le Lundi 16 mars 2026
le Lundi 16 mars 2026 8:00 Communautaire

Autisme en francophonie : quand les voix s’unissent pour bâtir une inclusion durable

De la gauche vers la droite: Franziska Morin, l'Alliance canadienne de l'autisme; Krista Leitham, l'Alliance canadienne de l'autisme; Jaydon, homme Autiste; Mike Lake, Député à la chambre des communes; Dre. Michèle L. Hébert, l'Alliance canadienne de l'autisme; Kathy Heath, créatrice du blogue The Autism Edit. —  Photo: gracieuseté, AAC.
De la gauche vers la droite: Franziska Morin, l'Alliance canadienne de l'autisme; Krista Leitham, l'Alliance canadienne de l'autisme; Jaydon, homme Autiste; Mike Lake, Député à la chambre des communes; Dre. Michèle L. Hébert, l'Alliance canadienne de l'autisme; Kathy Heath, créatrice du blogue The Autism Edit.
Photo: gracieuseté, AAC.

La troisième assemblée en personne de l’Alliance canadienne de l’autisme s’est tenue le 6 février à Edmonton, au Campus Saint-Jean, avec la participation de 35 personnes représentant 18 organisations différentes. Membres de la communauté, personnes autistes, proches, intervenants communautaires et acteurs institutionnels s’y sont réunis pour partager leurs réalités, leurs priorités et leurs visions.

Autisme en francophonie : quand les voix s’unissent pour bâtir une inclusion durable
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L’objectif était clair dès le départ : créer un espace sécuritaire où la parole, le dialogue et le partage des expériences deviennent des leviers de transformation collective.

C’est donc dans la capitale de l’Alberta et ville cosmopolite où la francophonie occupe une place bien vivante, que l’Alliance canadienne de l’autisme a choisi de tenir cette rencontre stratégique. L’événement visait à renforcer la capacité communautaire et organisationnelle, tout en amplifiant la voix collective des personnes autistes francophones et francophiles, de leurs familles et de leurs proches aidants. 

Transformer la parole en action

Krista Leitham, coordonnatrice de l’engagement des membres à l’Alliance canadienne de l’autisme, explique : « L’Alliance souhaite unir cette voix collective à travers les provinces, territoires et régions, afin de rassembler ce savoir pour mieux informer et guider les politiques publiques à l’échelle nationale. La Stratégie nationale sur l’autisme a été annoncée en septembre 2024, mais cela fait plus d’une décennie que nous travaillons, avec nos membres et partenaires, à son adoption. » Les priorités abordées ont été définies directement par les participants, parents, professionnels, personnes autistes et proches aidants, dans une logique de co-construction des solutions.

Des priorités ancrées dans les réalités locales

Au cœur des échanges figuraient plusieurs enjeux majeurs : l’accessibilité des services en français, la disponibilité de spécialistes et de ressources certifiées, l’inclusion des nouveaux arrivants, ainsi que la représentation des personnes autistes dans les espaces décisionnels. Fatou Djama, mère d’un enfant autiste, témoigne avec lucidité. 

Être parent d’un enfant autiste n’est pas facile. Il y a beaucoup de défis : les activités extrascolaires, les sorties en famille, les restaurants, la vie sociale… Mais quand on accepte la situation, on s’y prépare, on s’organise et on avance

— Fatou Djama

Les participants ont également insisté sur l’importance de centraliser l’information et les ressources francophones, ainsi que de développer des emplois en français dans les secteurs communautaire et éducatif. Ces leviers favoriseraient le répit, l’accompagnement des proches aidants, le soutien aux enseignants et les transitions de l’enfance à l’âge adulte.

Croiser les expertises, renforcer les solidarités

L’assemblée a permis de faire émerger des pistes concrètes pour renforcer les connaissances sur l’autisme en milieu francophone, tout en favorisant le réseautage et la collaboration intercommunautaire. Maripier Desgagné, Directrice du Centre Neurodifférent d’Edmonton, se dit encouragée par la dynamique collective : « C’était vraiment inspirant d’entendre tous les partages. Beaucoup de solutions ont été proposées, mais surtout, on a vu une volonté forte de faire avancer la cause et de travailler ensemble pour améliorer la qualité de vie des personnes autistes. »

La diversité des parcours et des perspectives a constitué une richesse centrale de l’événement. Chaque témoignage a nourri une réflexion collective dépassant les frontières provinciales.

De la gauche vers la droite: Franziska Morin, l’Alliance canadienne de l’autisme; Krista Leitham, l’Alliance canadienne de l’autisme; Dre. Andrea MacLeod, l’Université de l’Alberta; Dre. Michèle L. Hébert, l’Alliance canadienne de l’autisme; Dr. François Bolduc, l’Université de l’Alberta.

Un mouvement national en construction

La rencontre d’Edmonton s’inscrit dans une série d’assemblées francophones organisées à travers le pays, dont la dernière étape se tiendra à l’été au Québec. Cette démarche nationale vise à structurer un réseau francophone fort, solidaire et visible dans le paysage canadien de l’autisme. Plus qu’un simple événement, l’assemblée se veut un acte de reconnaissance et de mobilisation. Elle affirme que la langue, la culture et l’identité francophone sont des dimensions essentielles de l’inclusion.

Le modèle d’accompagnement des familles d’enfants autistes développé par l’Institut Guy-Lacombe d’Edmonton illustre cette approche concrète. Lucero Hernandez, directrice des programmes et services, explique : « Nous mettons à disposition des familles des trousses contenant 24 articles : matériel sensoriel, ressources bibliographiques, gadgets et outils de manipulation. Elles sont prêtées gratuitement pendant trois mois, renouvelables jusqu’à trois fois. Les familles peuvent ainsi tester ce qui fonctionne le mieux pour la personne autiste ».

En réunissant les communautés autour d’objectifs communs, connecter, dialoguer, renforcer et unir, l’Alliance canadienne de l’autisme pose les bases d’une parole collective francophone capable d’influencer les pratiques, les politiques et les représentations. Jay Monge, adulte autiste et travailleuse communautaire, souligne l’importance de cette convergence.

Travailler chaque jour dans un organisme qui soutient les personnes neuro différentes est une source d’espoir. Aujourd’hui, avec la Stratégie nationale sur l’autisme et les conversations qui émergent dans les communautés francophones, nous avons une occasion unique de relier ces deux réalités

— Jay Monge

En définitive, l’assemblée du 6 février s’impose ainsi comme un moment charnière : un espace d’écoute, de construction et d’engagement, où la francophonie devient un véritable pouvoir d’agir pour les personnes autistes et leurs communautés.

Glossaire

Autisme, ou trouble du spectre de l’autisme (TSA): Une condition neurodéveloppementale caractérisée par des différences dans la communication, les interactions sociales, le traitement de l’information et la perception sensorielle.

L’inclusion: la construction d’un espace social où personne n’est laissé en marge et où la diversité devient une richesse collective.