Recensement 2021 : Quelle est la situation du français en Alberta?

Écrit par : Le Franco

18 août 2022

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En Alberta, 0,5% de la population parle le français de façon prédominante à la maison. C’était 0,7%, il y a cinq ans. Montage photo : Andoni Aldasoro

Les plus récentes données démographiques confirment une tendance : au Canada, l’anglais trône en roi au détriment du français et des langues autochtones. Le portrait linguistique du pays publié par Statistique Canada le 17 août témoigne également d’un recul du français en Alberta.

En Alberta, 261 000 personnes parlent le français, c’est un peu moins qu’il y a cinq ans. Pendant la même période, la proportion de la population ayant le français comme langue maternelle a, quant à elle, glissé de 2,13% à 2,06%.

Les chiffres publiés hier font aussi état d’un recul du nombre de personnes parlant le français de façon prédominante à la maison, un pourcentage qui ne s’établit aujourd’hui qu’à 0,5% de la population albertaine.

Le constat est valide pour l’ensemble du pays. Bien que le nombre absolu de Canadiens parlant français soit en légère augmentation (+1,6%), il reste largement inférieur à la croissance démographique du pays (+5,2%).

En d’autres mots, la proportion de francophones diminue au pays, passant de 22,2 % en 2016 à 21,4 % en 2021. C’est une tendance lourde observée depuis les toutes premières études démographiques de ce type dans les années 1970.

«Au mieux, la francophonie stagne.» FCFA
La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) a réagi à la publication de ces données avec frustration. «Au mieux, la francophonie stagne», écrit sur Twitter l’organisme porte-parole des communautés francophones minoritaires, reprochant l’inaction du gouvernement fédéral. «Si les cibles en immigration francophone avaient été atteintes dès 2008, nous serions 2 860 000. Entretemps, il y a eu une décennie perdue.»
«Si les cibles en immigration francophone avaient été atteintes dès 2008, nous serions 2 860 000. Entretemps, il y a eu une décennie perdue.» FCFA

Pour renverser la tendance démographique, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) presse également le gouvernement de se doter d’une politique en immigration francophone avec des cibles de rattrapage et de réparation, mais souligne aussi le besoin d’assurer un continuum de l’éducation francophone de la petite enfance au postsecondaire.

Le gouvernement fédéral mène actuellement des consultations en vue de la mise à jour de son Plan d’action sur les langues officielles. Une modernisation de la Loi sur les langues officielles a également été promise à maintes reprises par le gouvernement Trudeau. Il s’était engagé à l’adopter à l’intérieur des 100 premiers jours de son présent mandat. Trois cent trente jours plus tard, la francophonie canadienne attend toujours et il y a urgence d’agir, plaide la FCFA comme l’ACFA.

L’anglais comme langue d’intégration

Après leur arrivée au pays, une majorité d’immigrants adoptent l’anglais plutôt que le français, rapporte Statistique Canada. Parmi les Canadiens dont la langue maternelle est autre que le français ou l’anglais, 80,6 % parlent principalement l’anglais. Bon nombre d’entre eux sont issus de l’immigration.

L’immigration diversifie la situation linguistique de notre pays. Plusieurs des langues qui observent les taux de croissance les plus importants sont des langues de l’Asie du Sud comme le malayalam (+129 %), l’hindi (+66 %), le pendjabi (+49 %) ou le gujarati (+43 %). À Edmonton et Calgary, la deuxième langue la plus parlée à la maison après l’anglais est le pendjabi.

Des langues autochtones en danger d’extinction

Dans son rapport publié aujourd’hui, Statistique Canada reconnaît que le contexte pandémique a complexifié sa collecte de renseignements dans plusieurs communautés des Premières Nations, des Métis ou des Inuits. Deux ans après l’adoption de la Loi sur les langues autochtones, le gouvernement peine à dresser un portrait exact de la situation linguistique des premiers peuples.

N’empêche, Statistique Canada «dégage certaines tendances quant à l’évolution du nombre de locuteurs des langues autochtones en observant uniquement les municipalités, réserves et établissements ayant participé au recensement à la fois en 2016 et en 2021. Selon cette méthode, le nombre de personnes déclarant une langue maternelle autochtone, seule ou en combinaison avec une autre langue, a diminué de 6,8 % de 2016 à 2021 au Canada, alors que le nombre de personnes déclarant pouvoir soutenir une conversation dans une langue autochtone a diminué de 3,3 % au cours de la même période.»

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Ce recul démographique, bien plus marqué que chez les francophones, rappelle l’importance de programmes de revitalisation linguistique. Sur les quelque 70 langues autochtones parlées dans ce pays, «une vingtaine sont parlées par 500 personnes ou moins, personnes dont l’âge médian était de 60 ans et plus», décrit le rapport.

Vingt-quatre mille six cents personnes en Alberta parlent une langue autochtone.

Un bilinguisme français-anglais qui s’effrite

En dehors du Québec, le taux de bilinguisme s’effrite également, passant de 9,8% à 9,5%. En Alberta, ce taux a diminué de 6,5% en 2016 à 6,1% cinq ans plus tard.

Sans surprise, à l’échelle canadienne, les personnes qui ont le français comme langue maternelle sont bien plus souvent bilingues que les personnes qui ont d’abord appris l’anglais, et ce, dans un rapport de cinq pour un.

L’ACFA avait milité avec succès, il y a deux ans, pour l’inclusion de questions linguistiques plus précises dans le formulaire long de ce recensement. Ainsi, les données linguistiques publiées mercredi par Statistique Canada permettront d’établir plus facilement la concentration d’ayants droit et la demande potentielle pour des écoles de langue française. Dans un communiqué publié à l’été 2020, l’ACFA se disait  «optimiste et excitée» par l’impact potentiel de ces chiffres sur des investissements dans des infrastructures scolaires.

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