IJL-RÉSEAU.PRESSE-LE FRANCO
En arrivant en Alberta, alors qu’elle était enceinte et ne connaissait pas suffisamment l’anglais, Miriam Flore Kadje a pu profiter du service d’interprète à roulettes proposé par l’Alberta Health Services.
«Quand je suis arrivée en Alberta, j’arrivais du Cameroun. C’était deux mois avant mon accouchement. Je n’avais aucune information sur le système de santé comme pour la carte de santé. Je ne savais pas quoi faire. Je ne maîtrisais pas l’anglais.» Celle qui parle ainsi, c’est Miriam Flore Kadje. Aujourd’hui étudiante dans le programme de préposé aux soins de santé au Campus St-Jean, elle se rappelle que quelqu’un lui a parlé du service d’interprète, qui était offert dans les hôpitaux albertains.
Lorsqu’il est question d’accès aux soins de santé en français, deux notions reviennent constamment pour Marie-Claude Côté, directrice générale du Réseau Santé Alberta (RSA) : l’offre active et la demande active. C’est cette dernière qui demeure déterminante. «Quand on parle de demande active, c’est vraiment la personne qui demande pour se faire servir en français ou pour avoir un accès quelconque en français», explique Mme Côté.
Demande active : rendre le besoin visible
Dans un contexte où l’Alberta ne dispose pas de loi linguistique garantissant les services en français en santé, la responsabilité repose aussi sur les épaules des francophones eux-mêmes. «Absolument, il y a une grande responsabilité qui appartient à la communauté francophone. Parce que si on ne demande pas, les services ne seront pas là. Et si on ne demande pas, c’est comme si les besoins n’existaient pas», affirme Mme Côté. Elle rappelle que le français figure pourtant parmi les langues les plus parlées dans la province, mais qu’il demeure sous-représenté dans les statistiques de demande de services.
Afin de soutenir cette demande active, le RSA fait la promotion de plusieurs moyens concrets. Le port du macaron francophone, les demandes écrites et l’accès à l’interprétation téléphonique figurent parmi les options offertes. Et l’un des outils les plus appréciés demeure l’interprète sur roulettes, un dispositif de vidéo interprétation disponible dans les hôpitaux. «Il faut juste le demander», insiste la directrice, précisant que les témoignages recueillis jusqu’à présent sont «extrêmement positifs», tant à l’urgence que lors d’hospitalisation ou d’accouchements. Ce fut le cas pour Miriam Flore, qui a accouché à l’Hôpital Royal Alexandra. Le service d’interprète s’est même poursuivi par la suite après la naissance de son petit garçon lorsqu’une travailleuse sociale est venue la visiter à la maison pour s’enquérir si tout allait bien.
Marie-Claude Côté, directrice générale du Réseau Santé Alberta, exhorte les Franco-Albertains à ne pas hésiter de demander des soins en français.
Vers une offre active renforcée
Si l’offre active demeure encore inégale à travers la province, le Réseau Santé Alberta multiplie les pressions auprès des établissements de santé et intensifie ses actions de sensibilisation sur le terrain. Pour Marie-Claude Côté, le message est clair : «Avec la demande active, il va y avoir un enclin pour une offre active».
Ce n’est pas Kayathiri Ganeshamoorthy qui la contredira. La directrice provinciale des services de langues – Interprétation et Traduction au sein du Alberta Health Services (AHS) tient à faire savoir que 24 h sur 24, 7 jours sur 7, l’interprétation est disponible à qui le demande dans l’ensemble des hôpitaux de la province. La disponibilité peut toutefois varier selon le mode d’interprétation et la langue demandée. Concrètement, quelqu’un qui se présenterait, par exemple, aux urgences pourrait, au moyen de petites cartes, faire savoir qu’il parle français. En quelques minutes, un professionnel de la santé peut appeler la ligne pour avoir un ou une interprète. «Il est important, selon Mme Ganeshamoorthy, que le professionnel de la santé comprenne bien l’histoire du patient. Cette approche est centrée sur le patient.»
Si parfois, pour des raisons spécifiques, une personne va se déplacer pour servir d’interprète, très souvent, c’est l’interprète à roulette qui sera utilisé. On fixe alors sur une pole à roulettes une tablette numérique à travers laquelle une personne – « et non l’IA », précise la gestionnaire – mettra au service du patient ses connaissances du français. Les interprètes engagés par l’AHS ont une formation «dans le domaine de la terminologie médicale pour vraiment comprendre le langage des professionnels de la santé», souligne Kayathiri Ganeshamoorthy, qui dirige depuis quatre ans les services de langues de l’AHS. S’il est difficile pour celle-ci de préciser en termes de pourcentage ce que représente le français comme langue à interpréter ou traduire, celle-ci affirme cependant qu’en 2025, son service a reçu quelque 10 000 appels pour le français : «Et c’est une croissance par rapport à 2024, en partie grâce à nos efforts de communication et en partenariat avec le RSA.»
Pour Miriam Flore Kadje, ce service gratuit pour les patients, a été essentiel dans sa vie de jeune maman : «Je crois que ça m’a sauvée. Ça rassure. Je n’ai pas paniqué, grâce à ce système d’interprète.» Marie-Claude Côté, directrice générale du Réseau Santé Alberta, exhorte les Franco-Albertains à ne pas hésiter de demander des soins en français.