L’histoire suscitée par la visite papale

Écrit par : Vienna Doell

20 juillet 2022

Nathalie Kermoal, professeure à la faculté des études autochtones de l’Université de l’Alberta et directrice du Rupertsland Centre for Métis Research. Crédit : Courtoisie
Nombreuses sont les personnes qui se demandent pourquoi le pape François se rendra à Edmonton le 24 juillet 2022. Crystal Fraser, professeure à la faculté des études autochtones de l’Université de l’Alberta, souligne la portée historique de la ville d’Edmonton dans l’histoire canadienne. «C’est un lieu très important, surtout si l’on pense à l’arrivée des premiers missionnaires et marchands de fourrures dans ce que nous appelons aujourd’hui l’Ouest canadien.»

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Vienna Doell
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

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Si le Saint-Père arrive à Edmonton le 24 juillet, il sera dès le lendemain à Maskwacis, une réserve au sud-est d’Edmonton, proche de l’école résidentielle Ermineskin. Gérée dès sa création en 1895 par les Sœurs de l’Assomption, puis les Oblats de 1934 à 1969, l’école est devenue la propriété du gouvernement canadien en 1955 qui en a récupéré l’administration en 1969. L’école résidentielle a fonctionné pendant 80 années.
Parmi les vingt-cinq pensionnats autochtones en Alberta, l’école résidentielle d’Edmonton a été gérée par la Missionary Society of the Methodist Church of Canada and le Board of Home Missions of the United Church of Canada. Ouverte en 1924, elle a fermé ses portes 44 ans plus tard.

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Bien que diverses dénominations religieuses aient géré les pensionnats sur le sol canadien, c’est sous la sainte Église catholique apostolique romaine représentée par les pères oblats que quatorze des vingt-cinq écoles résidentielles albertaines ont été administrées.

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L’histoire de la réconciliation devait passer par Edmonton

Crystal Fraser, une Gwichyà Gwich’in originaire d’Inuvik et de Dachan Choo Gę̀hnjik (Territoires du Nord-Ouest), ajoute que la ville d’Edmonton est «depuis plusieurs siècles un lieu de rassemblement pour les autochtones, mais aussi pour les nouveaux arrivants». Elle insiste aussi sur l’existence «d’un lien fort avec les communautés du Nord». Des liens qui, semble-t-il, sont aujourd’hui l’une des raisons de cette visite historique.

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Nathalie Kermoal, professeure à la faculté des études autochtones de l’Université de l’Alberta et directrice du Rupertsland Centre for Métis Research, note «que c’est en Alberta, qu l’on avait le plus de pensionnats autochtones, donc c’est une réponse à l’histoire». Elle ajoute que la visite du pape au Canada n’est pour elle «qu’un début».

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«C’est en Alberta, qu l’on avait le plus de pensionnats autochtones, donc c’est une réponse à l’histoire.» Nathalie Kermoal

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«Il y a peut-être des choses à faire au niveau de l’église et punir les prêtres qui ont commis des actes répressifs», suggère-t-elle. Nathalie Kermoal se demande si lors de cette visite, les autochtones vont vouloir exprimer des «demandes plus précises et spécifiques». Nathalie Kermoal affirme que la dynamique d’être «sur le sol canadien fait en sorte que les autochtones auront probablement aussi d’autres demandes» et qu’ils espèrent certainement un bon nombre de réponses de la part du Saint-Père.

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Une reconnaissance lente des crimes commis

Alors que l’histoire des pensionnats est bien comprise par les populations autochtones à travers le pays, Crystal Fraser explique que le discours public est lent. «Les discussions sur les abus et les crimes commis dans les pensionnats n’ont été rendues publiques que dans les années 1990, mais les communautés autochtones étaient au courant des dizaines d’années avant cela.»

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Elle décrit des occasions où les non-Autochtones au Canada, y compris les gouvernements, auraient pu s’engager dans la réconciliation et la reconnaissance du système de pensionnat autochtone au Canada. Le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones de 1996 et la Commission de vérité et de réconciliation de 2015 ne sont que quelques exemples mentionnés par l’historienne.

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Crystal Fraser, érudite gwichyà gwich’in et professeure en histoire et études autochtones à l’Université de l’Alberta. Crédit : Courtoisie

Crystal Fraser, érudite gwichyà gwich’in et professeure en histoire et études autochtones à l’Université de l’Alberta. Crédit : Courtoisie

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«Bien que cette visite puisse être importante pour les survivants et les nations autochtones et qu’elle puisse mener à une prochaine étape entre l’Église et les peuples autochtones, je ne pense pas qu’elle apportera quelque chose de nouveau à la conversation pour les Canadiens», explique-t-elle.

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Il en reste encore beaucoup à apprendre des écoles résidentielles

Par contre, Crystal Fraser estime qu’il y a peut-être encore beaucoup à apprendre pour les populations canadiennes, y compris sur la minorité francophone en Alberta. «Je trouve souvent que nous ne parlons pas de l’implication de la langue française dans cette histoire de génocide. À date, je ne pense pas qu’un historien se soit penché sur ce que les Oblats, leur identité française et la langue française ont vraiment eu comme influence sur les politiques des écoles et des enfants», décrit-elle.

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«Je ne dis pas que c’était pire que l’éducation anglophone, mais je dis que ce genre de recherche n’a pas encore été fait», tempère-t-elle.

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«Je ne dis pas que c’était pire que l’éducation anglophone, mais je dis que ce genre de recherche n’a pas encore été fait.» Crystal Fraser

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Une opinion partagée par Nathalie Kermoal. «Nous ne savons pas tout, il y a encore beaucoup à écrire» sur l’histoire des pensionnats autochtones. Elle soumet l’idée que pour la communauté francophone en Alberta, «il faut accepter que l’histoire des Oblats ne soit pas juste un chapitre dans l’histoire… car pour les Autochtones, c’est une histoire qui perdure».

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