le Vendredi 8 mai 2026
le Vendredi 10 octobre 2025 17:15 Calgary

Un marché du travail qui met la francophonie à l’épreuve

La Cité francophone à Edmonton accueille des spectacles comme la Série Patio, mais aussi de nombreux organismes francophones tels que Parallèle Alberta et la FRAP. Archives Le Franco - Courtoisie
La Cité francophone à Edmonton accueille des spectacles comme la Série Patio, mais aussi de nombreux organismes francophones tels que Parallèle Alberta et la FRAP. Archives Le Franco - Courtoisie

IJL - Alors que le taux de chômage en Alberta a bondi à 8,4% en août, son plus haut niveau depuis 2017, en excluant les années marquées par la pandémie, les répercussions se font sentir jusque dans la francophonie. Sur le terrain, les organismes constatent déjà un certain ralentissement.

Un marché du travail qui met la francophonie à l’épreuve
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Pierre-Adrien Wuatelet occupe le poste d’agent de liaison avec les employeurs chez Prospect Human Services. Photo : Courtoisie

Selon Statistique Canada, l’Alberta se classait au deuxième rang des provinces avec le taux de chômage le plus élevé à la fin août, derrière Terre-Neuve-et-Labrador. Une réalité qui complique la tâche des chercheurs d’emploi, même dans des secteurs habituellement accessibles.

«Depuis le début de l’année, nos bénéficiaires ont plus de mal à décrocher un poste. Il y a globalement moins d’offres, y compris dans les emplois saisonniers, et la compétition est beaucoup plus forte», observe Pierre-Adrien Wuatelet, l’agent de liaison avec les employeurs chez Prospect Human Services, un organisme qui accompagne les chercheurs d’emploi grâce à des ateliers et à des outils pour développer leurs compétences.

Selon lui, la situation est particulièrement éprouvante pour les personnes qui ne peuvent pas compter sur un réseau établi sur le marché du travail. «Une entreprise m’a dit avoir reçu 300 CV pour un poste de secrétaire. Ils ont fermé l’affichage après deux jours et n’ont retenu que les 10 ou 15 premiers [pour une entrevue]. C’est pratiquement impossible de se démarquer dans ce contexte», illustre-t-il. 

Coline Puype est la coordonnatrice du centre de ressources en emploi chez Prospect Human Services. Photo : Courtoisie

Sa collègue, Coline Puype, qui travaille plus particulièrement avec des francophones, constate la même tendance, aggravée par d’autres facteurs uniques. «On voit de plus en plus de francophones avoir recours à nos services, surtout avec la hausse de l’immigration francophone au Canada et le fait que les règles sur l’immigration se resserrent au Québec, mentionne-t-elle. Ce qu’on remarque, c’est que le fait de ne pas parler anglais constitue un frein supplémentaire pour trouver un emploi», ajoute-t-elle.

Les nouveaux arrivants francophones au cœur du défi 

Cette difficulté est accentuée pour les personnes qui n’ont pas encore d’expérience de travail canadienne. Pour y faire face, elle recommande souvent le bénévolat, une manière pour celles qui arrivent dans la province de se bâtir un réseau, de pratiquer leur anglais et d’acquérir une première expérience locale. «Ça ajoute une ligne sur leur CV en Alberta. C’est précieux», souligne-t-elle.

Yic Camara, directeur général adjoint de Francophonie Albertaine Plurielle (FRAP), constate lui aussi que les nouveaux arrivants francophones traversent une période plus difficile en termes d’employabilité. «Quand le marché est tendu pour monsieur et madame tout le monde en Alberta, forcément, les nouveaux arrivants sont les premiers touchés. Les défis sont multipliés pour eux», explique-t-il. 

Étienne Alary est le directeur général de Parallèle Alberta. Photo : Courtoisie

Au quotidien, l’organisme d’établissement tente de garder ces nouveaux arrivants motivés dans leur recherche d’emploi. «On peut sentir de l’émotion chez les gens, on voit la lourdeur que ça entraîne et ça a un impact aussi sur nous, alors que nous ne sommes pas des fournisseurs de services d’employabilité», indique-t-il.

Tout comme Coline Puype, la FRAP encourage les chercheurs d’emploi à s’investir dans le bénévolat et offre même des occasions au sein de son organisme. Mais Yic Camara tient aussi à rappeler le rôle premier de l’organisme. «Nous ne pouvons pas tout faire. Malgré le fait que nous soyons une première porte d’entrée, c’est Parallèle Alberta qui est responsable de l’employabilité», insiste-t-il. 

Du côté de Parallèle Alberta, les effets de la hausse du chômage ne semblent pas encore se faire sentir. «On a quand même eu de très bons mois en termes de placement de clients en emploi. Quoique ce n’est jamais parfait. On aimerait en avoir davantage. Idéalement, on placerait tous les clients qu’on reçoit immédiatement», affirme son directeur général, Étienne Alary.

Le contexte économique actuel le pousse toutefois à demeurer vigilant face à un possible ralentissement dans les prochains mois. Déjà, admet-il, septembre est généralement moins achalandé dans les ateliers d’employabilité. «On doit poursuivre nos efforts pour montrer aux gens qu’on existe. Il ne faudrait pas que notre expérience positive devienne un prétexte pour s’asseoir sur nos lauriers», prévient-il.

Le directeur général rappelle aussi que les nouveaux arrivants francophones peuvent vivre des frustrations dans leur parcours professionnel, peu importe le taux de chômage. «Conduire un [chariot élévateur] ou accepter un poste d’aide-élève quand on vient du domaine de l’enseignement, ça peut être une grosse concession», illustre-t-il.

Yic Camara est le directeur général adjoint de la FRAP. Photo : Courtoisie

La jeune génération touchée 

Si le taux de chômage est en hausse en Alberta, ce sont les jeunes âgés de 15 à 24 ans qui sont particulièrement touchés. Toujours selon Statistique Canada, leur taux de chômage atteignait 14,5% en août, soit le niveau le plus élevé depuis 2010, à l’exception des années marquées par la pandémie.

Pierre-Adrien Wuatelet s’inquiète de cette tendance. Il remarque que même des postes qui n’exigent aucune formation particulière – comme barista ou serveur – sont désormais souvent occupés par des candidats plus âgés, déjà forts d’une première expérience de travail. «Il y a une telle compétition que pour les jeunes sans expérience, c’est très difficile», analyse-t-il.

Plus largement, il observe que la jeune génération fait face à des obstacles supplémentaires dans sa recherche d’emploi, difficultés qu’il relie aux répercussions psychologiques héritées de la pandémie de COVID-19. 

«Ceux qui ont connu la pandémie pendant leurs études ont plus de mal à socialiser, à faire du réseautage. Beaucoup souffrent aussi d’anxiété. C’est une barrière à prendre en compte quand on pense à l’employabilité des jeunes», conclut-il.

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