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Carl-Éric Guertin se réjouit que l’Alberta double ses économusées. Photo : Courtoisie
La Société du réseau Économusée poursuit son expansion en Alberta avec l’ouverture de nouveaux espaces Artisans à l’œuvre et avec la bonification des sites déjà existants. Cette initiative vise à mettre en valeur le savoir-faire artisanal, ainsi que le patrimoine immatériel, tout en renforçant l’offre touristique francophone et bilingue dans la province.
Carl-Éric Guertin, directeur général de la Société du réseau ÉCONOMUSÉE®, explique que ce concept – québécois à l’origine – repose désormais sur trois facettes distinctes : l’expérience Artisans à l’œuvre qui met en valeur les artisans qui transforment des matières premières comme le fromage, le miel ou la bière; l’Espace patrimoine pour préserver et transmettre des traditions immatérielles comme le conte ou d’autres savoir-faire culturels; et l’Espace culinaire pour célébrer la gastronomie et l’expérience culinaire.
Dans son atelier de bois, le conteur Roger Dallaire pourra partager sa nouvelle passion pour l’ébénisterie avec les visiteurs de l’économusée. Photo : Courtoisie
Un réseau albertain en croissance
L’Alberta compte actuellement six économusées. Si les noms des entreprises qui viendront s’ajouter n’ont pu être dévoilés, puisqu’ils restaient encore quelques contrats à signer au moment de nos entretiens avec les parties prenantes, Le Franco a toutefois appris que le septième membre sera le conteur Roger Dallaire.
Joint à son domicile de Saint-Vincent, non loin de son village natal de Saint-Paul, Roger Dallaire est évidemment heureux de la tournure des événements. Il prévoit que ce sera en juin l’ouverture de sa grange à titre d’Espace patrimoine. Ce sera le deuxième espace du genre après celui de River Ranch sur la production bovine à Saint-Paul. Ce sera toutefois le premier «sur le conte, comme l’explique l’artiste, puisque celui-ci est reconnu par l’UNESCO comme patrimoine immatériel. C’est un plaisir pour moi de pouvoir partager mon métier, dans mon espace de création».
Concrètement, les gens iront chez Roger Dallaire afin de vivre l’expérience de la création d’un conte «de ses origines dans le temps, des voyageurs à aujourd’hui, mais aussi ils vont pouvoir en découvrir un peu plus sur mes autres passions qui sont le mode de vie ancestrale, le travail du bois, mon aventure en canot à la baie d’Hudson et notre culture du blé Marquis à l’ancienne. Tous des éléments de mon quotidien qui font de moi le conteur que je suis, sans oublier mon héritage francophone et les personnes qui m’ont inspiré dans mon parcours».
Sans dévoiler en quoi consisteront les six nouveaux économusées albertains, le directeur général de Parallèle Alberta, Étienne Alary, a tout de même laissé entendre que l’un de ceux-ci devrait montrer le savoir-faire d’un chocolatier. Photo : Courtoisie
Soutien financier
L’avènement de ces nouveaux espaces culturels se fait, non seulement grâce à l’expertise de la Société du réseau ÉCONOMUSÉE®, mais aussi grâce au soutien financier de Parallèle Alberta.
L’organisme économique vient de recevoir une aide financière de 575 000$ du gouvernement canadien pour appuyer les entrepreneurs de la province dans la transformation de leur entreprise en économusée.
Selon Étienne Alary, le directeur général de Parallèle Alberta, ce financement permettra non seulement de développer six nouveaux économusées, mais aussi d’accompagner les entrepreneurs dans cette transition. Il faut savoir que les entrepreneurs désireux de se joindre au réseau ont aussi des sommes à débourser afin de faire en sorte que leurs lieux soient accessibles au public.
La mise en place d’un économusée est un processus qui peut s’étendre sur 10 à 12 mois, nécessitant un engagement financier de la part des artisans eux-mêmes. «Le soutien gouvernemental est crucial, mais chaque entrepreneur doit aussi investir dans son projet. Selon l’ampleur des transformations nécessaires, le coût peut varier de 40 000$ à 250 000$», d’après Étienne Alary.
Loin d’être une simple initiative culturelle, les économusées représentent un réel moteur économique pour les communautés locales. En intégrant des visites interactives et des démonstrations artisanales, ces espaces deviennent des destinations touristiques qui bénéficient à l’ensemble de la région.
Jacques-Tremblay et Daniel Plenzik ont lancé Bridgeland Distillery en 2019. Photo : Archives Le Franco – Arnaud Barbet
Pour l’année 2023, selon Parallèle Alberta, les économusées de la province ont généré près de 3,5 millions dollars en vente de produits auprès de plus de 21 000 visiteurs. Quant aux visites guidées, plus de 9 600 ont eu lieu à travers les six sites existants, comme Hive Ero Honey (anciennement Paradis Valley Honey) à Watino ou encore Bridgeland Distillery à Calgary. Des visiteurs venus d’aussi loin que le Kazakhstan, l’Afrique du Sud, la Thaïlande, la France, la Suisse et la Chine ont pu apprécier le savoir-faire des artisans d’ici. À cela s’ajoute la création de 12 emplois au sein de ces emplacements.
Étienne Alary en est convaincu. «Un économusée, ce n’est pas juste une vitrine pour un savoir-faire, c’est aussi un projet économique viable. Chaque visiteur qui s’arrête contribue à l’économie locale, que ce soit en achetant des produits sur place ou en fréquentant d’autres commerces avoisinants.»
La conserverie Twister Fork à Saint-Paul. Photo : Archives Le Franco – Arnaud Barbet
Le bilinguisme, au cœur du projet
Bien que le réseau ne soit pas strictement francophone, l’organisation joue un rôle clé dans la promotion du tourisme francophone en Alberta. Toutes les explications dans les économusées sont bilingues. «Certains entrepreneurs anglophones, comme la conserverie Twister Fork à Saint-Paul, proposent une expérience bilingue. Leur intégration au réseau enrichit la diversité culturelle et linguistique de notre offre», assure M. Guertin.
L’un des défis de Parallèle Alberta est d’inciter les touristes à découvrir d’autres régions que les Rocheuses, souvent saturées de visiteurs. À cet égard, M. Alary souligne l’importance de diversifier les circuits touristiques en Alberta. «En développant des économusées dans des régions comme le nord-est de la province, nous pouvons offrir aux visiteurs des arrêts enrichissants sur leur route. Par exemple, si quelqu’un se rend à Cold Lake pour le camping, il pourra visiter deux économusées sur son chemin, découvrant ainsi une facette méconnue de l’Alberta.» Et en français.
Si tout se déroule comme prévu, la liste des nouveaux économusées devrait être dévoilée au début d’avril.
Glossaire – Patrimoine immatériel : concept qui englobe des expressions et traditions orales, des pratiques sociales ou des rituels