le Jeudi 3 septembre 2026
le Jeudi 3 septembre 2026 7:00 Arts et culture

La relève francophone en chansons !

L’équipe et les participants de Jamais Trop Tôt, édition 2026. À noter la présence de Marianne St-Pierre (première à droite, 3e rangée en haut)

 — Crédit : Jean Martin pour le FICG
L’équipe et les participants de Jamais Trop Tôt, édition 2026. À noter la présence de Marianne St-Pierre (première à droite, 3e rangée en haut)
Crédit : Jean Martin pour le FICG

C’est le pari qu’ont réalisé 20 jeunes de 14 à 17 ans du Québec et du Canada francophone, lors de la 15e édition de Jamais Trop Tôt, dans le cadre du Festival international de la chanson de Granby (FICG), le 16 août dernier. Et parmi eux, de St-Paul, en Alberta, Molly Gratton.

La relève francophone en chansons !
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Le FICG en est déjà à sa 58e édition. Un évènement majeur pour Granby, ville d’environ 75 000 habitants dans la région de l’Estrie, au Québec. Outre les vitrines musicales permettant à des professionnels de venir voir au FICG ce qui se fait ici en matière de chanson francophone afin de faire venir le talent à l’étranger comme en France et en Louisiane, ou encore le Grand Concours Hydro-Québec, tremplin pour les artistes émergents, la formation de la jeune relève occupe une place importante avec Jamais Trop Tôt.

Pendant près d’une semaine, chaque jour, de 8 h 30 jusqu’à 22 ou 23 h, la vingtaine de participants s’est investie corps et âme, bénéficiant de l’expertise d’une équipe artistique complète et qualifiée, notamment en formation scénique. 

Hébergés à l’Université Bishop à Lennoxville, outre du Québec, les jeunes provenaient de neuf provinces et un territoire. Marianne St-Pierre, chargée de projets au sein du FICG, a sous son aile Jamais Trop Tôt. Elle raconte que les participants se sont échinés à la tâche, répétant pendant trois jours pleins à Lennoxville avec en plus deux générales à Granby.

Je les ai trouvés bons ! Ils sont incroyables ! Ils arrivent insécures et fébriles et ils ressortent tellement fiers d’eux et avec raison. Ils ont beaucoup de choses à mémoriser, non seulement le texte de leurs chansons, mais également des chorégraphies, la mise en scène. Mais le résultat final est magnifique. 

— Marianne St-Pierre

Et ce qui compte aussi pour elle, ce sont les liens que ces jeunes artistes arrivent à créer entre eux ainsi que la confiance qu’ils ont développée grâce à des professionnels comme André A. Mallette, la metteure en scène.

 Molly Gratton gardera en mémoire longtemps son passage au Festival international de la chanson de Granby.

 

Crédit : Jean Martin pour le FICG

Une réponse imposante

Chaque province devait sélectionner ses candidats à travers différents galas ou concours. Aux quelque 6 000 Québécois, s’est ajouté un nombre semblable en provenance de la francophonie canadienne.

Les organisateurs du Festival ayant leur répondant dans chaque province, pour l’Alberta, c’est le Centre de développement musical (CDM) à Edmonton qui a choisi sa candidate à travers le Galala, qui s’est déroulé à Edmonton. Cette année, 250 jeunes interprètes s’étaient inscrits et, lors d’ateliers d’écriture, 41 textes de chansons ont été réalisés. Mme St-Pierre énumère les chiffres albertains : 10 écoles, 12 classes, 83 élèves et 24 ateliers ont été donnés. Molly Gratton faisait donc partie de la cuvée de ces 250 jeunes franco-albertains.

Jointe une première fois quelques jours avant la date fatidique du dimanche 16 août, l’enthousiaste Molly disait qu’elle n’avait pas toujours « la possibilité de parler en français », elle qui va à l’école anglophone. Elle appréhendait quelque peu le fait de chanter devant autant de personnes.

Mais les commentaires recueillis à gauche et à droite ont tous souligné la détermination et la bonne humeur à la tâche de Molly.

Une expérience unique

Marie-Josée Ouimet connaît bien Molly Gratton pour l’avoir dirigée pendant deux ans au Galala, un spectacle de variétés du CDM, où les jeunes sont encadrés par des musiciens professionnels. Cheffe de chœur pour trois chorales et directrice artistique de plusieurs projets au sein du CDM, elle n’a pas été surprise de voir l’adolescente choisie pour Granby.

Molly Gratton a interprété la chanson Pourquoi grandir, écrite par Olivier Bélanger du Collège Trinité à St-Bruno de Montarville, au Québec.

Crédit : Photo de Benoît Thériault pour le FICG

« C’est une jeune femme avec énormément de talent », affirme-t-elle. Elle souligne sa grande ouverture, son sérieux et sa capacité à accueillir les suggestions. Molly ne se contente pas, selon elle, de juste chanter des mots et une mélodie : elle réfléchit à la chanson, se l’approprie et en propose une véritable interprétation. Mme Ouimet insiste également sur sa présence sur scène, son ardeur au travail et le plaisir qu’elle procure à ceux qui l’accompagnent.

De son côté, Amy Painchaud Bloos, coordinatrice de projets au CDM, estime que si Molly a été choisie, c’est en raison de sa maîtrise vocale et parce qu’elle avait aussi « un certain potentiel pour une belle présence scénique. Elle a besoin d’être un peu poussée dans la partie du coaching scénique. J’étais vraiment heureuse de pouvoir lui donner l’opportunité de recevoir ce coaching intensif. J’ai vraiment hâte de voir comment elle a progressé quand on va faire le Galala en 2027 ! »

Pour la principale intéressée de 17 ans, lorsque jointe à son retour à St-Paul, elle raconte toute contente que c’est une expérience qu’elle dit vouloir conserver « pour longtemps ». Au-delà de sa prestation, qu’on peut revoir sur la page Facebook du Festival, elle retient, de l’ensemble des activités de Jamais Trop Tôt, les apprentissages et, surtout, les liens créés avec les autres participants et les formateurs. Malgré un horaire exigeant, elle a apprécié l’atmosphère chaleureuse de la formation. Elle décrit le groupe comme une famille, réuni autour d’une même passion, au-delà des accents et des parcours différents.

L’un de ses principaux apprentissages concerne la construction d’un spectacle. Molly a découvert comment l’ordre des chansons peut faire évoluer un spectacle et créer une progression pour le public. Cette compréhension de la mise en scène, de l’enchaînement des numéros et du travail collectif lui sera utile dans ses prochains projets artistiques, à n’en point douter selon elle.

En ce qui concerne, la poursuite du volet Jamais Trop Tôt, Marianne St-Pierre le confirme, il y aura bien une 16e édition. Une trousse pédagogique est déjà en préparation, afin que les écoles se préparent aux ateliers d’écriture. Elle salue au passage le Réseau national des Galas de la Chanson qui chapeaute tout ça « à travers nos partenaires canadiens », le Secrétariat québécois à la jeunesse, Patrimoine canadien et Desjardins, qui sont les principaux bailleurs de fonds. Et il en faut, car Mme St-Pierre mentionne en fin d’entrevue que de 24 participants, le FICG est passé à 20 pour ce volet jeune relève et peut-être que le nombre tombera à 18 l’année prochaine. Tout ça, non pas faute de talents, mais faute de financement. Les coûts de production, de déplacement, d’hébergement, les salaires ont monté, fait valoir la chargée de projet. Ces deux participants en moins se feront-ils au détriment des jeunes Franco-Canadiens ou de leurs amis du Québec ?

Lexique :

Chorégraphie : l’art de composer et de régler des pas, des figures et des enchaînements pour de la danse, un ballet ou un spectacle.