La Journée nationale contre l’intimidation, célébrée chaque dernier mercredi de février, prend tout son sens dans le contexte minoritaire : comprendre, prévenir et soutenir demeurent les grands défis.
Initiée en 2007 dans une école secondaire en Nouvelle-Écosse, la lutte contre l’intimidation s’est répandue. Elle vise à refuser toute forme d’intimidation, à soutenir les personnes discriminées et à promouvoir la gentillesse et l’inclusion.
M. Yic Camara, directeur général adjoint et responsable des programmes à la Francophonie canadienne plurielle (FRAP), rappelle le domaine d’intervention de l’organisme .
Nous intervenons à la fois dans la communauté et dans les écoles. La lutte contre toute forme d’intimidation et de discrimination est un véritable cheval de bataille pour nous
L’intimidation invisible et ses impacts psychologiques
L’intimidation ne se manifeste pas toujours par des agressions visibles. Chez les enfants issus de l’immigration, elle prend souvent des formes plus subtiles, mêlant des moqueries sur l’accent, la couleur de peau ou l’apparence.
Farrah Cheriet, psychologue agréée, Institut Guy Lacombe de la famille.
Farrah Cheriet, psychologue agréé à l’Institut Guy-Lacombe de la famille, observe que de nombreux parents consultent d’abord pour des changements de comportement chez leur enfant : « agressivité, crises ou réactions inhabituelles ».
À l’école, ces jeunes sont parfois perçus comme perturbateurs, alors que leur attitude cache souvent une autre réalité. « Quand on creuse, on découvre qu’ils subissent des moqueries ou du rejet, surtout lorsqu’ils viennent d’arriver et ne maîtrisent pas encore les codes sociaux », explique-t-elle.
Certains enfants, auparavant calmes, deviennent alors réactifs ou agressifs, et chez les adolescents, cette détresse peut même mener à l’automutilation. « On consulte pour des problèmes de comportement, mais la racine est souvent l’intimidation. »
Le regard de l’enseignant
Dans les écoles, les enseignants sont souvent les premiers témoins de l’intimidation. À Edmonton, l’enseignant du primaire Paul Kuate affirme que le phénomène est bien réel.
« La Journée nationale contre l’intimidation est importante, mais dans ma classe, j’en vois presque chaque semaine. Les élèves se moquent parfois de l’accent, de la couleur de peau ou de l’apparence de leurs camarades. Et souvent, les victimes n’osent pas en parler. »
Pour intervenir, il mise sur la sensibilisation continue, l’accompagnement des victimes et la responsabilisation des élèves fautifs.
Prévenir l’intimidation, c’est bâtir un climat de respect et d’empathie. Cela se travaille chaque jour, pas seulement lors d’une journée de sensibilisation
Fierté de l’accent et affirmation de l’identité
L’accent reste un marqueur sensible de la différence. L’accent francophone dans un environnement anglophone, où l’accent africain ou européen dans une communauté francophone peut devenir une cible.
Nous encourageons les jeunes à être fiers de leur accent. C’est une part de qui ils sont. On peut avoir plusieurs identités et être fier de toutes
Cette affirmation de soi, parfois fragile, nécessite un accompagnement constant dès l’enfance et tout au long de la scolarité. Au cœur de cette démarche : la résilience. Les jeunes sont appelés à construire leur confiance, à connaître leurs droits et à se défendre face à l’adversité.
L’action repose sur l’éducation: sensibiliser, prévenir et instaurer un climat respectueux demeurent les meilleurs remparts contre l’intimidation.
Lexique:
Intimidation : un geste, une intervention ou un commentaire qui menace, blesse, humilie ou prive quelqu’un d’autre de sa dignité.