Transport scolaire : pénurie de chauffeurs ou mauvaise gestion?

13 janvier 2023

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Les autobus scolaires sont parfois inutilisés faute de chauffeurs. Crédit : Arnaud Barbet
Depuis septembre, une pénurie de chauffeurs d’autobus donne du fil à retordre aux autorités scolaires francophones de l’Alberta. Si la situation semble tranquillement se résorber du côté d’Edmonton, plusieurs écoles de Calgary éprouvent toujours des difficultés avec plusieurs trajets qui demeurent sans chauffeur permanent.

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Gabrielle Audet-Michaud
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

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«Dans la région urbaine d’Edmonton, ça a été particulièrement complexe. Nous avons eu plusieurs difficultés pour assurer la stabilité des routes et les transporteurs ont eu des soucis pour recruter et garder les conducteurs qu’ils trouvaient», raconte le directeur général du Conseil scolaire Centre-Nord (CSCN), Robert Lessard.

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En conséquence, des élèves accusant des retards importants le matin, des parents obligés de s’occuper eux-mêmes du transport de leurs enfants et des conducteurs d’autobus ayant le double de trajets. Le CSCN s’est toutefois rapidement «mis en mode solutions».

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Notamment, un service d’appui aux devoirs a été offert le matin dans les écoles pour permettre aux parents de venir porter leurs enfants plus tôt, avant de se rendre au travail. «Les parents ont été extraordinaires et le personnel de l’école aussi parce que la surveillance a été beaucoup plus longue, surtout à la fin de la journée. Il fallait rester avec les enfants jusqu’à l’arrivée des autobus ou des parents», rappelle Robert Lessard.

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«On va encore avoir des routes qui vont s’ouvrir sporadiquement, en raison des conducteurs malades. Ça ajoute un autre défi.» Robert Lessard

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Les trajets qui se trouvaient sans chauffeur permanent au début de l’année ont depuis été comblés, sauf que la marge de manœuvre demeure mince. Aucun des quelque dix transporteurs avec qui le CSCN fait affaire ne dispose d’une banque de remplacement. Si un chauffeur devait s’absenter, son siège serait donc laissé vacant. «On va encore avoir des routes qui vont s’ouvrir sporadiquement, en raison des conducteurs malades. Ça ajoute un autre défi», admet le directeur général.

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Encore des inquiétudes au sud

Du côté des écoles du Conseil scolaire FrancoSud, la tempête semble toujours battre son plein. «À l’heure actuelle, environ douze de nos trajets sont toujours sans chauffeur permanent», a laissé savoir le coordonnateur des communications du FrancoSud, Antoine Bégin, dans un échange de courriels.

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À défaut d’être en mesure de s’entretenir avec la direction des écoles concernées, le journal a parlé avec un chauffeur d’autobus d’expérience qui travaille pour Southland Transportation, le transporteur principal des écoles francophones de Calgary. «Ce n’est pas vraiment une pénurie de chauffeurs. C’est une pénurie de chauffeurs prêts à conduire dans les conditions actuelles» proposées par l’employeur, témoigne-t-il.

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«C’est une pénurie de chauffeurs prêts à conduire dans les conditions actuelles.» Arthur, chauffeur d’autobus scolaire dans le sud de la province qui préfère garder l’anonymat.

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Nous avons accepté de conserver l’anonymat de ce chauffeur, dont le prénom est fictif, puisqu’il craint des représailles de son employeur. Arthur confie que de nombreux chauffeurs ont récemment quitté leurs fonctions en raison de la mauvaise gestion de Southland.

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De flagrants manques de communication

«On reçoit la majorité de l’information par les parents des élèves. Et ce sont les écoles qui nous préviennent lorsqu’il y a des changements de trajets. Sinon, on l’apprend à la dernière minute. On n’est jamais consultés», analyse-t-il. Selon lui, l’entreprise est complètement déconnectée du quotidien des chauffeurs qui doivent «régler leurs problèmes entre eux».

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«On a un agent de liaison qui est censé faire l’intermédiaire entre nous, les chauffeurs, l’école et Southland. Mais si tu demandes aux chauffeurs qui est cette personne, ils ne pourraient même pas te donner son nom et son contact», renchérit-il.

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Ce chauffeur, qui s’occupe d’un trajet pour une école de Calgary, rappelle que la majorité de ses collègues sont semi-retraités et ne cherchent pas vraiment à faire de l’argent. Ils aiment surtout être occupés quelques heures par jour et pouvoir socialiser. «La majorité d’entre nous fait ça pour le plaisir. Nous aimons beaucoup les enfants. Il y a juste quelques chauffeurs qui font ce travail parce qu’ils en ont vraiment besoin», appuie Arthur.

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Au moment d’écrire ces lignes, Southland Transport n’avait pas répondu à la demande d’entrevue de la rédaction, envoyée une semaine plus tôt.

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Entre la COVID et l’économie…

De son côté, Robert Lessard estime que la pandémie de COVID-19 a eu des répercussions importantes sur les transporteurs du CSCN qui ont perdu un nombre important de chauffeurs semi-retraités. En outre, il croit que l’environnement économique actuel n’aide en rien à la situation.

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Robert Lessard est le directeur général du Conseil scolaire Centre-Nord (CSCN). Crédit : Courtoisie

Robert Lessard est le directeur général du Conseil scolaire Centre-Nord (CSCN). Crédit : Courtoisie

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«Il y a des gens qui conduisent, mais qui se cherchent plutôt du temps plein. Le marché est compétitif donc, dès qu’une opportunité se présente, on soupçonne qu’ils sautent sur ce nouvel emploi», note-t-il. Car être chauffeur d’autobus scolaire, c’est d’abord travailler à temps partiel (quatre à six heures par jour) avec des horaires très tôt le matin et en fin d’après-midi. Difficile dans ces conditions d’avoir une autre activité.

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Et comme la formation pour devenir chauffeur d’autobus prend au minimum de trois à quatre semaines, ajoute-t-il, la capacité des transporteurs «à assurer le roulement lorsque des gens s’absentent ou quittent leurs fonctions» en est diminuée.

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