Ronald Tremblay choisit la musique pour défendre la francophonie

Écrit par : Vienna Doell

25 septembre 2022

Ronald Tremblay a reçu l’Ordre du Canada. Crédit : Vienna Doell
Assis à l’extérieur d’une rue occupée, lors d’une journée chaude de juin, Ronald Tremblay sirote un café glacé. Pendant une heure, il me décrit en détail le parcours qui l’a amené à recevoir l’Ordre du Canada, la plus haute distinction civile au pays.

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En juin 2022, Ronald a été nommé au sein de l’Ordre du Canada «pour son leadeurship au sein d’organismes voués à la valorisation artistique des communautés francophones en situation minoritaire de l’Alberta et de tout l’Ouest canadien», peut-on lire sur le site web de la gouverneure générale du Canada. Très connu dans la francophonie pancanadienne, il s’illustre particulièrement dans le monde de la chanson francophone de l’Ouest.

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Ronald s’exclame, «c’est tripant!» Le processus pour être sélectionné comporte un peu de mystère. «On nous en dit très peu sur d’où ça vient», ajoute-t-il.

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Le passionné et défenseur de la musique francophone est aussi un ancien journaliste. Il a donc fait sa petite enquête pour savoir comment il a pu être reconnu pour son leadeurship. Il est à peu près certain d’en connaître la source. Sans révéler qui a fait la nomination, il explique que le processus a été long et qu’il a débuté «il y a cinq ans».

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Comprendre la situation des minorités dans l’Ouest

Mais son parcours exceptionnel ne date pas d’hier non plus. Né au Québec, il vit en Alberta depuis 1985. Il s’est alors plongé dans la création de programmes artistiques pérennes pour les francophones de l’Alberta et de l’Ouest canadien.

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«Ça a commencé lentement!» Il commence à écrire quelques chansons pour lui et «après ça, j’ai écrit des chansons pour d’autres, mais ça n’a jamais levé plus qu’un certain niveau», avoue-t-il. Avec humilité, il dit que son «grand talent, c’était de mettre des événements ensemble, de mettre des gens ensemble et de convaincre les gens…»

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Ronald Tremblay lors de sa première expérience en radio à CJVA Radio-Acadie (circa 1978). Crédit : Ronald Tremblay

Ronald Tremblay lors de sa première expérience en radio à CJVA Radio-Acadie (circa 1978). Crédit : Ronald Tremblay

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Mais Ronald n’a pas réalisé l’importance d’appuyer les minorités francophones jusqu’à son installation en Acadie en tant qu’animateur de radio et agent de prêts dans les années 1970-1980. «Je suis né d’une mère anglophone et d’un père francophone, donc je ne réalisais pas ce que c’était qu’une minorité avant d’aller au Nouveau-Brunswick», raconte Ronald.

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Il estime que «c’est lorsqu’on est ailleurs et que les droits [linguistiques] sont remis en question, c’est là que ça vient nous chercher». Toutefois, Ronald n’a pas mené la bataille pour les minorités à travers la politique : «ce que je connaissais le mieux, c’était les artistes».

«On a cassé la baraque» pour diffuser la chanson de l’Ouest

Lorsqu’il est venu en Alberta en 1985 pour travailler comme réalisateur à Radio-Canada, il a commencé à établir de nombreux contacts. Une connexion en particulier avec Yves Caron lui a permis de se faire connaître dans tout le Canada. «l’Ouest n’étaient pas connus au centre» du Canada. À eux deux, Ronald et Yves ont «vraiment fait de beaux contacts à travers le pays». C’est lors du Festival international de la chanson de Granby que le monde artistique et le public ont commencé à changer l’appréciation, voir l’acceptation, des artistes de l’Ouest dans le centre du Canada.

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«On nous a dit que l’Ouest […] a eu une influence sur les règlements du Festival de Granby en termes d’inclusion de nos artistes.» Une situation qui s’est finalement répétée en Ontario et en Acadie.

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Des projets, encore et toujours

Le fait de faciliter l’accès aux festivals pour les artistes de l’Ouest n’a pas été le seul projet entrepris par l’artiste. Durant cette même époque, il a fondé le Gala albertain de la chanson (aujourd’hui Polyfonik) et a cofondé le Chant’Ouest.

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«L’élément déclencheur» qui a inspiré Ronald dans la création de ces événements a été sa propre expérience comme musicien à un gala en 1979. «J’ai eu un prix au Gala de la chanson de Caraquet, au Nouveau-Brunswick», raconte le réalisateur. «J’ai vraiment aimé mon expérience». Il se dit alors que s’il avait le financement nécessaire, «j’aimerais créer quelque chose comme ça».

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Au lendemain du premier Gala interprovincial de la chanson (maintenant Chant’Ouest), Ronald Tremblay est interviewé par l’animateur-vedette de Radio-Canada, Jacques Boulanger. Crédit : Ronald Tremblay

Au lendemain du premier Gala interprovincial de la chanson (maintenant Chant’Ouest), Ronald Tremblay est interviewé par l’animateur-vedette de Radio-Canada, Jacques Boulanger. Crédit : Ronald Tremblay

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En 1988, par pure coïncidence, alors qu’il travaillait à Radio-Canada, «ils ont demandé aux réalisateurs de la station d’arriver avec des idées pour célébrer son 40e anniversaire» l’année suivante. Ronald a pu suggérer de créer un gala de la chanson en Alberta et a pu avoir les fonds pour le réaliser.

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Un élément plus personnel

Malgré l’importance de ces réalisations durant sa carrière remarquable, il a eu très à cœur de participer à La Chicane et à La Place. Ces deux réalisations l’ont particulièrement «inspiré». Elles ont eu beaucoup d’effets sur sa vie.

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La Chicane, c’est un concours de chanson pour les jeunes que Ronald a mis ensemble en 2001. «Moi je pensais que ç’aurait été un one off», rigole-t-il. Mais depuis, le concours «a beaucoup grandi». Il a félicité le Centre de développement musical pour la croissance continue du projet. «La première année, il y avait trois groupes et maintenant, ils sont quinze ou seize.»

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Il met l’accent sur ce projet, «contrairement aux autres, qui sont plus des institutions et des structures […] La Chicane permet aux jeunes de vraiment capoter, de vraiment créer entre eux autres beaucoup de décisions créatives». Ronald insiste, «à ce jour, j’adore cet événement-là».

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«La Chicane permet aux jeunes de vraiment capoter.» Ronald Tremblay

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Plus récemment, l’âme journalistique de Ronald s’est lancé dans la création du balado La Place avec Denis Perreaux et Josée Thibeault. «C’est la plus belle équipe avec laquelle j’ai travaillé. Mais j’ai travaillé avec bien de belles équipes!»

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«L’homme-carrière» reconnaît la nouveauté d’un tel projet. «J’ai commencé ça dans ma soixantaine […] et ça m’a fait découvrir l’histoire», apprécie-t-il. Mais son intérêt pour l’histoire ne se limite pas au balado.

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Préserver la mémoire citoyenne et artistique

Ronald Tremblay archive de nombreux programmes, événements, notes et enregistrements de musique francophone depuis 2007 aux Archives provinciales de l’Alberta. «On était rendu à ce moment-là au 16e ou 17e Chant’Ouest […], puis j’ai dit écoute qu’est-ce que je fais avec ça? J’aimerais vraiment les conserver», explique-t-il.

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Il a été encouragé à continuer à documenter les événements, les discussions ou les albums qui se produisaient sur la scène francophone. Il reconnait que c’est du travail de tout noter, de «créer une histoire, un lien entre ces événements-là et d’autres associations».

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Dans cette optique de préserver l’histoire des arts francophones, Ronald espère documenter sa propre histoire. «Je veux écrire un manuscrit, on peut appeler ça un livre […] que je ne voudrais pas nécessairement publier, je veux juste essayer l’exercice d’écrire un livre».
«Ça ne serait pas nécessairement une œuvre biographique, ce serait plutôt une biofiction, c’est-à-dire 80% réalité, 20% fiction. You figure it out», blague Ronald. Mais, quel que soit le projet qu’il choisira d’entreprendre dans les années à venir, il pourra se consoler en sachant que son travail durant des décennies n’est pas passé inaperçu.

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«La chanson est à une bonne place», acquiesce Ronald. «Il y a tellement de bons champions de la chanson à travers l’Ouest.» Il ajoute que «par la force des gens et tout le monde qui les suit, il y a vraiment lieu d’avoir l’espoir que notre chanson soit aussi bonne qu’ailleurs».

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«Il y a tellement de bons champions de la chanson à travers l’Ouest.» Ronald Tremblay

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Et même si on lui a donné un «prix pour l’ensemble d’une carrière», Ronald rigole qu’il «espère encore être là pendant un petit moment».

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