le Jeudi 23 avril 2026
le Jeudi 23 avril 2026 7:00 Arts et culture

Chante-la ta chanson !

C’est en terre albertaine que Jono a décidé de poursuivre sa carrière de rappeur. — Crédit : Annie-France Noël
C’est en terre albertaine que Jono a décidé de poursuivre sa carrière de rappeur.
Crédit : Annie-France Noël

Dans un contexte où le français évolue en situation minoritaire en Alberta, les artistes portent souvent haut le désir de célébrer la francophonie en chanson. Et pas uniquement au mois de mars.

Chante-la ta chanson !
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Peut-on vraiment chanter en français en Alberta toute l’année ? La question quelque peu provocante a de quoi faire sursauter Nadia Sylvain. La réponse est sans ambiguïté. 

Il n’y a pas juste au mois de mars qu’on peut chanter en français en Alberta. On peut le faire toute l’année ! 

Autrice-compositrice-interprète basée à Edmonton, la jeune artiste rappelle que la musique en français vibre bien au-delà du Mois de la Francophonie. 

Native de Girouxville, la chanteuse, au style folk-pop parfois teinté de sonorités du blues et du jazz, mène une double vie professionnelle : ergothérapeute à temps plein et musicienne passionnée le reste du temps ! Les soirées et les fins de semaine sont consacrées à la création, aux répétitions et aux spectacles. Au cours du mois de mars, elle a notamment participé au Festival des sucres organisé au Parc Muskoseepi par l’ACFA régionale de Grande Prairie, le 14 mars dernier. Celle qui fut de la cuvée 2024 au Festival international de la chanson de Granby, au Québec, et qui s’accompagne parfois au piano, aime particulièrement quand le public se laisse emporter par le rythme de sa musique. « J’adore voir les gens dans la foule qui, même sans y penser, attrapent le groove de la chanson ! »

Le chiac s’accorde en terre albertaine

Installé à Edmonton depuis près de trois ans, le chanteur de rap acadien Jonathan Haché, alias Jono, s’est d’abord installé en Alberta pour des raisons amoureuses, mais il y a trouvé par la suite une communauté francophone accueillante, qui a embarqué dans son Party Chenous, du nom de son premier microalbum.

Depuis le début de l’année, l’artiste enchaîne les spectacles un peu partout dans l’Ouest. Après des passages à Whitehorse, au Yukon, puis notamment à Fort McMurray et Bonnyville, il a poursuivi sa tournée avec un arrêt le 13 mars dernier à Grande Prairie, à l’occasion de la soirée Bière et Poutine, organisée par Hélène Lavigne-Casteran, la directrice de l’ACFA régionale de Grande Prairie, et son équipe. « J’ai fait ma route depuis le mois de février ; je vivais dans un suitcase », raconte avec humour celui qui fut des demi-finales à Granby en 2024.

Son style musical s’inscrit dans le hip-hop francophone, un genre où les textes occupent une place centrale. Pour lui, la langue et le dialecte acadien font partie intégrante de son identité artistique. 

La chose la plus importante dans mon projet, c’est la langue

— Jono

Même si la carrière d’un artiste francophone dans l’Ouest peut présenter des défis, Jono demeure optimiste. Le hip-hop, dit-il, possède un potentiel de diffusion au-delà des frontières linguistiques. « J’ai le luxe d’être dans un genre de musique avec le hip-hop qui est très multiculturel… je peux faire un spectacle vers une audience qui est anglophone et ça fonctionne pareil », souligne-t-il.

Les organismes franco-albertains jouent également un rôle important dans le soutien aux artistes. « Je tiens à remercier le RAFA pour avoir organisé cette tournée », souligne Jono.

Soutenir la musique franco-albertaine

Même son de cloche du côté de Nadia Sylvain, qui, en plus de vanter le travail du Regroupement artistique francophone de l’Alberta (RAFA), souligne aussi l’importance du Centre de développement musical (CDM). Les deux organismes sont d’ailleurs voisins à la Cité francophone, rue Marie-Anne Gaboury, et soutiennent les artistes par notamment de la formation et des opportunités de diffusion.

Si le RAFA fait la promotion des différentes expressions artistiques, comme la chanson, mais également le théâtre ou la peinture, le CDM se concentre, lui, sur l’aspect musical. Depuis près de 30 ans, l’organisme accompagne des musiciens, chanteurs et jeunes talents francophones à travers une variété de programmes et d’initiatives.

« Notre seul domaine d’intervention, c’est la musique », explique Paul Cournoyer, directeur du CDM. Qui compte aujourd’hui entre 60 et 70 membres. Ses activités rejoignent cependant davantage de personnes en tenant des programmes offerts, entre autres, aux jeunes, aux adultes ou aux artistes émergents.

Parmi les initiatives phares du CDM, on retrouve notamment Les Galalas, un projet qui permet aux jeunes artistes de monter sur scène et de chanter accompagnés par un orchestre. « C’est principalement pour la jeunesse… mais à Edmonton, on a une composante Après-Dark, qui est pour les adultes, qu’ils soient émergents ou amateurs », souligne Paul Cournoyer.

Le centre offre également des formations, des ateliers et un espace de répétition pour les artistes. Une simple adhésion annuelle donne accès à plusieurs services. « Si quelqu’un prend un membership à 30 $, il peut accéder à une gamme d’ateliers », explique le directeur.

Au-delà du soutien aux artistes, le CDM contribue à renforcer l’identité culturelle de la communauté francophone. 

La musique en français nous permet de bâtir une vision de notre francophonie et de notre image. C’est par l’entremise de nos artistes et de leur voix unique qu’on contribue à cette communauté-là 

— Paul Cournoyer

Mais peut-on réellement faire carrière en musique en français en Alberta ? La réponse est nuancée. « Avec des défis, c’est possible… mais si t’es uniquement sur le territoire albertain, c’est très difficile », reconnaît-il.

Pour plusieurs artistes, la solution passe par des tournées à l’échelle du pays. « Il y a tout un réseau franco-canadien de tournées à travers les acteurs communautaires », rappelle Paul Cournoyer, en évoquant notamment les centres culturels et les organismes francophones qui présentent des spectacles.

Si le Mois de la Francophonie représente un moment fort pour la visibilité des artistes, Paul Cournoyer espère que cet élan se poursuivra tout au long de l’année : « C’est bien de voir nos artistes au mois de mars, mais si on les voit un peu plus souvent au cours de l’année, ça vient bâtir un rapport avec nos communautés. »

Lexique :

Le groove : anglicisme signifiant une sensation rythmique entraînante donnant envie de danser ou de bouger.

Le chiac : variété du français acadien parlée notamment dans les régions de Moncton et de Shediac, caractérisée par des passages du français à l’anglais, souvent dans la même phrase.

Déclaration IA : Le présent article a été rédigé par un journaliste. Un outil d’intelligence artificielle a été utilisé pour faciliter la transcription des entrevues. Le journaliste a vérifié l’exactitude des propos.