le Dimanche 19 avril 2026
le Dimanche 19 avril 2026 7:00 Francophonie

100 pour 100 franco-albertain !

Marcel Préville, homme de culture et président des gouverneurs de la Fondation franco-albertaine.  — Crédit : gracieuseté
Marcel Préville, homme de culture et président des gouverneurs de la Fondation franco-albertaine.
Crédit : gracieuseté

La Fondation franco-albertaine (FFA) lance une campagne majeure intitulée « 100 × 100 », avec un objectif clair : amasser un million de dollars afin de soutenir durablement la vitalité de la francophonie en Alberta.

100 pour 100 franco-albertain !
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Pour Émilie Champagne, responsable de la promotion de la campagne, l’un des principaux objectifs est de rendre le don plus attrayant. « Ça donne vraiment une chance de faire partie de quelque chose », souligne-t-elle. En proposant une contribution de type 100 $ mensuellement pendant 100 mois, plutôt qu’en obligeant un don unique important, la Fondation souhaite élargir le bassin de donateurs et encourager une culture philanthropique plus participative.

Mais ce n’est pas tout, la campagne vise à réunir 100 donateurs qui s’engagent à contribuer l’équivalent de 10 000 $ chacun. Cette formule permet à différents profils de participer, que ce soient des familles, des entreprises ou même des groupes d’amis. C’est la première fois depuis sa création en 1995 que la FFA y va d’une telle campagne.

Un cercle rayonnant

On veut créer un mouvement, une communauté à travers le cercle des 100

— Marcel Préville, président du conseil d’administration de la FFA

Ce « Cercle des 100 » constitue le cœur symbolique de la campagne. Les donateurs seront d’ailleurs mis en valeur, afin de reconnaitre leur engagement et stimuler un effet d’entrainement au sein de la communauté.

Le contexte ayant mené à la création de cette campagne est le résultat de plusieurs constats faits par la Fondation. En période de crise, notamment durant la pandémie, l’organisation a pris conscience de ses limites. « On a réalisé qu’on n’a pas un fond spécifique pour aider dans des circonstances exceptionnelles », affirme Marcel Préville. Cette absence de flexibilité a mis en lumière le besoin d’un fond plus large, capable de répondre à des enjeux émergents.

Effet de levier

Déjà dépositaire de quelques fonds, certaines expériences de la FFA ont démontré le pouvoir d’un financement initial. « On a réalisé qu’on a une capacité d’un effet multiplicateur », ajoute-t-il. En injectant un premier montant dans un projet, la Fondation peut attirer d’autres partenaires financiers et ainsi amplifier l’impact global.

Le million de dollars recueilli sera investi de façon permanente, afin de générer des revenus annuels. Ceux-ci, estimés à environ 50 000 $ par année, seront redistribués pour soutenir des projets communautaires. Ce choix s’explique par la volonté de préserver le capital. Le 50 000 $ proviendra essentiellement des intérêts perçus sur ce capital.

Ces sommes serviront à financer des initiatives porteuses pour la francophonie albertaine. L’accent sera mis sur des projets structurants, capables d’avoir un impact durable plutôt que de combler des besoins ponctuels. Les critères de sélection, en cours d’élaboration, s’appuieront notamment sur les priorités identifiées par la communauté.

Dans ce contexte, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) joue un rôle stratégique.  « L’ACFA est un partenaire clé », rappelle Marcel Préville. Toutefois, la sélection des projets relèvera entièrement de la Fondation, qui tient à préserver son indépendance décisionnelle. Le moment venu, M. Préville assure que les projets seront dévoilés au grand public, afin d’assurer une complète transparence.

Une campagne pour tout le monde ?

Bien que la campagne s’adresse également à des organismes, réussira-t-elle à sensibiliser ceux qui aident par exemple les nouveaux arrivants ? « Pour être honnête, une telle campagne rejoint difficilement les nouveaux arrivants », pense Yic Camara, le directeur adjoint de Francophonie canadienne plurielle (FRAP). Cependant, il est loin de décrier l’initiative de la FFA.

Il est important d’investir dans l’avenir de la communauté francophone, diverse et large

— Yic Camara , directeur adjoint de Francophonie canadienne plurielle (FRAP)

Là où ça peut rejoindre des nouveaux arrivants, c’est lorsqu’on pense à des francophones issus de la diversité, qui sont en Alberta depuis 20 ou 30 ans, estime M. Camara. » Si pour ceux qui viennent d’arriver, l’avenir signifie aujourd’hui ou demain, en revanche pour ceux qui sont déjà installés depuis plusieurs années, M. Camara ne doute pas que cette campagne devrait les attirer.

La FRAP croit fermement dans les actions de la FFA puisqu’elle y a déjà un fonds de dotation. « D’ailleurs, dans notre plan stratégique des prochaines années, c’est d’investir davantage dans notre fonds de dotation. Cette campagne pourrait intéresser la FRAP parce qu’on y croit. »

Quant à savoir si le million de $ une fois assemblé servira à des projets structurants éventuellement proposés par la FRAP, Yic Camara se montre intéressé. Toutefois, il voudrait être rassuré sur la définition de projets structurants, encore un peu vague pour lui. Il faut que ces projets puissent représenter, selon lui, toute la francophonie, que cette générosité qui va s’exprimer soit diversifiée, « pas une générosité monocolore ! » 

Déjà 55 visionnaires

Grâce à un travail déjà fait afin de cibler de potentiels donateurs avant le démarrage officiel de la campagne débuté à la mi-mars, plus de la moitié de ceux-ci ont été ainsi dénichés. Françoise Sigur-Cloutier est l’une de ces donatrices.

Celle qui fut notamment journaliste à Radio-Canada, mais qui est aussi une défenderesse acharnée de la francophonie depuis 50 ans, tant en Alberta qu’en Saskatchewan, se décrit maintenant à titre de « citoyenne engagée ». Elle considère que sa participation financière s’avère comme « un geste naturel » en raison de ses convictions profondes pour faire avancer le français en Alberta. Mme Sigur-Cloutier est d’avis qu’il est important pour une communauté d’avoir une certaine autonomie financière, afin de faire des choix en fonction de ses propres critères. Un parallèle qu’elle n’hésite pas à faire avec la cause des femmes.

C’est le même cheminement que j’ai fait en tant que femme dans les années 1970 : pour avoir une liberté d’action, la base est une autonomie financière

À la question de savoir si le projet de 100 pour 100 n’est pas trop ambitieux, elle répond au Franco par la négative. Considérant qu’il y a « environ 260 000 francophones, plus les « francosympathisants », en trouver 100 qui ont les moyens de contribuer 100 $ par mois pendant 100 mois ne m’a jamais paru un obstacle insurmontable. La preuve en est que, avec le seul travail de terrain qui a été fait, la moitié de ce chiffre a déjà été dépassé. »

 Denis Tardif et sa conjointe Claudette Tardif sont des donateurs de la première heure pour la campagne 100 x 100 de la Fondation franco-albertaine. 

Crédit : gracieuseté

L’un des membres créateurs de la FFA, il y a plus de 30 ans, Denis Tardif est aussi de la partie. Avec son épouse Claudette, l’ancienne sénatrice également donatrice, il se rappelle qu’à l’époque, la communauté francophone avait besoin de sous pour le démarrage d’écoles francophones, au moment où le gouvernement albertain était moins enclin à le faire, en dépit de la Charte canadienne des droits et libertés. C’est donc dire que les deux ne se sont pas fait tirer l’oreille pour donner leur appui à cette nouvelle campagne de levée de fonds.

Nullement surpris de voir que déjà 55 donateurs ont dit oui, il mentionne au téléphone que, depuis une dizaine d’années, « la Fondation a pris un essor assez important », ce qui lui a permis d’aller chercher des donateurs réguliers. Dans le contexte du centième anniversaire de l’ACFA, il est confiant que l’objectif d’une centaine de contributeurs devrait être atteint. Des projets « structurants, innovateurs, transformateurs » devraient ainsi voir le jour, comme, pourquoi pas, un réseau provincial sportif francophone, suggère Denis Tardif.   

Au moment où l’économie mondiale subit certains soubresauts, il faut croire en sa communauté pour s’engager pour 10 000 $. Mais pour celles et ceux qui hésiteraient encore, Françoise Sigur-Cloutier a un argument massue à l’époque de la saison des impôts : « Faites vos calculs et regardez combien votre don vous “coûte” réellement en y ajoutant aussi les bénéfices à plus long terme dont notre communauté va pouvoir disposer ! »

Lexique

Une culture philanthropique : désigne un environnement où le don et l’engagement envers la communauté sont profondément ancrés, valorisant le bien-être d’autrui par des actions concrètes.

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par un journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour appuyer la transcription des entrevues. Le journaliste a vérifié l’exactitude des propos.