Les vétérans autochtones méritent la reconnaissance qui leur est due

Écrit par : Emmanuella Kondo

28 novembre 2021

Le sergent vétéran Alan Clause de la réserve des Six Nations (Ontario). Crédit : Emmanuella Kondo

C’est le 8 novembre qu’est célébrée la Journée nationale des vétérans autochtones. Un jour en hommage aux milliers de soldats – et à leurs familles – qui ont participé à de nombreux conflits armés sans être reconnus. Un devoir de mémoire, mais aussi d’acceptation des différences vis-à-vis des personnes qui ont joué un rôle essentiel dans de nombreuses guerres mondiales.

Comme plusieurs Canadiens de souche, de nombreux autochtones ont porté l’uniforme pendant la Première Guerre mondiale, soit plus de 4 000 selon les archives du Musée canadien de la guerre basé à Ottawa. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce sont plus de 3 000 membres des Premières Nations, ainsi qu’un nombre inconnu de Métis, d’Inuits et d’autres Autochtones, qui avaient servi durant ce conflit.  Certains dans la Marine royale canadienne et d’autres dans l’Aviation royale canadienne ou dans l’Armée canadienne. 

Toujours selon les archives du Musée, ces soldats autochtones ont souffert de discrimination raciale, linguistique et culturelle durant leur service militaire. Ils ont été victimes de préjugés notamment à propos de leur culture, leur aspect physique et la couleur de leur peau, même si leurs compétences étaient «précieuses».

Rebecca Williams, la coordonnatrice principale de l’éducation pour The Military Museums Foundations (Fondation des musées militaires), ajoute que les soldats auraient pu être mieux traités par l’armée canadienne. «Le gouvernement canadien dans l’ensemble les a traités de manière OK», dit-elle avec réserve. 

Rebecca Williams, coordonnatrice principale de l’éducation pour la Fondation des musées militaires. Crédit : Courtoisie

Elle ajoute, «les militaires autochtones étaient traités très différemment comparés aux autres». La plupart n’avaient pas accès aux mêmes avantages que les vétérans canadiens de souche. De plus, ils perdaient même leur statut d’autochtone parce qu’ils vivaient trop longtemps hors de leur réserve.

Elle précise d’ailleurs que les autochtones n’étaient pas obligés de servir dans les forces armées canadiennes dans le cadre de la Loi sur les Indiens (1876). Plusieurs désiraient s’engager à cause du «goût de l’aventure, un salaire régulier et trois repas par jour». 

Malgré les préjugés et les contraintes, une cinquantaine de soldats autochtones ont notamment été décorés pour leur bravoure après avoir été tireurs d’élite et éclaireurs pendant la Première Guerre mondiale, selon les archives d’Anciens combattants Canada.

Des souvenirs mémorables 

Encore adolescent, le sergent vétéran Alan Clause a dû demander une permission parentale pour pouvoir rejoindre les Forces armées canadiennes. Il raconte que l’école n’était pas faite pour lui et qu’il voulait faire autre chose de sa vie. 

«Je n’avais que 17 ans quand je me suis engagé dans les Forces canadiennes et ça m’a vraiment ouvert les yeux. C’était mieux que n’importe quelle éducation secondaire ou universitaire que j’aurais pu obtenir.  Cela m’a montré ce qu’était le monde et comment notre peuple interagissait avec les autres», raconte-t-il. 

Le sergent vétéran Alan Clause prend la parole lors de la cérémonie de la Journée nationale des vétérans autochtones au Musée militaire de Calgary. Crédit : Emmanuella Kondo

Vivant sur la réserve des Six Nations située près de Brantford, en Ontario, le sergent vétéran Alan Clause a fait partie de l’armée canadienne pendant trois ans avant de rejoindre le Corps des Marines des États-Unis pendant six ans. Durant son service militaire, il a été déployé au Vietnam. Ingénieur de combat, son travail consistait alors à réparer les routes et les pistes. Chaque matin, avec l’escouade anti-bombe, il cherchait aussi des pièges routiers et des mines. «Je dois dire que c’était toute une expérience, mais dans l’ensemble je le referais probablement.»

Une reconnaissance bien méritée 

Le sergent vétéran Alan Clause n’était pas le seul de sa réserve natale à servir lors de la guerre du Vietnam. Ils étaient à l’époque plus d’une vingtaine. Selon lui, les noms de six d’entre eux figurent aujourd’hui sur le mur commémoratif du Parc des anciens combattants à Ohsweken, en Ontario, aux côtés de ceux des victimes des deux grandes guerres, sans oublier celle de Corée.

Pour lui, le 8 novembre est une journée très importante à souligner partout au pays. Plusieurs de ces oncles ont porté l’uniforme pendant la Seconde Guerre mondiale et «cette journée est pour eux». Un moment qui est parfois dur à vivre. «C’est difficile de mettre des mots, mais il est temps que nous soyons reconnus», déclare-t-il. 

Cette reconnaissance est sans aucun doute «bien méritée» selon Rebecca Williams, fière de cet évènement qui rapproche les peuples et souligne les différences. «Cet évènement a été organisé pour reconnaître et se rappeler de leur service sous les drapeaux, souvent oublié par le public», précise-t-elle. 

La coordonnatrice souligne que la cérémonie qui a eu lieu au Musée militaire de Calgary le 8 novembre dernier, comme chaque année depuis 2019, est très symbolique. Cet évènement souligne aussi le désir de réconciliation avec les peuples autochtones longtemps maltraités. «Nous voulions vraiment que le grand public sache qu’ils ont servi, que l’on peut découvrir leurs histoires, tout cela dans le cadre d’un effort de réconciliation.» 

Le sergent vétéran Alan Clause termine en précisant l’importance de la Journée nationale des vétérans autochtones, mais aussi de la relation que l’on doit créer avec ces anciens combattants au sein de notre société. «Il est important de se souvenir et de parler aux vétérans pas seulement aujourd’hui, mais à chaque jour.» 

Pour plus d’information : 

Musée canadien de la guerre – Les soldats amérindiens : https://bit.ly/3qyHlPP

Gouvernement du Canada – À propos des anciens combattants autochtones : https://bit.ly/3os2uID

L’Encyclopédie canadienne – Loi sur les Indiens : https://bit.ly/3qR39GD 

 

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