le Mardi 17 février 2026
le Mardi 17 février 2026 8:00 Francophonie

Hommes immigrants : souvent coincés entre deux cultures

Quelque 70 personnes étaient présentes à la conférence de la FRAP. — Crédit : Florentine Tchokote
Quelque 70 personnes étaient présentes à la conférence de la FRAP.
Crédit : Florentine Tchokote

La Francophonie Canadienne Plurielle (FRAP) engage la conversation, au moyen d’une conférence, pour inhiber les tensions familiales qui entravent l’adaptation des hommes immigrés en Alberta. De la crise du rôle de pourvoyeur économique principal à la fragilisation de l’autorité parentale, les newcomers doivent désormais passer de l’imposition à la négociation.

Hommes immigrants : souvent coincés entre deux cultures
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Plusieurs hommes et femmes qui arrivent au Canada vivent des tensions familiales importantes, qui aboutissent souvent à la séparation des conjoints ou à des situations de violence conjugale. C’est sur cette réalité souvent peu dévoilée que se sont appuyées les échanges lors de la conférence organisée par la FRAP, le 31 janvier dernier dans ses bureaux situés au Northgate, à Edmonton, autour du thème évocateur : «Hommes entre deux cultures : dénouer les tensions familiales d’intégration». 

Une pilule difficile à avaler

Dans plusieurs communautés francophones issues de l’immigration africaine, la perception de l’homme, principal pilier économique du foyer, autorité morale et garant de la continuité culturelle, demeure fortement ancrée. En contexte migratoire canadien, le respect des droits humains, l’égalité des genres, le respect mutuel et la promotion de l’autonomie des femmes bouleversent profondément ces repères.

Alphone Ndem Ahola, directeur de la Francophonie Canadienne Plurielle, était aussi le conférencier lors de la rencontre du 31 janvier à la FRAP.

 

Crédit : gracieuseté

Reconnus comme travailleurs qualifiés au départ, plusieurs immigrants connaissent une déqualification systématique à leur arrivée au Canada. La perte de statut professionnel, la précarité économique, exacerbées par le choc des valeurs éducatives et la redéfinition des rôles parentaux, créent un terrain propice aux tensions, tant pour l’homme que pour l’ensemble de la famille.

Une pression silencieuse

«Comme tous les immigrants, j’ai été confronté aux chocs culturels : la façon d’être, les attitudes que nous avons dans nos pays d’origine sont souvent remises en question dans le contexte dans lequel on arrive», témoigne Alphonse Ndem Ahola, directeur de la FRAP et conférencier pour l’occasion.

Entre les attentes de la société d’accueil et celles de la famille restée attachée aux normes culturelles d’origine, l’homme immigrant se retrouve souvent dans un équilibre instable. L’autorité paternelle se fragilise, tandis que le sentiment de déclassement social et d’isolement s’installe.

Communiquer pour briser le silence

La conférence organisée par la FRAP a créé un espace sécuritaire de parole et de réflexion, exposant les défis spécifiques des hommes immigrants francophones. Loin de tout stéréotype, les discussions ont permis d’outiller les participants et de proposer des pistes concrètes pour favoriser une intégration harmonieuse : la communication interculturelle au sein du couple ; l’adaptation des pratiques éducatives sans renoncer à ses valeurs fondamentales ; la reconnaissance des émotions liées au parcours migratoire. Comme l’a souligné le conférencier : «l’autorité passe du contrôle à la négociation, un apprentissage souvent non accompagné.»

Repenser la masculinité en contexte migratoire

Selon l’expérience de Haitam Amri, Conseiller en Etablissement à la FRAP, l’ouverture préalable à différents contextes culturels favorise l’adaptation :

«L’intégration proprement dite m’a été un peu plus facile grâce aux clés que j’avais déjà : essayer de comprendre avant de m’intégrer, observer l’environnement, comprendre la culture, les lois canadiennes, la manière dont les gens réagissent.»

— Haitam Amri

L’événement a aussi ouvert une réflexion plus large sur la masculinité comme opportunité de redéfinition. Rencontré sur place, Laurel Tchounkeu, participant à la conférence, l’affirme : «Aujourd’hui, on encourage la négociation avec les enfants. Dans un nouvel environnement, la négociation devient essentielle pour la relation.»

Haitam Amri, conseiller en établissement à la FRAP, debout au fond, à droite, et une partie des participants.

Crédit :  Florentine Tchokote

Un enjeu communautaire déterminant

Cette conférence rappelle que l’intégration réussie est avant tout un enjeu communautaire. Des familles apaisées, où le dialogue interculturel est possible, contribuent directement à la vitalité de la francophonie albertaine.

En donnant la parole aux hommes, la FRAP complète une approche inclusive de l’immigration, attentive à toutes les composantes de la famille. S’intégrer, ne signifie pas choisir entre deux cultures, mais apprendre à les faire cohabiter, sans se perdre ni se taire. Et parfois, le premier pas vers cette réconciliation commence simplement par une conversation.

Glossaire 

L’intégration : processus par lequel une personne ou un groupe s’adapte progressivement à un nouvel environnement social, culturel, économique et institutionnel, tout en conservant son identité propre.

La masculinité : ensemble des comportements, rôles, valeurs, attitudes et normes sociales traditionnellement associés au fait d’être un homme dans une société donnée.