Le Service de Police d’Edmonton, un allié de la communauté noire

Écrit par : Gabrielle Beaupré

23 février 2022

  • Bâtiment du Service de Police d'Edmonton
Infrastructure de la police d’Edmonton au centre-ville. Crédit : Courtoisie

Pour certains citoyens, la police engendre de la méfiance. Néanmoins, le Service de police d’Edmonton (EPS) travaille pour contrer cette perception négative. Il sensibilise notamment son personnel à la question du racisme et crée des liens avec les communautés afin d’écouter leurs préoccupations. 

Gabrielle Beaupré
IJL – Réseau.Presse – Le Franco 

Patrick Ruzage, sergent de la section des relations communautaires du Service de police d’Edmonton, confirme que la perception du service de police de la capitale albertaine par les membres de la communauté noire se trouve souvent biaisée.

Le sergent ayant des origines rwandaises explique que les immigrants africains ont tendance à se méfier de la police. «En Afrique, la police les traite différemment.»

Luketa M’Pindou, directeur général de l’AJFAS

Luketa M’Pindou, directeur général de l’Alliance Jeunesse-Famille de l’Alberta Society (AJFAS). Crédit : Courtoisie

Luketa M’Pindou, le directeur général de l’Alliance Jeunesse-Famille de l’Alberta Society (AJFAS), ajoute que les policiers du continent africain peuvent notamment arrêter quiconque sans motifs valables. Ce n’est pas le cas à Edmonton. L’intégrité, le respect et les communautés font partie intégrante des valeurs de l’organisation.

Néanmoins, le service de police n’est pas parfait. «Comme toute institution systémique, il a un long chemin à parcourir avant d’être libéré du racisme et des problèmes qui ont conduit aux manifestations du mouvement Black Lives Matter», souligne Erick Ambtman, le vice-président de la Commission de police d’Edmonton.

Des mesures mises en place

Avant les manifestations du mouvement Black Lives Matter, les policiers avaient tendance à employer fréquemment les interpellations aléatoires. Cette pratique consiste à aborder un citoyen au hasard pour lui demander sa carte d’identité.

Erick Ambtman, vice-président de la Commission de la police. «Il est important pour le Service de police d’Edmonton que ses membres représentent les diverses communautés d’Edmonton».

Erick Ambtman, vice-président de la Commission de la police. «Il est important pour le Service de police d’Edmonton que ses membres représentent les diverses communautés d’Edmonton». Crédit : Gabrielle Beaupré

Bien que ce type d’interpellation soit toujours en vigueur, les policiers ont réduit son utilisation. «Nos préjugés naturels nous conduisent à identifier certaines personnes telles que les membres de la communauté noire. Ce jugement peut être biaisé», explique Erick Ambtman. Afin de les aider à identifier et d’atténuer leurs préjugés dans leurs décisions, des formations sont imposées à tous les policiers.

C’est d’ailleurs la section des relations communautaires d’EPS qui s’occupe de la formation de ses membres. Patrick Ruzage témoigne que les policiers sont continuellement en formation afin de les sensibiliser aux différentes cultures et d’élargir leur perspective vis-à-vis des diverses communautés d’Edmonton.

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Parallèlement, afin que l’organisation policière ait une vue d’ensemble des préjugés de ses membres envers les différentes communautés, Erick Ambtman relate qu’elle a commencé à collecter des données basées sur la race des individus. «Arrêtent-ils plus d’hommes noirs que d’autres groupes? Les personnes noires sont-elles plus représentées dans le nombre d’arrestations?»

Des collaborations avec la communauté noire

À la suite du meurtre de George Floyd, le conseil municipal d’Edmonton a tenu des audiences publiques en juin 2020 afin de connaître la perception de ses citoyens concernant leur relation avec la police. Celles-ci ont exposé le fait qu’une partie de la population, telle que les personnes marginalisées, ne s’est jamais sentie entendue ni protégée par le corps policier.

Voiture de police


Les policiers sont au service de la population d’Edmonton. Crédit : Gabrielle Beaupré

Afin de tisser des liens avec ce segment de la communauté, le chef de police Dale McFee crée le Chief’s Community Council. Ce comité communautaire est composé notamment de responsables des différentes communautés africaines, de membres du service de police, de personnes marginalisées et de victimes de racisme.

«Le service policier est conscient qu’Edmonton est une ville diversifiée et multiculturelle», note Luketa M’Pindou. Il trouve d’ailleurs très positif que le corps policier ait entamé des démarches pour écouter les diverses communautés de la ville afin de trouver des moyens pour collaborer avec elles.

«Le service policier est conscient qu’Edmonton est une ville diversifiée et multiculturelle.» Luketa M’Pindou

Il souligne également la présence du service de police dans les activités de l’AJFAS. Par exemple, lors du camp Enfants et Leadership en Action, des policiers participent à des activités sportives et animent des ateliers de sensibilisation sur leur profession. «Nous travaillons pour briser les préjugés négatifs entre les deux groupes pour promouvoir la paix, l’harmonie et la solidarité.» Le directeur général de l’organisme affirme que ce travail de sensibilisation et d’éducation doit être répété en continu.

«Nous travaillons pour briser les préjugés négatifs entre les deux groupes pour promouvoir la paix, l’harmonie et la solidarité.» Luketa M’Pindou

Toutefois, Luketa M’Pindou a parfois l’impression que la communauté francophone est oubliée. Selon lui, il n’y a pas assez de francophones dans les services de police en Alberta. Ainsi, il est plus difficile de se faire entendre. «J’encourage nos jeunes francophones qui s’intéressent à la profession à s’enrôler dans le corps policier.»

D’ailleurs, Patrice Ruzage et Erick Ambtman unissent leur voix pour dire que tout citoyen qui s’intéresse à joindre le Service de police d’Edmonton est le bienvenu. «Nous voulons un service de police plus diversifié et représentatif de la population d’Edmonton afin de réduire les incidents de racisme systémique dans le service», déclare le vice-président de la Commission de la police.

Black Lives Matter ou «La vie des Noirs compte» est un mouvement politique né en 2013 aux États-Unis dans la communauté afro-américaine militant contre ce qu’ils appellent le racisme systémique envers les Noirs.

Les manifestations du mouvement Black Lives Matter ont débuté le 31 mai 2020 suite au décès violent de George Floyd. Cet Afro-Américain est mort à la suite de son interpellation par plusieurs policiers le 25 mai 2020 à Minneapolis, au Minnesota.

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