le Lundi 12 janvier 2026
le Lundi 12 janvier 2026 17:00 Chronique

Autochtones, minimaisons et contestation

Les minimaisons créées par l’entreprise Pallet (basée à Seattle) permettent de lutter contre l’itinérance et l’entreprise à vocation sociale offre aux personnes bénéficiaires une seconde chance en matière d'emploi. Ici, on voit une communauté d'hébergement d'urgence et solidaire située à Kelowna, en Colombie-Britannique. Photo : Courtoisie
Les minimaisons créées par l’entreprise Pallet (basée à Seattle) permettent de lutter contre l’itinérance et l’entreprise à vocation sociale offre aux personnes bénéficiaires une seconde chance en matière d'emploi. Ici, on voit une communauté d'hébergement d'urgence et solidaire située à Kelowna, en Colombie-Britannique. Photo : Courtoisie

Les communautés autochtones sont, elles aussi, aux prises avec une problématique de logement. Face à cela, le programme Tiny Homes de l’organisme Habitat pour l’humanité s’impose comme l’une des solutions et est très apprécié par ses bénéficiaires.

Autochtones, minimaisons et contestation
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Auteure et ethnologue, possédant également des formations en psychologie, droit et criminologie (Université Laval, Québec), Mireille Thibault a publié plusieurs ouvrages et articles, s’attardant à l’étude de divers phénomènes sociétaux dont, entre autres, la criminalité sous toutes ses formes.

Ce projet consiste à fournir des minimaisons aux communautés des Premières Nations avec la contribution de partenaires, telle l’école secondaire Judith Nyman, à Brampton, en Ontario. Ces petites constructions, valables pour une personne ou un couple, sont bâties par les étudiants qui, outre l’apprentissage de métiers de la construction, participent ainsi à la réconciliation avec les Autochtones. En 2022, c’est la Fondation RBC qui a contribué financièrement aux phases 1 et 2 du projet d’Habitat pour l’humanité. 

Par ailleurs, si, dans plusieurs municipalités, les règlements municipaux et les règlements de zonage constituent un obstacle à l’installation de minimaisons, les communautés des Premières Nations n’y sont pas assujetties, facilitant ainsi l’utilisation de celles-ci. Les matériaux étant fournis gratuitement et les jeunes se portant bénévoles, la communauté Saugeen, qui en a bénéficié, n’avait que les frais d’aménagement des sites à défrayer. 

En Colombie-Britannique, Aileen Prince, de la nation Nak’azdli, croit que les minimaisons peuvent aider à contrer l’itinérance chez les Premières Nations à travers le pays. En un an, elle en a bâti quatre dans sa propre communauté. Chaque maisonnette mesure 30 mètres carrés et a une valeur de 50 000$. L’occupant paie un faible montant par mois, plus les frais de chauffage, d’électricité et d’entretien, et devient propriétaire des lieux une fois la somme remboursée à l’institution financière impliquée. Certains de ces locataires ont repris leur vie en main et même  trouvé un emploi, cette réussite a donc suscité l’intérêt d’autres nations autochtones. 

Ces minimaisons, qui sont à la fois symbole de lutte et de dignité, peuvent être organisées sous forme de villages dans les centres urbains. Photo : Courtoisie

Une autre manière de protester

Mais de telles maisonnettes peuvent également jouer un rôle inattendu et servir… d’objets de contestation. Cela a été le cas en Colombie-Britannique lorsque des Autochtones ont décidé de bloquer le développement du pipeline Trans Mountain. Au début de septembre 2017, des membres de la communauté Secwepemc ont commencé la construction de minimaisons sur le trajet prévu de l’oléoduc qui passe par leur territoire traditionnel. 

Dix minimaisons doivent alors être installées stratégiquement, la première étant financée par Greenpeace, puisque le combat se révèle tout autant environnemental que sociétal pour la défense des droits autochtones. Ce mouvement de contestation, appelé Tiny House Warriors, rappelle la mobilisation de Standing Rock, au Dakota du Nord. 

Alimentées par énergie solaire, les minimaisons  de la nation Secwepemc sont faites en majorité de matériaux recyclés, coûtent moins de 5000$ et sont alimentées à l’énergie solaire. Outre le blocage du pipeline, elles seront réellement occupées par des membres de cette nation qui est constituée de 17 communautés, dont trois ont signé une entente avec Kinder Morgan, constructeur du  pipeline. À la fin de septembre 2017, même si cette entreprise a modifié le trajet de son projet en raison de problématiques techniques, la nation Scewepemc s’oppose tout autant à ce nouveau tracé. 

Finalement, les Premières Nations ne réussiront pas à faire annuler le projet d’agrandissement de l’oléoduc; le 8 décembre 2020, la Cour suprême annonce qu’elle refuse d’entendre leur appel à ce sujet.

Ce texte n’engage que son auteure.