La sororité ou la nouvelle force des femmes d’affaires

Écrit par : Chloé Liberge

2 juin 2022

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Vickie Joseph, au milieu ici en compagnie de deux mannequins, donne espoir espoir à toutes celles qui souhaitent se lancer en affaires. Crédit : Chloé Liberge
Lors du Rendez-vous d’affaires du Conseil de développement économique de l’Alberta (CDÉA), la conférence de Vickie Joseph a marqué les esprits. Pendant 90 minutes, la cofondatrice et présidente de V Kosmetik International (VKI) a partagé avec passion son parcours et les difficultés rencontrées en tant que femme d’affaires noire. Une lueur d’espoir pour toutes celles qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat.

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Chloé Liberge
IJL – Réseau.Presse – Le Franco

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La Montréalaise l’affirme, «je dois toujours briser des plafonds de verre». Lorsque Vickie décide de créer sa ligne de vêtements en 2006, Nu.I by Vickie, elle sait que le chemin ne sera pas facile. «C’est un fardeau d’être une femme entrepreneuse, on a des challenges parce que c’est un monde masculin», se désole-t-elle.

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«Je dois toujours briser des plafonds de verre.» Vickie Joseph

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Pourtant, cette férue de mode ne s’est pas laissée abattre. Et cela a payé. Aujourd’hui, sa marque de cosmétiques conçue pour la diversité s’est développée partout dans le pays et à l’international.

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En raison de la discrimination subie au début de sa carrière, Vickie veut partager l’entraide des femmes entre elles. Le sourire aux lèvres, elle assure, «plus on grandit ensemble, plus on va ouvrir les portes pour les autres».

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L’importance de la solidarité dans la vie professionnelle

C’est avec ce concept de solidarité que beaucoup d’organismes ont décidé de créer des programmes par et pour les femmes. Mylène Letellier, directrice générale de la Société de Développement économique de la Colombie-Britannique (SDECB) depuis avril dernier, en fait partie.

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Avec le réseau Femmes d’affaires en mouvement, elle a à cœur de réunir ses consœurs autour de différents services. Que ce soit des ateliers de perfectionnement axés sur la négociation en entreprise ou de l’accompagnement personnalisé, elles sont déjà 280 Britanno-Colombiennes à suivre ce programme.

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En plus d’affiner leurs connaissances professionnelles, elles peuvent, dans le cadre de ces ateliers, échanger avec d’autres femmes qui vivent les mêmes expériences professionnelles. Mylène Letellier l’affirme, «c’est une réelle occasion de développer des liens entre elles, de s’entraider, mais aussi d’améliorer leurs compétences».

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Olga Gordon, conseillère en développement économique et entrepreneuriat du CDÉA, a lancé le groupe Les Elles des Affaires l’année dernière avec sa collègue Carine Ouédraogo. Crédit : Courtoisie

Olga Gordon, conseillère en développement économique et entrepreneuriat du CDÉA, a lancé le groupe Les Elles des Affaires l’année dernière avec sa collègue Carine Ouédraogo. Crédit : Courtoisie

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Ce concept de sororité entre entrepreneures a aussi vu le jour dans la francophonie albertaine. Initiative du CDÉA, Les Elles des Affaires s’adresse à toutes les femmes d’expression française qui souhaitent lancer leur entreprise ou qui l’ont déjà fait. Créé en mars 2021 par Olga Gordon, conseillère en développement économique et entrepreneuriat à Calgary, et son homologue d’Edmonton, Carine Ouédraogo, le groupe compte déjà 60 membres.

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Ce projet permet aux entrepreneures d’élargir leur réseau d’affaires et d’avoir accès à des ateliers en français. De plus, grâce à une formation de cinq semaines sur le marketing pour les petites et moyennes entreprises (PME), ces femmes ont pu évoluer dans leurs stratégies d’entreprise. Olga se remémore, «on pouvait vraiment sentir l’énergie des femmes qui étaient motivées et se sentaient vraiment à l’aise de pouvoir s’exprimer».

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Une peur de se lancer qui est propre aux femmes

«Le pire ennemi d’une femme entrepreneuse, c’est elle-même», déclare Mylène Letellier. En effet, beaucoup d’entre elles sont effrayées à l’idée de commencer une entreprise à partir de zéro. Pour la directrice générale de la SDECB, les hommes n’ont pas forcément cette prise de conscience. «Ils se posent moins de questions, se jugent moins», poursuit-elle.

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Mais cette appréhension est, entre autres, le résultat d’une société patriarcale où on apprend assez tôt aux femmes à se faire plus discrète. Selon Mme Letellier, cela commence dès l’école. «En classe, on va parfois dire aux jeunes hommes de ne pas avoir peur de parler, alors que les jeunes filles, on va leur dire de faire attention.»

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Un sentiment également partagé par Vickie Joseph. «Je pense que cela vient de l’insécurité. C’est le manque de confiance en soi et la peur de perdre sa place», avoue la femme d’affaires.

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Pour vaincre cette inquiétude, l’entrepreneure a quelques trucs infaillibles. Elle passe des heures à se renseigner sur ses plans d’action et à étudier son marché. «Il faut s’assurer que ton projet soit vraiment bien monté et fiable, car cela va diminuer la peur», affirme la cofondatrice de VKI. Elle persiste, «il faut toujours se demander à la fin si tu veux vivre avec des regrets toute ta vie ou si tu veux l’avoir essayé».

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«il faut toujours se demander à la fin si tu veux vivre avec des regrets toute ta vie ou si tu veux l’avoir essayé.» Vickie Joseph

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Transmettre aux générations futures

Chacune d’entre elles le témoigne, elles souhaitent montrer le changement pour demain. Femmes d’affaires en mouvement a d’ailleurs donné plusieurs ateliers dans les écoles, une activité dont Mylène Letellier est fière. «J’essaie de transmettre auprès de jeunes femmes dans les écoles afin qu’elles puissent avoir ces connaissances au tout début de leur carrière.»

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Mais cela ne suffit pas. Pour lutter contre la discrimination envers les femmes et les entrepreneures, cela doit aussi commencer par revoir notre modèle de société. Pour Vickie Joseph, il faudrait «éduquer les gens parce que souvent le racisme et la discrimination viennent de l’ignorance». Elle prône la solidarité qui permettrait de «créer de l’innovation et surtout de l’avancement».

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Les Elles des Affaires est un programme gratuit proposé par le CDÉA à toutes les entrepreneures francophones et francophiles de l’Alberta. Si vous souhaitez vous inscrire, contactez Olga Gordon à [email protected].

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