Garnet TV : une pépite pas comme les autres

Écrit par : Salima Bouyelli

9 avril 2021

Comme il existe des radios ou des journaux communautaires, pourquoi pas une chaîne de télévision ? C’est le défi que s’est lancé en 2017 Quentin Eboa Nda, entraînant avec lui son ami Yao Datte en créant Garnet TV. La chaîne communautaire basée à Edmonton traite de tous les sujets de la communauté francophone africaine. 

Garnet, terme anglais, signifie grenat dans la langue française. Pas seulement la couleur, mais aussi la pierre fine en joaillerie. « La chaîne est un brassage entre l’Afrique et le Canada », explique Yao Datté, responsable des relations publiques de la télévision. La couleur grenat peut aller du vert au rouge en passant par le noir, le brun ou l’orange. Un peu comme la diversité culturelle francophone que renferme le Canada, une richesse.

Albert M. Lukhanda, professeur-enseignant au Campus Saint-Jean accompagné du présentateur Yao Adjoumani Datté lors d’une émission diffusée sur Youtube en février 2021. Crédit: courtoisie

Revenons aux origines

Après des études en relations internationales et sciences politiques à Genève de 2006 à 2011, Yao Datté quitte la Suisse car il ne trouve pas de travail. Au même moment, son pays d’origine, la Côte d’Ivoire, est toujours en guerre. Il décide alors de s’installer au Québec en 2011. En 2012, il déménage en Alberta, à Calgary dans un premier temps puis en 2014 à Edmonton où il fait la connaissance de Quentin Eboa Nda, le créateur de Garnet TV.

« Quentin vient du Cameroun et m’a parlé de sa passion pour la télévision, explique Yao. Il a commencé par acheter et installer le matériel ». Dans l’équipe, il y a aussi Virginie Mbongolo, épouse de Quentin et directrice de la chaîne depuis 2017. Une fois la logistique en place, Quentin et Yao s’attellent à la deuxième phase qui consiste à développer les programmes de la chaîne.

Pour la Saint-Valentin, Virginie était présentatrice d’une émission spéciale. Crédit: Courtoisie

Pour cela, ils invitent tous les responsables d’organismes francophones à venir dans leurs émissions pour donner leur avis. En 2017, à son lancement, la chaîne est d’abord diffusée sur Youtube et Facebook. En 2018, des émissions et des retransmissions de fêtes francophones africaines sont diffusées. Depuis janvier 2019, Garnet TV est dotée de son propre site web.

Elle se veut une télévision de proximité

Une dizaine d’émissions ont été enregistrées. Les sujets abordés sont très variés, mais demeurent proches de l’actualité. On y parle de racisme systémique comme des femmes africaines au Canada ou du COVID-19. En plein Mois de l’histoire des Noirs, « nous avons déjà plusieurs émissions en ligne », annonce-t-il.

Garnet TV fait ce que les médias publics anglophones et francophones ne font pas ou peu. « Nous allons vers les personnes, il n’y a qu’une communauté qui peut parler d’elle-même. Par exemple, si on souhaite des archives de communautés francophones africaines installées en Alberta on n’ira sûrement pas voir Radio Canada, car ce n’est pas son focus », explique le responsable des relations publiques.

Virginie Mbongolo Eboa est directrice de la chaîne communautaire. Crédit : courtoisie

La chaîne se veut être un véritable livre d’histoire contenant le patrimoine des communautés africaines francophones pour les générations futures. Elle veut transmettre cet héritage aux plus jeunes pour ne pas qu’ils oublient leurs origines socioculturelles.

« Le Canada doit réaliser que toutes ces personnes-là sont des pierres précieuses dans la communauté africaine noire francophone, par conséquent des pierres précieuses pour cette province de l’Alberta. Nous sommes une valeur ajoutée, on n’est pas venu juste pour prendre, on est venu pour donner aussi », insiste Yao Datté.

Cruels besoins financiers et humains

Comme tout projet communautaire, les financements sont souvent difficiles à trouver. Sans parler des volontaires. « Les bénévoles viennent et disparaissent. Nous autres avons déjà notre travail. Je travaille au CANAF depuis janvier dernier et ce n’est pas facile de trouver du temps ».

La chaîne ne possède pas d’équipe technique pour l’appuyer et la développer, mais elle travaille avec passion. Elle se réunit chaque samedi pour faire le point ou pour enregistrer des programmes. Certaines émissions comme la Saint Valentin ont été visionnées plus de mille fois, « ce qui est encourageant », constate Yao.

Malgré cela, Yao et son équipe ont des projets plein la tête. Ils comptent bientôt inviter des spécialistes pour traiter des sujets comme le système canadien, l’entrepreneuriat ou la famille. Toujours dans un seul et même but, celui de servir la communauté africaine francophone.

Logo de la chaîne Garnet TV. Crédit: Courtoisie

Partager

Articles similaires