le Mardi 5 mai 2026
le Lundi 4 mai 2026 7:00 Justice

ChatGPT, jurez-vous de dire toute la vérité ?

 Les avocats à l'ère de l'IA — Crédit: Photo créée par l’IA
Les avocats à l'ère de l'IA
Crédit: Photo créée par l’IA

À Calgary, l’avocat Jean-Philippe Couture ne se contente pas de pratiquer le droit des affaires : il cherche à en accroître l’efficacité. Fondateur d’Ingenio, Me Couture vise à moderniser le travail des juristes, grâce à l’automatisation et à l’intelligence artificielle.

ChatGPT, jurez-vous de dire toute la vérité ?
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Sous la marque Ingenio, Jean-Philippe Couture dirige deux entités complémentaires : Ingenio Law LLP, son cabinet en droit corporatif et fiscal, et Ingenio Solutions Ltd., fondée en 2018, à Calgary, pour développer des outils technologiques destinés à la pratique du droit.

Dans le domaine du droit des affaires, il y a « beaucoup de tâches répétitives, longues et sujettes à erreur », explique l’avocat d’origine québécoise, installé en Alberta depuis 2006. « On passe énormément de temps à corriger des choses simples, ce qui nous empêche de nous concentrer sur des dossiers plus complexes. »

C’est en constatant ces limites dans sa propre pratique que l’idée d’Ingenio a germé dans sa tête. « Une rébellion » en quelque sorte. « Je ne suis pas ingénieur », reconnaît d’emblée l’avocat. « On a dû bâtir une équipe et apprendre en cours de route. » Mais il le fallait, car, selon le site d’Ingenio, « l’innovation juridique stagne ».

La passion pour l’intelligence artificielle remonte à plusieurs années pour Jean-Philippe Couture. Il s’intéresse particulièrement à son potentiel dans les professions réglementées, comme celle du droit.

La technologie est en train de transformer la pratique du droit […] et ceux qui sauront bien l’utiliser auront un avantage énorme.

— Jean-Philippe Couture

Son constat est sans équivoque :  le droit des affaires est l’une des professions particulièrement en retard dans l’utilisation des nouvelles technologies. Au point que l’Association du Barreau canadien (ABC) a créé un sous-comité, Avenirs en droit, dont la mission est d’aider « la profession juridique à rester pertinente, viable et confiante face au changement ». Selon l’ABC, « la compréhension et l’intégration des outils d’IA sont devenues essentielles pour assurer la compétitivité et améliorer l’efficacité. »

Le numérique fait son entrée

Le logiciel mis au point par Ingenio Solutions accompagne les avocats tout au long du cycle de vie d’une entreprise.

De sa constitution jusqu’à sa fermeture, avec toutes les obligations qui viennent entre les deux

— Jean-Philippe Couture

Pensé par un avocat pour des avocats, Ingenio se distingue par son approche ancrée dans la réalité du terrain. « On ne trouvait pas d’outil qui intégrait une vraie intelligence juridique, dit-il. On a donc décidé de le bâtir nous-mêmes. »

Le logiciel permet notamment d’automatiser plusieurs processus essentiels, tels que l’incorporation, la mise à jour des livres corporatifs ou encore la production de documents standards. « Tout est organisé comme une checklist », précise Me Couture. « Ça facilite le travail et ça réduit énormément les oublis. »

Les quatre piliers du temple

Le fonctionnement du logiciel d’Ingenio Solutions repose sur quatre principes.

Le premier pilier est la centralisation de l’information. Toutes les données corporatives sont regroupées dans un même environnement numérique, accessible en temps réel. « L’idée, c’est que tout le monde travaille avec la même information, à jour », explique celui qui est aussi membre de l’Association des juristes d’expression française de l’Alberta (AJEFA).

Le deuxième pilier est l’automatisation des tâches. Le logiciel prend en charge les opérations répétitives afin de libérer du temps. « On voulait enlever le côté artisanal du travail pour les tâches simples », souligne-t-il.

Le troisième pilier est l’intelligence juridique intégrée. Grâce à l’intelligence artificielle, Ingenio peut analyser des documents, extraire des informations pertinentes et même signaler certaines incohérences. « L’objectif, c’est de bâtir l’expérience directement dans l’outil », dit-il.

Le quatrième pilier est la création de valeur pour les clients. En réduisant le temps consacré aux tâches administratives, les avocats peuvent offrir un service plus stratégique. « Ça permet aux professionnels de passer plus de temps sur ce qui compte vraiment », affirme-t-il.

Transformer la formation des avocats

Pour les avocats en droit des affaires, cet outil répond à un besoin bien concret : gérer efficacement la complexité croissante des obligations corporatives. En centralisant les données et en automatisant les processus, Ingenio réduit les risques d’erreur et améliore la productivité.

Le logiciel agit également comme un outil de formation. En structurant les processus, il aide les jeunes avocats à mieux comprendre les étapes clés et à adopter les bonnes pratiques dès le départ. Pour le fondateur d’Ingenio, ce ne serait d’ailleurs pas une mauvaise idée que les étudiants en droit puissent suivre un cours sur les nouvelles technologies lors de leur formation universitaire.

Avec Ingenio, Jean-Philippe Couture souhaite contribuer à « améliorer la façon dont les services juridiques sont rendus ». À travers ce projet, il incarne en fait une nouvelle génération d’avocats, à la croisée du droit et de la technologie, bien décidée à faire évoluer la profession.

Lexique 

Intelligence artificielle : branche de l’informatique simulant des facultés cognitives humaines. Tels que l’apprentissage, le raisonnement ou la prise de décision, grâce à des algorithmes (suite finie et ordonnée d’instructions ou de règles permettant de résoudre un problème ou une tâche).

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par un journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour faciliter la transcription des entrevues. Le journaliste a vérifié l’exactitude des propos.