Lorsque joint au téléphone, Michel Bénac ne cachait pas son enthousiasme. Après 27 ans d’existence, sa formation continue de faire vibrer les communautés francophones en situation minoritaire, et l’accueil reçu en Alberta confirme, selon lui, l’importance de chanter en français aux quatre coins du pays.
La tournée, amorcée le 19 février, a mené LGS à Rivière-la-Paix, Grande Prairie, Bonnyville, Fort McMurray et Calgary. À Grande Prairie, près de 400 élèves se sont déplacés pour un spectacle scolaire. « Ils nous ont découverts pour la première fois. Ils ont capoté ! On a eu du fun, on a dansé. C’était tellement beau ! ».
À Calgary, l’engouement a dépassé toutes les attentes. Plus de 1 200 élèves réunis en deux jours.
Pour Michel Bénac, offrir des spectacles en français dans l’Ouest canadien dépasse la simple performance artistique. « On espère pouvoir les inspirer, leur montrer qu’il y a de la musique en français qui peut être connectée avec eux, qui peut être le fun ». Pour plusieurs jeunes, le spectacle de LGS aura été leur premier en français.
Ce qui frappe particulièrement le chanteur, c’est la vitalité de la francophonie albertaine. « Écoute, moi, je suis emballé de voir l’effervescence francophone qui se passe en Alberta ». Il ajoute : « Je me dis, wow ! L’Ontario a de quoi apprendre de l’Alberta ! »
Non seulement, Michel Bénac a fait vibrer les foules avec sa musique et ses acolytes de LGS, mais il sait aussi être un conférencier percutant.
Plus que de la musique
En parallèle des spectacles, Michel Bénac offre aussi des conférences dans les écoles. Il y partage son parcours et son éveil à la francophonie en milieu minoritaire.
Un message revient constamment : ne pas être gêné de parler sa langue. « Des fois, on a honte d’être francophone, on ne fait pas partie de la masse, on fait partie de la minorité ». Pourtant, affirme-t-il, « ma francophonie a une valeur énorme ».
Son objectif? Que les jeunes comprennent qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils font partie « d’une grande communauté et pas un petit village ».
Après plus de deux décennies de carrière, Michel Bénac le dit simplement : « 27 ans plus tard, je continue à vivre de mon art ». Et visiblement, la fête francophone est loin d’être terminée.
Le soutien des ACFA
Une telle tournée n’aurait pas été possible sans le travail concerté de différentes ACFA régionales.
Hélène Lavigne Casteran, la directrice de l’ACFA régionale de Grande Prairie résume bien la situation : « Cela a été possible grâce à un travail de collaboration entre différentes ACFA régionales et le RAFA (Regroupement artistique francophone de l’Alberta) dans le cadre de la tournée canadienne Coup de Coeur Francophone. Nous essayons d’accueillir et d’offrir cette tournée chaque année à notre communauté, mettant de l’avant des artistes franco-canadiens de différentes provinces et territoires. »
À entendre les différents commentaires des directrices interrogées, le jeu en valait sûrement la chandelle. En ce qui concerne Grande Prairie, c’est plus de 380 personnes qui se sont réunies au Cardinal J. Douglas Performing Art Center pour profiter du spectacle. D’après Mme Lavigne Casteran le public adulte connaissait déjà les chansons et ne s’est pas privé pour chanter et danser avec LGS. Quant aux plus jeunes, pour qui la musique du groupe franco-ontarien était plus inconnue, celui-ci a tout de même eu « une super interaction avec eux. C’était vraiment la folie dans la salle avec les élèves qui chantaient, criaient et dansaient ! »
Lors du spectacle à Grande Prairie, plus de 350 personnes sont tombées sous le charme et le dynamisme des quatre membres du groupe LGS.
Du côté de Rivière-la-Paix, la directrice de l’ACFA locale, Emma Iafolla-Lafrenière estime que le groupe, « un habitué de la région, a su créer une atmosphère festive. Si la foule était légèrement moins nombreuse qu’il y a trois ans – où 150 personnes s’étaient déplacées -, la participation demeure significative, d’autant plus qu’un spectacle scolaire a aussi été offert pour souligner les 25 ans de l’École des Quatre-Vents. » Une centaine de personnes en ont profité contre 90 pour le spectacle destiné à la communauté, le 21 février dernier.
La tournée de LGS a même permis à Christine St-Laurent et à son ACFA régionale de Bonnyville Cold Lake de casser en quelque sorte la glace en proposant un premier spectacle en français au Strathcona Performing Arts Centre, récemment inauguré au sein de la municipalité. Prévu le 1er mars, la présence de LGS avec des chansons comme Au nom du père, du fils et du set carré ou encore Ça va brasser aura marqué le début des festivités du Mois de la francophonie à Bonnyville.
Au cours des entrevues réalisées par Le Franco avec les différentes directrices régionales par où est passé LGS, que ce soit lors d’ateliers sur la danse hip hop donnés par les deux danseurs du groupe à Rivière-la-Paix ou lors des conférences de Michel Bénac, une chose a retenu l’attention : la fierté linguistique. Pour Christine St-Laurent, « le message, c’est que plus une chose est rare, plus elle est précieuse » comme le fait de parler français dans un milieu minoritaire. « En étant adolescent, des fois, on essaie de minimiser ça, on essaie de le cacher parce qu’on veut juste se perdre parmi la foule ». Au contraire, Michel Bénac, selon Hélène Lavigne Casteran, a su encourager les jeunes à croire en leurs rêves comme lui l’a fait, « même si parfois la vie est pleine d’embûches et d’imprévus. »
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