Une réflexion politique s’impose sur les ressources humaines en santé mentale et en traitement de la toxicomanie

Écrit par : Le Franco

2 décembre 2022

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Nos pages sont les vôtres. Le Franco permet à ses lecteurs de prendre la parole pour exprimer leurs opinions. Mary Bartram, directrice des politiques à la Commission de la santé mentale du Canada, et Kathleen Leslie, professeure adjointe à l’Université Athabasca, nous partage les difficultés liées aux ressources humaines en santé mentale et en traitement de la toxicomanie.

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Selon les données les plus récentes publiées par la Commission de la santé mentale du Canada et le Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et la toxicomanie, plus d’une personne sur trois au Canada connaîtrait de graves problèmes de santé mentale et une sur quatre, des problèmes de toxicomanie. Ce sont là des chiffres ahurissants.

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Les répercussions de la pandémie sur la santé mentale et l’usage de psychotropes au sein de la population se révèlent aussi complexes que persistantes. La main-d’œuvre active dans ce secteur est le pilier d’une action cruciale, mais la crise des ressources humaines que connaît le réseau de la santé risque de les reléguer dans l’ombre.

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L’adoption d’une réglementation en cette matière offrirait un moyen de garantir un accès équitable aux soins et de planifier des ressources humaines indispensables. Le gouvernement fédéral a un rôle essentiel à jouer pour faciliter cette démarche de concert avec les provinces et les territoires – et créer un nouveau registre national des effectifs en santé qui pourrait s’avérer utile à l’ensemble du secteur.

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À l’heure actuelle, dans certaines régions du pays, c’est un peu le Far West pour ce qui touche les services d’aide en santé mentale et en traitement de la toxicomanie.

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«C’est un peu le Far West pour ce qui touche les services d’aide en santé mentale et en traitement de la toxicomanie.»

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Si vous consultez une psychologue ou un thérapeute agréé en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, au Québec, en Ontario ou à l’Île-du-Prince-Édouard, vous saurez quel genre de service vous obtiendrez, qui vous le fournira et quels titres de compétences cette personne possède. Et il est probable que les soins seront remboursés par votre province ou couverts en partie par votre programme d’avantages sociaux au travail, si vous avez la chance d’en avoir un.

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Ailleurs au Canada, bon nombre de provinces et de territoires tardent encore à réglementer la pratique de la psychothérapie. Ce qui signifie qu’on ne sait pas dans quoi on s’engage au juste.

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Certes, l’agrément volontaire et les cadres de compétences des associations provinciales offrent certaines protections, mais les services dispensés par leurs membres ne sont pas forcément admissibles à un remboursement par les régimes publics ou privés. Par ailleurs, du point de vue de la planification des ressources humaines, cette situation complique le calcul des effectifs que représentent ces prestataires de soins.

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Ainsi, notre paysage réglementaire fragmenté en matière de prestation de services en santé mentale et en traitement de la toxicomanie compromet l’accès équitable aux soins et nuit à notre capacité de procéder à la planification des effectifs.

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Mené par l’Université Athabasca en collaboration avec l’Université d’Ottawa et la Commission de la santé mentale du Canada, notre projet de recherche visait à cerner à la fois les facteurs qui entravent la réforme de la réglementation et ceux qui la favorisent.

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Au Nouveau-Brunswick, par exemple, les choses ont évolué grâce à une approche unique en son genre. Depuis 1950, la réglementation encadrant chaque nouvelle profession de la santé fait l’objet d’un projet de loi privé plutôt que de suivre le processus législatif public complexe observé dans d’autres provinces.

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En Alberta, une loi visant à encadrer la prestation des soins en santé mentale et en toxicomanie est bloquée depuis 2018 en raison des préoccupations soulevées concernant ses répercussions sur les intervenants en toxicomanie et les praticiens autochtones, dont la formation et les compétences s’appuient souvent en bonne partie sur l’expérience vécue et le savoir culturel.

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«En Alberta, une loi visant à encadrer la prestation des soins en santé mentale et en toxicomanie est bloquée depuis 2018.»

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Les mêmes inquiétudes se sont fait entendre dans les secteurs de l’entraide entre pairs et de la dépendance, lesquels se sont dotés de cadres rigoureux en matière de compétences et d’agrément, mais se méfient de ceux qui placent la formation professionnelle de niveau universitaire au-dessus de toute autre forme de connaissances acquises par la pratique.

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En 2021, nous avons organisé une séance de discussion virtuelle sur les politiques avec différents groupes de prestataires de soins, des intervenants de première ligne et des décisionnaires de toutes les régions du pays. Une soixantaine de personnes ont défini un certain nombre de grandes priorités exigeant une attention immédiate étant donné l’urgence de la situation.

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Parmi leurs recommandations figurent une meilleure collecte de données sur les effectifs du secteur de la santé mentale et de la toxicomanie, ainsi qu’une planification coordonnée des ressources humaines qui inclurait des programmes d’avantages sociaux fondés sur l’emploi et des services financés par l’État. Les personnes présentes ont également insisté sur la nécessité d’améliorer les compétences culturelles et de prôner une réglementation qui reconnaîtrait la valeur de l’expérience acquise et du savoir culturel.

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Alors, où réside la solution?

Il est urgent de réformer la réglementation sur deux aspects. Dans un premier temps, la psychothérapie et le counseling doivent être encadrés partout au pays, dès que possible.

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Dans un deuxième temps, les décisionnaires doivent prêter l’oreille à tous les groupes de prestataires dans l’optique d’élaborer, en matière de réglementation et d’agrément, une approche souple et moderne convenant à l’ensemble des effectifs.

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Un cadre réglementaire moderne sera l’atout qui permettra au fédéral de respecter sa promesse d’établir des normes en matière de soins de santé mentale et de traitement de la toxicomanie et de garantir à tous et à toutes un accès équitable à des services de grande qualité.

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Chaque province et territoire pourrait conserver l’approche qui est la sienne en matière de réglementation de la main-d’œuvre. Néanmoins, l’occasion s’offre aussi au gouvernement fédéral de piloter une action moins fragmentée en intégrant un cadre réglementaire souple et moderne à un nouveau registre national sur les effectifs en matière de santé. Ce dernier permettrait une planification rigoureuse des ressources humaines de manière à pouvoir répondre adéquatement aux besoins de la population dans l’avenir.

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Renforcer la capacité des effectifs dans les secteurs de la santé mentale et de la toxicomanie passe prioritairement par la réglementation. Viendra ensuite la nécessité de mettre au point pour le Canada une stratégie globale s’appliquant aux ressources humaines en santé.

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