le Dimanche 18 octobre 2026
le Dimanche 18 octobre 2026 0:34 Politique

Livret du référendum : dépliant ou pamphlet ?

  Crédit: Le Franco
Crédit: Le Franco

Pour peu qu’on s’intéresse au référendum du 19 octobre prochain, il y a fort à parier que les Albertains aient vu, sous forme numérique ou papier, le livret du référendum envoyé par le gouvernement de l’Alberta. Mais s’agit-il d’un outil neutre ou cherchant à influencer le vote ?

Livret du référendum : dépliant ou pamphlet ?
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Au fil de sa lecture, le Livret du référendum, bien qu’il soit présenté comme une ressource informative produite par le gouvernement de l’Alberta, adopte parfois un ton qui peut surprendre et qui semble dépasser la neutralité attendue d’un document public.

Dès la première question, celle-ci demande aux gens s’ils sont favorables « à ce que le gouvernement de l’Alberta assume davantage de contrôle sur l’immigration ». L’explication de la question porte alors sur le fait que certains groupes d’immigrants sont associés à des problèmes sociaux. En utilisant des formulations qui semblent être plus chargées en anglais que dans la version française -“massive influx”, “undue pressure”, “put Albertans first”-, se pourrait-il que le livret veuille orienter clairement le lecteur vers une réponse favorable à l’option proposée ? Auquel cas, s’agit-il d’un simple livret informatif ou plutôt d’un pamphlet, c’est-à-dire ayant le sens en français d’un texte concis, souvent rédigé sous le coup de l’urgence ou de la révolte ? S’il est légitime pour un gouvernement de défendre son point de vue, lors d’une campagne référendaire, celui-ci n’est-il pas soumis à certaines règles ?

Pourrait-il y avoir une confusion entre communication gouvernementale et communication partisane ? Cela peut soulever une réflexion sur l’usage de fonds publics dans un processus référendaire.

Élections Alberta à la rescousse

La question a été posée à Élections Alberta à savoir si la Loi sur le financement électoral encadrait les publicités gouvernementales. Y a-t-il une différence entre information émanant du gouvernement et publicité gouvernementale moins objective ? La réponse obtenue par courriel d’Élections Alberta est intéressante. « La Loi sur le financement électoral et la divulgation des contributions ne s’applique pas à un parti enregistré, à une association de circonscription ou à un député provincial dans le cadre d’un référendum. La publicité du gouvernement de l’Alberta, sous quelque forme que ce soit, constitue une exception à la définition de la publicité référendaire ». Autrement dit, la publicité émanant du gouvernement albertain, « quelle que soit sa forme, n’est pas considérée comme de la publicité référendaire, quel que soit son message ».

Le gouvernement de Danielle Smith n’est donc pas tenu de s’inscrire à titre d’annonceur tiers dans ce référendum. La réponse d’Élections Alberta est on ne peut plus claire. Il a le pouvoir ou la possibilité de « diffuser des messages liés à la question référendaire, et les limites de dépenses et de contributions prévues par la Loi ne s’appliquent pas. » Il peut donc utiliser l’argent des contribuables selon ses desseins.

Au bureau de la première ministre

Contacté quelque dix jours avant le référendum, Sam Blackett, directeur des communications au bureau de la PM, est revenu auprès du Franco sur les publications référendaires du gouvernement. Pour lui, celle-ci comprend « un mélange de publicités traditionnelles et en ligne diffusées sur divers canaux, notamment la télévision, la radio, les médias sociaux, la presse écrite, les panneaux d’affichage physiques et électroniques, ainsi qu’une brochure envoyée par courrier direct à chaque foyer albertain ». Il estime que cette campagne coûtera environ 4 millions de dollars.

Une dépense qui a son importance dans la mesure où le gouvernement de Mme Smith souhaite, selon son directeur des communications, que les Albertains « comprennent clairement comment leurs décisions sur les dix questions auront une incidence sur leur vie ».

Sam Blackett est conscient que la publicité gouvernementale tend à pencher du côté « d’une Alberta forte et souveraine au sein d’un Canada uni », ce qui n’est pas sans rappeler la célèbre phrase humoristique et satirique dite en 1977 par le non moins célèbre Yvon Deschanps, qui se demandait alors ce qu’était un vrai Québécois et ce qu’il voulait : « C’t’un Québec indépendant dans un Canada fort ! »

Pour sa part, M. Blackett rappelle les propos de la première ministre Smith, tirés de l’émission de radio Your Province. Your Premier. du 10 octobre dernier sur Global News. Dans cette émission, l’animateur Wayne Nelson rapportait que certains détracteurs du gouvernement albertain soutenaient « que les contribuables ne devraient pas financer des campagnes qui penchent en faveur d’un résultat précis ».  La réplique de Mme Smith est sans équivoque : « J’ai toujours dit que nous allions défendre avec vigueur les neuf questions que nous soulevons. Je tiens à pouvoir aborder ces neuf questions; je ne suis pas neutre à ce sujet. Je cherche à obtenir l’adhésion de l’Alberta à cet égard. Nous devons effectivement exercer un plus grand contrôle sur l’immigration. Nous devons effectivement discuter de la nécessité de veiller à ce que les Albertains soient les premiers à bénéficier de nos programmes sociaux, plutôt que les travailleurs temporaires. » Droit de parole aux Albertains, le 19 octobre.