Né à Montréal, d’origine Congolaise, Kenny M’Pindou est un sportif de haut niveau. Après une première carrière sportive, il a décidé d’en entamer une autre, plutôt que de se convertir dans un emploi conventionnel.
À 30 ans, Il fait partie de l’équipe nationale canadienne de bobsleigh, après avoir joué au football en 3e division au Portugal. Installé avec ses parents à Edmonton à l’âge de trois ans, il ne se souvient pas vraiment de ses premiers pas en terre québécoise !
Comment décide-t-on d’une deuxième carrière sportive alors que d’autres feraient une reconversion dans un emploi plus classique ? Une chose était sûre pour lui, il souhaitait continuer dans le domaine sportif. Après une année de réflexion, il a choisi le bobsleigh, ou c’est plutôt le bobsleigh qui l’a choisi, car les recruteurs sont venus le chercher.
La vie d’un bobeur
En bobsleigh à deux, Kenny M’Pindou est ce qu’on appelle le freineur ou le breakman.
Kenny M’Pindou, spécialiste du bob à deux et à quatre, explique qu’une fois la saison commencée, les journées sont tout de même assez longues. «On passe la plupart de nos journées à la piste. On se lève le matin, on prend le petit-déjeuner, puis on se rend à la piste. Là-bas, on installe le bob et on discute du plan pour la journée. En général, les pilotes font deux à trois descentes par jour.» Puissance et vitesse sont les maîtres mots de ce sport.
Après les descentes, le bob est démonté, afin d’être certain que tout est au point au niveau de la mécanique, car après tout, l’engin peut filer jusqu’à 160 km/h ! «À ce moment-là, on a déjà passé quatre à cinq heures à la piste. On est souvent épuisés, mais parfois on va aussi au gym avant ou après, selon ce qui a été fait ce jour-là.»
À partir de 2021, la passion l’amène à faire des allers-retours entre Edmonton et Calgary pour aller s’entraîner avec l’équipe au WinSport où il y a le Canadian Sport Institute et où il y a aussi le Ice House, pour les sessions de pousse, cette phase initiale de la compétition où les bobeurs doivent atteindre une vitesse maximale en poussant sur le bob sur une distance d’une cinquantaine de mètres. Depuis un an, Ken a toutefois déposé ses valises à Calgary.
Bien sûr, il y a parfois quelques déceptions, comme les coupures budgétaires par le gouvernement. Cette année, Ken M’Pindou estime que cela lui coûtera «20 000 $ pour faire partie de l’équipe nationale». Une hérésie pour représenter la nation.
D’autres passions ?
Une fois rentré à la maison et la journée terminée, l’athlète aime passer du temps à se balader dans Calgary. « J’aime me promener au centre-ville et dans les endroits animés où les gens vont marcher, faire du vélo et simplement profiter de la soirée. » Le Franco-Albertain aime aussi passer du temps avec ses amis. « La décision de déménager à Calgary n’a pas été très difficile, car il y avait des personnes que je connaissais déjà depuis mon temps à Edmonton, ce qui a rendu les choses plus faciles. »
Kenny M’Pindou est aussi conscient que cette discipline n’est pas très connue du grand public. Le film Rasta Rockett, sorti en 1993, avait quelque peu démocratisé la discipline, mais elle reste encore méconnue. Et lorsque la rédaction évoque que cet intérêt pour le sport n’est qu’à tous les quatre ans lors des Jeux olympiques, lui évoque plutôt sa passion indéfectible et son besoin d’être le meilleur dans ce sport.
Le bobeur francophone a aussi fait de son handicap une force : «En 2023, j’ai accepté de parler de mon bégaiement», et de créer «quelque chose pour que les jeunes aient l’opportunité de s’épanouir, peu importe les défis de la parole».
Il crée alors en septembre 2025, l’Alliance des jeunes bègues du Canada afin d’aider les jeunes qui pratiquent un sport. Mais ils cherchent d’autres débouchées : «Je veux aussi faire des collaborations avec divers organismes». Un esprit communautaire qui semble être un fil d’Ariane chez la famille M’Pindou, puisque son père Luketa M’Pindou est aussi le fondateur de l’Alliance Jeunesse-Famille de l’Alberta Society (AJFAS).
La décision…
Le 19 janvier, Bobsleigh Canada Skeleton donne sa décision. Le Franco reçoit alors un courriel de Kenny M’Pindou avec un laconique : «On vient de terminer un appel, je serai pas à Cortina.»
Le lendemain de la décevante nouvelle, Ken M’Pindou accepte de partager ses sentiments : «S’il y a une chose, c’est que je me sens abattu, mais surtout déçu de moi-même. En sachant ce qui m’attendait cette année, je savais ce que je devais faire, et je n’ai pas vraiment accompli ce que je m’étais fixé. Il y a plusieurs choses qui m’ont frustré, et qui me frustrent encore, mais surtout ma performance. J’aurais dû être meilleur, et à cause de ça, je ne fais pas partie de la liste de ceux qui vont à Cortina. J’ai l’impression que c’est de ma faute. »
Est-ce que tout le travail effectué, les sacrifices faits depuis des années en valait la peine en dépit de ce résultat ?
Pour être honnête, j’aime le sport du bobsleigh. Ces dernières saisons, j’ai eu beaucoup de plaisir avec l’équipe et à être avec tout le monde en tournée. Mais si je me pose vraiment la question de savoir si tout cela en valait la peine, je dirais oui. Plusieurs portes se sont ouvertes pour moi. Je me suis ouvert sur mon histoire, sur le fait que j’ai un bégaiement, ce qui a été difficile, mais qui a mené à plusieurs opportunités. J’ai pu parler avec des élèves dans les écoles et ne plus être gêné devant la caméra
Et pour la suite des choses ? «Pour l’instant, je vais prendre le temps de me reposer et de récupérer, et d’encourager ceux qui ont été sélectionnés pour les Jeux à Cortina. Je ne sais pas encore vraiment où j’en suis mentalement en ce moment, mais la faim est toujours là, et on verra ce que l’avenir nous réserve.»