le Lundi 9 mars 2026
le Dimanche 8 mars 2026 8:00 Chronique «lecture»

« Ma vie en trois actes »

Ma vie en trois actes — Photo: WEB
Ma vie en trois actes
Photo: WEB

Comme premier roman pour cette chronique littéraire, j’avais envie d’un livre inspirant qui pourrait intéresser plusieurs personnes différentes. Je vous présente donc « Ma vie en trois actes », l’autobiographie de Janette Bertrand, sortie en 2004 aux Éditions Libre Expression.

« Ma vie en trois actes »
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Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, cette grande dame québécoise, qui avait 79 ans au moment de publier ce livre, était une comédienne, mais surtout l’écrivaine de nombreuses émissions de télévision québécoises et de pièces de théâtre. Née en 1925 dans un monde fait par les hommes et pour les hommes, elle a toujours senti l’injustice d’être née femme et a aidé à sa manière le mouvement féministe au Québec. Quand elle a proposé l’idée de ce livre à son éditrice, voici ce à quoi elle pensait et qui le résume bien : « une autobiographie qui parlerait de moi, bien sûr, mais surtout de mon évolution à travers l’évolution des femmes du Québec, ma vie de femme parmi les femmes » (page 400).

Ce livre est, comme son nom l’indique, séparé en trois sections. La première raconte l’enfance et l’adolescence de l’autrice jusqu’à son mariage. C’est dans cette section que nous pouvons constater comment le manque d’amour de la part de sa mère l’a profondément affectée. Nous remarquons aussi qu’elle se questionne de plus en plus sur sa place dans ce monde, en tant que fille qui évolue dans un monde centré sur les hommes. La seconde section couvre sa vie de femme mariée et de mère, mais aussi sa vie professionnelle à la radio et à la télévision. Elle parviendra, avec l’écriture, à contribuer au mouvement féministe, et à briser les tabous à propos de nombreux sujets dont on ne parlait pas à cette époque, comme l’homosexualité, le sida, la santé mentale, la violence conjugale et les inégalités homme-femme. La troisième et dernière section se concentre sur la vieillesse, de 70 à 79 ans. Elle aborde ce thème avec toute la franchise que nous lui connaissons.

Si la vieillesse était vue non pas comme un naufrage mais comme une étape naturelle de la vie, elle serait réhabilitée et cesserait d’être la plus grande de toutes les tares 

— Janette Bertrand - page 377

Et elle ne savait pas encore à l’époque qu’elle serait toujours en vie en 2026, à bientôt 101 ans !

Dans cette autobiographie, nous retrouvons de nombreux thèmes, comme l’injustice, les inégalités sociales, le féminisme, la famille et les rapports homme-femme. Le ton est très familier, comme si nous faisions partie de sa famille. L’autrice est très transparente, très authentique, et elle se confie sur ses sentiments les plus profonds. C’est d’ailleurs un des aspects que j’ai le plus aimé de ce livre, comment elle s’ouvre au lecteur, sans tabou, avec franchise. C’est une femme inspirante à bien des égards ! J’ai été tellement absorbée par cette lecture, tantôt découragée par la condition des femmes à l’époque, tantôt touchée, tantôt choquée. Et je me suis sentie fière de cette femme que je ne connais pas, mais que j’ai l’impression de connaitre un peu aujourd’hui, après cette lecture. 

En sommes, je recommande cette autobiographie à toutes celles ou ceux qui auraient envie d’en savoir plus sur Janette Bertrand, qui voudraient comprendre d’où vient le mouvement féministe au Québec, comment c’était de naitre en 1925 en tant que fille, et qui voudraient se faire une bonne idée de l’immense évolution des droits des femmes des années 1920 aux années 2000.