edmonton sont relativement moins compactes, ont une densité plus faible et moins d’accès au transport en commun.» Celles-ci auront probablement plus de mal à s’adapter à cette nouvelle stratégie d’urbanisme. Les communautés s’étendant vers l’extérieur, affirme-t-il, sont en fait plus denses que les communautés susmentionnées parce que «la densité augmente dans les périphéries».

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Mme Broda contraste que les vieux quartiers d’Edmonton, tels que ceux du centre-ville, suivaient un style d’urbanisme appelé hippodamien, ce qui facilite la marchabilité dans ces secteurs. D’après M. Agrawal, pour adapter la stratégie de quartiers à 15 minutes aux régions entourant le centre-ville, il faudrait y augmenter l’accès aux transports en commun. La difficulté, nous apprend-il, c’est qu’avec une densité plus faible, il est moins profitable d’accroître cet accès.

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Cependant, sans ceci, les gens garderont l’habitude d’acheter et d’utiliser des voitures. Mme Broda affirme qu’à Edmonton, «il y a certaines régions où la ville voudrait faire croître l’accès aux régions, aux emplois, aux entreprises et aux services». Ceci reviendrait à densifier l’accès aux commodités pour essayer de rectifier les disparités, facilitant l’implémentation des infrastructures nécessaires pour que les quartiers à 15 minutes fleurissent.

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Les quartiers à 15 minutes de la ville d’Edmonton sont un projet qui a besoin de temps pour évoluer et pour se développer. L’objectif final est de créer une ville vibrante qui soutient son économie locale, où la marche et les vélos remplaceront les automobiles. À travers la densification des commodités dans les communautés, l’accès au transport et l’intégration d’idées et d’infrastructures innovantes, la ville se met en marche vers les quartiers à 15 minutes.

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La marchabilité, aussi appelée le potentiel piétonnier, se définit comme étant la «capacité d’un milieu à favoriser les déplacements utilitaires à pied et à vélo» : bit.ly/3Uj4oKa
Hippodamien : type d’organisation de la ville dans lequel les rues sont rectilignes et se croisent en angle droit, créant des îlots carrés ou rectangulaires : bit.ly/3WuaskX
Walk Score est une entreprise qui fournit des outils d’analyse du potentiel piétonnier et de recherche d’appartements : walkscore.com

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