Des zombies francophones en Alberta

Écrit par : Vienna Doell

23 octobre 2022

Alors qu’Edmonton est avant tout un centre anglophone, Sydney Moule, la directrice générale du Festival international du film d’Edmonton (EIFF), est ravie de la présence de ce second long métrage en français. Brain Freeze, du réalisateur québécois Julien Knafo, a même gagné le prix du meilleur film dramatique du EIFF cette année.

.

Dans sa quête de nouvelles voix à travers les projections du festival, Sydney Moule aimerait avoir l’avis de la communauté. C’est en toute sincérité qu’elle espère se rapprocher des différentes communautés albertaines et notamment de la francophonie albertaine. «Cela nous aide à savoir comment nous pouvons être meilleurs et plus inclusifs».

.

«Nous sommes toujours à l’écoute des suggestions de films.» Sydney Moule

.

«Nous sommes toujours à l’écoute des suggestions de films», ajoute la directrice générale. Ces films peuvent offrir des «voix uniques» et «inédites» aux participants locaux et étrangers du festival. Et ce n’est pas la présence de morts-vivants francophones dans l’Ouest canadien qui taira cette affirmation.

.

«Écrire quelque chose pour le fun»

Au croisement du film d’horreur et du film fantastique, on trouve les films de zombies, un genre cinématographique très populaire, mais peu exploité par le cinéma québécois. Conscient de ce manque, Julien Knafo décide un jour que «ça serait drôle de faire un film de zombies sur l’île des Sœurs» située dans la métropole montréalaise. En effet, il est surprenant de voir des morts-vivants évoluer dans un quartier résidentiel plutôt huppé nommé, pour l’occasion, l’Île-aux-Paons et inspiré du lieu où le réalisateur habite.

.

«Ça serait drôle de faire un film de zombies sur l’île des Sœurs.» Julien Knafo

.

Avec le but originel «d’écrire un film à propos de choses que je connais», Julien n’a jamais réussi à percer comme réalisateur. À son grand regret, «mes projets étaient toujours refusés». Alors, il change son fusil d’épaule et se lance, il y a neuf ans, dans l’écriture d’un film de zombies. Un sujet pour lequel il était totalement néophyte. «Je m’intéresse beaucoup aux films de genre, mais pas nécessairement aux films de zombies ou aux films d’horreur.»

.

À son avantage, ce cinéaste chevronné a toujours eu «une aisance et une envie de raconter des histoires par les images». Alors, quand le scénario de son film a trouvé le financement nécessaire à sa production, Julien s’est mis à étudier tous les films du genre qui ont été réalisés pour parfaire son œuvre.

.

La pandémie a joué les trouble-fêtes

Julien ne devait pas seulement cerner les subtilités des films de zombies, il a dû aussi interrompre son tournage cinq jours avant la fin en raison de la pandémie. L’incertitude quant à la reprise du tournage l’a «un peu déstabilisé».

.

Un signe pour ce film qui a pour trame de fond une crise sanitaire due à l’utilisation d’un fertilisant artificiel sur le terrain de golf de l’Île-aux-Paons. La nappe phréatique est souillée et le danger se répand au fur et à mesure que la population boit de l’eau et se transforme en morts-vivants.

.

.

La liste des gagnants du festival. Crédit : Edmonton International Film Festival

La liste des gagnants du festival. Crédit : Edmonton International Film Festival

.

.

Patient, l’artiste multidisciplinaire et compositeur de musique de film a su profiter de cette accalmie contrainte pour travailler à nouveau sur la musique. «C’est le seul film où je n’ai impliqué aucun musicien», explique-t-il. Autodidacte, il «ne joue d’aucun instrument, juste de l’ordinateur». Il voulait que sa musique ait une sonorité industrielle et synthétique. «Je pense que je n’ai jamais eu autant de plaisir à l’écrire.»

.

Les longs mois de pandémie ont impliqué quelques réglages lorsqu’est venue la fin du tournage. Certains des enfants qui jouaient avaient grandi, le réalisateur a dû faire quelques petits ajustements. Pour le jeune acteur Iani Bédard qui joue le personnage d’André, un adolescent immunisé grâce à sa consommation exclusive de sodas, il a fallu «monter le ton de sa voix de deux demi-tons… il a commencé à muter!», blague Julien.

.

.

Deux autres très jeunes acteurs ont, en l’espace de six mois, grandi aussi. «Leurs visages n’ont pas vraiment changé et le fait qu’ils soient plus grands n’était pas trop grave parce qu’ils portaient un habit de neige», raconte Julien. Mais, entre-temps, ils avaient appris à marcher, ce qui n’était pas vraiment prévu dans le scénario. En effet, le personnage joué par ces deux bébés était censé ramper!

.

Malgré l’inquiétude de ne pas pouvoir terminer le film et malgré toutes les restrictions mises en place lors de leur second tournage, Julien assure que «cela nous a servi, c’était bon pour nous, ce qui était vraiment bizarre». La production a d’ailleurs bénéficié d’heures supplémentaires pour travailler sur le montage et la musique et a pu revenir en force pour la deuxième partie de tournage.

.

Le plaisir pour le cinéma

Passionné de cinéma, Julien avait «tellement hâte d’être au festival!» Avec l’impossibilité de voyager à l’étranger pour d’autres festivals pendant la pandémie de COVID-19, le réalisateur est «tellement ravi d’avoir été invité à Edmonton». Quant à la programmation, il assure que celle-ci démontre «un amour du cinéma à la base et une joie du film».

.

Et contrairement à son passé comme scénariste et réalisateur, Julien a hâte de revoir Brain Freeze sur grand écran. «J’ai une certaine difficulté à revoir les films que je réalise» donc «c’est très rare que je sois positif». Le réalisateur a d’ailleurs, lui aussi, beaucoup d’amour pour ses personnages et cette projection le rend vraiment très fier du travail accompli.

.

Résultat du vote

Un comité de cinq personnes, «des juges venant du monde entier», explique Sydney Moule, remet des prix aux courts et longs métrages diffusés pendant le festival international du film d’Edmonton. «Normalement, ce sont des invités qui ont déjà participé à notre festival, donc ceux qui ont auparavant eu des films dans notre festival, mais pas cette année», explique la directrice générale du festival.

Pour les deux catégories de qualification aux Oscars, Sydney dit que le comité recherche «quelque chose qu’ils n’ont pas vu avant, quelque chose qui les émeut et qui célèbre la beauté de l’animation». Cette année, les prix pour les catégories «court métrage d’animation» et «court métrage prise de vues réelles» ont été décernés respectivement à The Originals des réalisateurs Cristina Costantini et Alfie Koetter et à An Irish Goodbye des réalisateurs Ross White et Tom Berkeley. Pour connaître les autres gagnants des prix du festival : t.ly/bBE-

Partager

La francophonie albertaine vous intéresse?

Nous aussi.

Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour recevoir chaque deux semaines un concentré de nos meilleures histoires!