Ramadan 2021 et COVID-19: une assiette pour deux

Écrit par : Salima Bouyelli

1 mai 2021

Basma et sa fille Hiba, originaire de Marrakech au Maroc est cheffe cuisinier à Canmore. Crédit: courtoisie

Pour la deuxième année consécutive le covid-19 s’invite quotidiennement à la table des musulmans du monde entier au moment de la rupture du jeûne, el iftar. En effet, pour la grande majorité des fidèles, le mois sacré du Ramadan a débuté le 13 avril dernier. Les croyants ne doivent ni manger, ni boire du lever au coucher du soleil. C’est l’an 1442 selon le calendrier hégirien, et cette année encore, ce quatrième pilier de l’islam sera pratiqué dans un contexte pandémique contraignant.

L’esprit de fête ne sera pas au rendez-vous cette année non plus lors de ce mois béni. Pour Basma Doubaji, cheffe cuisinière à Canmore, ce Ramadan est différent des autres car loin de sa famille et de ses amis à cause de la pandémie. Cependant elle se console avec ses horaires de travail qui lui permettent d’être auprès de sa petite fille Hiba à l’heure de la rupture du jeûne.

le jeune Ridwan Reza, 4ème année appelle à la rupture du jeûne le 23 avril 2021, 11ieme jour du Ramadan. Crédit: Salima Bouyelli

«L’année dernière avec la pandémie et des horaires décalés je rompais le jeûne avec juste une datte et un peu de lait pendant mon service», se souvient la jeune maman de son repas frugal sur le pouce. Ce virus qui a dicté sa loi sur terre, Basma en a fait une force. Elle est certes loin des siens mais elle est «proche de Dieu», confie-t-elle.

Un virus qui divise

Cette année encore, la pandémie a divisé les pratiquants du jeûne. C’est particulier car en temps normal on rencontre des gens, on se rend à la mosquée pour prier, on invite la famille et les amis, la convivialité est là.

Respect des mesures sanitaires. Crédit: Salima Bouyelli

Pour Farid Aadim, papa de 39 ans et directeur commercial pour une société informatique à Calgary, «on se retrouve à faire le jeûne chez soi». D’habitude il assiste aux tarawih, ces prières du soir durant tout le Ramadan à la mosquée mais avec le COVID, «les capacités sont limitées», explique t-il. Il a commencé le jeune à l’âge de huit ans. 

Ce manque particulier qui est cette connexion avec l’autre durant ce mois sacré se fait également ressentir chez Mehdi Nekach, employé du restaurant Olly Fresco’s à Edmonton. «Je prie à la maison en famille. Au Maroc, on respectait les restrictions en stoppant les prières dans les mosquées, mais elles vont reprendre car ne pas prier dans des mosquées durant le ramadan devient stressant.»

Centre islamique Akram Jomaa de Calgary. Crédit: Salima Bouyelli

Un mois unificateur

Le mois du Ramadan est un mois de repentir, de pardon, de solidarité et de partage. Avant la pandémie, Basma et ses amis s’invitaient mutuellement pour fêter cette journée de privation autour d’un repas. Chacun apportait un plat et la fête était au rendez-vous : bourek, soupe traditionnelle et tajines décorent la table et laissent échapper comme un parfum du pays malgré l’absence de la famille. 

«On est heureux de pratiquer notre religion même s’il n’y a pas de mosquée à Canmore et je suis fière d’être dans une communauté multiculturelle qui accepte toutes les religions», affiche Basma. 

Khalil Nader est également fier de ses origines libanaises et de sa religion. Ce Caporal de la Gendarmerie Royale (CRMP) est né au Canada et a appelé à la prière le 16 avril dernier pour la rupture du jeûne, avec son uniforme. 

Caporal Nader Khalil, de la Gendarmerie Royale du Canada, appelant à la prière du maghreb pour la rupture du jeûne au Centre Islamique Akram Jomaa le 16 avril dernier à Calgary. Crédit courtoisie. Crédit: courtoisie

C’était au centre islamique Akram Jomaa de Calgary. «C’est la première fois que je faisais cela, je l’ai fait pour la communauté et avec la communauté», déclare-t-il. C’etait une façon de démontrer sa double appartenance à la fois religieuse et patriotique. «Le Canada est un pays riche de sa diversité et on peut être à la fois musulman et canadien», a t-il ajouté.

Quelles que soient les cultures, les religions, calendrier grégorien ou calendrier hégirien, la pandémie est présente, c’est une réalité, elle nous entoure bel et bien et s’invite dans notre quotidien.

Calendrier des horaires de rupture du jeûne. Crédit: Salima Bouyelli

 

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