La rencontre, organisée par l’Association des juristes d’expression française de l’Alberta (AJEFA) réunira 12 personnes, de concert avec l’organisme québécois Équijustice. On y retrouvera, pas nécessairement des juristes, mais des personnes qui travaillent dans le domaine de la justice réparatrice ou qui agissent comme bénévoles au sein d’organismes spécialisés.
C’est la directrice de l’AJEFA, Maria Vigneault, qui est entrée en contact avec Équijustice. Mais elle l’avoue elle-même, elle ne connaissait pas l’organisme avant que la juge Anna Loparco ne lui en parle. Puis, en explorant son site Web, en allant lire divers commentaires et en examinant les ressources de ce réseau québécois, elle s’est aperçue que le type d’approche préconisé chez Équijustice correspondait à ce qu’elle cherchait pour l’AJEFA, au point de développer un éventuel volet de justice réparatrice au sein de l’organisme qu’elle dirige. «Les échanges que nous avons eus par la suite n’ont fait que confirmer cette impression», dira Mme Vigneault.
C’est quoi la justice réparatrice ?
En 2021, Le Franco, sous la plume de la journaliste Gabrielle Beaupré, avait expliqué en quoi consiste ce type de justice qui permet de réparer plutôt que de punir. Une justice qui offre la possibilité à des victimes d’actes criminels de pouvoir rencontrer, si elles le désirent, leurs agresseurs afin qu’ils puissent réparer les torts qu’ils ont faits et prendre conscience du mal qu’ils ont causé.
Au cours des cinq dernières années, Maria Vigneault a observé un intérêt croissant pour la justice réparatrice, «notamment parce que les tribunaux encouragent davantage le recours à des mesures alternatives, lorsque les circonstances s’y prêtent.»
Le bénéfice à long terme pour la communauté est la réduction du taux de récidive
Équijustice dans tout ça ?
Lors d’une rencontre virtuelle avec Catherine Lapierre et Mathilde Martin d’Équijustice, cette dernière mentionnait avec justesse que «la pratique de la justice réparatrice n’est vraiment pas uniforme dans tout le Canada». Il ne s’agit pas de faire un copier-coller de ce qui se fait au Québec et de le transposer au Canada, en particulier en Alberta.
La présence à Edmonton d’Équijustice, avec ses quelque 40 ans d’expérience, est là pour permettre aux personnes présentes «d’acquérir des compétences en médiation relationnelle» précise la responsable des communications et des événements.
Concrètement, cette approche « privilégie l’écoute attentive individuelle, et préconise un large éventail de modes de réparation qui permettent d’assurer la sécurité physique, morale, et surtout le respect des attentes des usagers », tel qu’il est stipulé dans le livre La Médiation relationnelle – rencontres de dialogue et justice réparatrice, coécrit par Serge Charbonneau, ancien directeur général du réseau Équijustice, également médiateur et formateur pour le Service correctionnel du Canada, et par Catherine Rossi, professeure agrégée à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval. À la fin des quatre jours de formation, selon Catherine Lapierre, directrice des services de justice réparatrice à Équijustice, les personnes formées devraient être capable de commencer à accompagner d’autres personnes œuvrant en médiation.
La rencontre de février, comme l’explique celle-ci permettra aux gens présents de pratiquer la méthode relationnelle avec l’aide de comédiens qui seront sur place et qui viendront jouer des rôles, afin d’être près de ce qui se vit dans la réalité, lors de séance de justice réparatrice.
La juge franco-albertaine Anna Loparco donnera une allocution le 17 février, à l’occasion de la formation qui sera donnée par Équijustice au Campus St-Jean, à Edmonton.
Du côté de l’Alberta
Née en Alberta, mais ayant vécu et fait des études au Québec, la juge Anna Loparco de la Cour du Banc du Roi de l’Alberta aura le plaisir de donner une allocution devant les participants choisis par l’AJEFA. «J’ai une grande admiration pour le travail réalisé par Equijustice. J’ai eu l’occasion de discuter de leur série de films et de balados avec l’AJEFA et d’autres organismes. Je suis enchantée du fait qu’Equijustice donnera une formation en Alberta pour le groupe francophone en février.»
La juge Loparco explique par courriel à la rédaction du Franco que depuis 2022 «plus de 400 cas en matière pénale ont été renvoyés à une agence de justice réparatrice dans la province.» D’ailleurs, avant la tenue d’un procès, les parties en cause doivent répondre à une question pour déterminer si la cause en question pourrait se prêter à un processus de justice réparatrice.
La juge franco-albertaine tient à préciser «que la justice réparatrice n’est pas appropriée dans tous les cas; elle dépend des conditions établies par les directives de la Couronne.» Dans un document rédigé par l’honorable Beverley Browne – Wîyasôw Iskweêw concernant un projet pilote de la justice réparatrice en Alberta, il est clairement indiqué que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, la justice réparatrice n’est pas plus indulgente en matière de sanction : «Les délinquants signalent souvent qu’il est plus difficile de faire face à leurs victimes dans le cadre d’un processus de justice réparatrice que dans le cadre d’un procès traditionnel.» Et il est aussi mentionné que «lorsque la justice réparatrice est utilisée dans des affaires plus graves (par exemple, dans des dossiers de violence sexuelle), seuls des praticiens hautement qualifiés devraient y participer.»
Une fois ces garde-fous mis en place, Madame la Juge en est convaincue, «un procès traditionnel ne répond pas toujours aux attentes des victimes». Souvent, la justice réparatrice peut permettre de découvrir les raisons ayant amené un crime et d’en traiter les causes.
S’il ne s’agit pas d’une solution miracle comme l’exprime Maria Vigneault, qui ne s’applique pas nécessairement à toutes les situations, en revanche, la directrice générale de l’AJEFA croit fermement que l’essor de la justice réparatrice peut s’expliquer «par un besoin collectif de revenir au dialogue, à la responsabilisation et à la réparation du tort causé — des valeurs qui résonnent fortement, particulièrement dans des communautés diverses et en constante évolution.»
Glossaire -Matière pénale : qui concerne les infractions portant atteinte aux valeurs et à l’ordre de la société