Laurent Francis Ngoumou : sa bataille pour les droits des immigrants LGBTQ+

Écrit par : Francopresse

23 octobre 2021

Laurent Francis Ngoumou est arrivé au Canada en 2017, après avoir passé plusieurs années en Allemagne. À 34 ans, il jette un regard lucide sur son Cameroun natal, où il a souvent senti qu’il était dangereux pour lui de s’ouvrir sur son homosexualité. Il se consacre aujourd’hui à lutter pour les personnes qui, comme lui, sont immigrantes LGBTQ + racisées. 

Inès Lombardo – Francopresse

Arrivé avec un visa étudiant, Laurent Francis Ngoumou ne sait pas encore s’il veut rester au Canada de manière permanente. S’il dit aimer ce pays multiculturel, il se définit avant tout comme «citoyen du monde».

Un écouteur dans l’oreille et un œil sur son téléphone, Laurent Francis Ngoumou cesse rarement de travailler, qu’il s’agisse de rédiger sa thèse ou de remplir ses contrats de conseiller social. Homosexuel, noir et immigrant, il explique que lui et les gens qui s’identifient ainsi doivent être «quatre fois plus compétents que les autres» pour avoir accès aux mêmes opportunités. Crédit : Inès Lombardo – Francopresse

À 34 ans, celui qui a quitté son Cameroun natal pour l’Allemagne en 2013 multiplie les diplômes et les emplois en parallèle, toujours en lien avec ses études. «Il faut bien les payer», lance-t-il avec un sourire.

Doctorant à l’Université Laval, à Québec, il doit rendre sa thèse au printemps 2022. Son travail porte sur les enjeux LGBTQ + des personnes racisées.

«Je me sentais en insécurité»

Laurent Francis a choisi de s’installer à Ottawa ces derniers mois pour rédiger sa thèse, car «le centre politique et décisionnel est à Ottawa. Et puis il faut le dire : l’Ontario est une terre d’opportunités pour les francophones! J’ai aussi l’impression qu’il y a plus d’ouverture sur les questions LGBTQ+», résume-t-il. 

En comparaison, il trouve Québec «très peu ouverte» sur la question LGBTQ +. Laurent Francis parle en connaissance de cause : il est noir, homosexuel et immigrant. Il sait ce que c’est que de subir la discrimination et les agressions physiques ou mentales, que ce soit ici ou dans son pays d’origine. 

La différence au Cameroun, c’est que l’homosexualité est criminalisée. «Selon l’article 347-1 du Code pénal, tu risques [de six mois à] cinq ans de prison et [de 20 000] à 200 000 francs CFA d’amende [environ 450 $ CA, NDLR] si tu es pris à être homosexuel», rapporte-t-il. 

Laurent Francis Ngoumou avec sa famille d’accueil lors de son séjour à Kronach, en Allemagne. Crédit : Courtoisie Laurent Francis Ngoumou

C’est sans compter la crainte quai-constante de la torture et la pression soutenue qu’il ressentait s’il fréquentait un peu trop longtemps une autre personne du même sexe. 

«Je devais partir. Je me sentais en insécurité, même au sein de ma propre famille. Quand ils voient qu’à 17 ans, tu n’as pas encore de copine, ils te lancent forcément : “J’espère que tu n’es pas homo!”. Tu te sens obligé de te cacher derrière les études, de dire que tu fais passer ça avant», relate Laurent Francis Ngoumou. 

Il a gardé les liens avec sa mère qu’il «adore», toujours résidente du Cameroun. Elle accepte son homosexualité avec difficulté : «Disons que ça dépend des jours», relate Laurent Francis, amusé. Le jeune homme est évasif sur le reste de sa famille.

(Re)construire son identité à travers l’immigration

En 2013, Laurent Francis s’est donc envolé pour l’Allemagne. 

«J’ai choisi ce pays en partie parce que ma grand-mère avait été sagefemme au Cameroun, pour le compte des Allemands. Elle avait aimé leurs méthodes de travail, elle m’en parlait beaucoup. Je savais aussi que c’était un pays ouvert», soutient le jeune homme.

Passé par Erlangen et Munich, Laurent Francis retient surtout son expérience à Kronach, dans le centre est du pays, où il a vécu avec une famille d’accueil. Il travaillait pour le compte de cette dernière, alors propriétaire d’un hôtel-restaurant. C’est là que Laurent Francis dit avoir le plus appris sur la langue, sur la culture allemande… et sur lui-même. 

Laurent Francis présente actuellement une série de six d’ateliers en français sur la santé mentale pour les personnes LGBTQ+ d’ascendance africaine et caribéenne, en collaboration avec FrancoQueer.

Concentré sur le travail, il a rapidement développé une expertise dans le domaine des droits des immigrants LGBTQ+ racisés. Une compétence qui lui a permis de devenir consultant pour divers organismes allemands.

En 2015, il s’est établi à Berlin pour deux années d’études, à l’issue desquelles il a décroché deux maitrises : la première en art, travail social et droits de l’Homme à l’Université des sciences appliquées Alice Salomon de Berlin, et la seconde en Francophonie et mondialisation à l’Université Jean Moulin Lyon 3.

En Allemagne, Laurent Francis Ngoumou a pris conscience qu’il pouvait être qui il voulait. Il s’est émancipé, est sorti, s’est habillé de façon non genrée, sans jugement, et a rencontré des personnes très différentes. L’Allemagne l’a «ouvert», dit-il. 

Mais aujourd’hui, au Canada, il sent encore parfois qu’il doit «cocher des cases. Si tu es gai et noir, tu dois être drôle. Sinon, tu n’es pas validé dans ton identité, surtout au Québec». 

Né au Cameroun, Laurent Francis Ngoumou est arrivé au Canada en 2017 après avoir passé plusieurs années en Allemagne. Crédit : Francopresse

Racisme et homophobie restent un lot commun de toutes parts : quand ce ne sont pas des homosexuels non racisés qui lui reprochent son accent ou sa manière de cuisiner «à la camerounaise», des immigrants racisés lui reprochent sa sexualité. 

Mais maintenant qu’il se connait, il s’affirme. Laurent Francis ne veut plus fuir. 

Il prend un exemple qui arrive souvent d’après lui : au Canada, lorsqu’une personne lui parle en anglais très rapidement et qu’il lui demande de parler plus lentement, très souvent «cette personne fait comme si elle n’avait pas entendu. Alors je lui réponds en français exprès. Si l’autre ne fait aucun effort, j’ai décidé de ne plus m’adapter quand je parle», illustre-t-il.

«Être quatre fois plus compétent»

Si Laurent Francis tire une analyse de ses années d’études et de travail, c’est que les immigrants racisés homosexuels «doivent être quatre fois plus compétents» pour espérer avoir les mêmes opportunités de travail que les autres. 

Lui-même en a fait un objectif, en multipliant toutes ces expériences. Il présente actuellement une série de six d’ateliers en français sur la santé mentale pour les personnes LGBTQ+ d’ascendance africaine et caribéenne, en collaboration avec FrancoQueer. L’organisation francophone, basée à Toronto, offre différents services aux personnes LGBTQ+ francophones.

«Je me suis fait plein d’amis différents en Allemagne, qui m’ont accepté tel que j’étais. Ça aide à s’ouvrir naturellement», explique Laurent Francis Ngoumou. Crédit : Courtoisie Laurent Francis Ngoumou

Le doctorant ne s’arrête pas là. Depuis quelques jours, il cumule un autre travail dans le domaine social : il est conseiller, toujours en santé mentale, à la Croix-Rouge canadienne. Il doit intervenir dans les zones reculées avec des Autochtones qui n’ont pas à ces ressources. 

Laurent Francis est de ces personnes qui semblent trop passionnées pour prendre une pause. «Je veux aider les gens, c’est tout», conclut-il.

Au travers des incertitudes liées à la pandémie, certaines histoires ressortent comme autant de bouffées d’air et d’espoir. C’est notamment le cas de nombreux francophones qui ont choisi le Canada comme terre d’accueil, il y a de cela quelques mois ou des années. En voici quelques-unes partagées par Francopresse.

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