Les Albertains ont rejeté massivement l’idée de quitter le Canada, accordant 75 % des voix au camp du non contre 25 % au camp séparatiste. Un résultat conforme aux sondages des derniers mois.
« Du côté du camp fédéraliste, il y a eu comme une sorte de réveil de l’identité canadienne en Alberta », observe le professeur Boily.
Selon lui, des organisations comme Forever Canadian ont contribué à faire émerger un discours rassembleur autour de l’appartenance au Canada. Le débat sur l’avenir de l’Alberta au sein de la fédération a finalement eu l’effet inverse de celui recherché par plusieurs indépendantistes.
« Ça a créé comme une sorte de rassemblement de l’identité canadienne », résume-t-il.
Cette dynamique aurait même surpris les partisans de l’indépendance. Rappelons que certains dans le camp du oui à la séparation, même le soir du référendum, imaginaient un 30, voire un 40% d’appui à leur cause
Frédéric Boily, professeur titulaire au Campus Saint-Jean, a suivi de près, non seulement pour Radio-Canada, mais aussi pour Le Franco le référendum albertain.
Une défaite qui ne sonne pas le glas
Même si l’objectif d’une Alberta souveraine s’éloigne, M. Boily se garde bien d’annoncer la disparition du mouvement. « C’est possible que le mouvement perdure », affirme-t-il.
Le quart des électeurs qui ont appuyé la séparation constitue une base qui demeure importante pour, cependant, « un mouvement éclaté, qui n’est pas vraiment un parti politique », rappelle le politicologue.
Alors, quel avenir pour ce mouvement ? Selon l’invité mensuel du Franco, cela pourrait prendre plusieurs formes. Certains militants tenteront peut-être de poursuivre la lutte à l’intérieur du Parti conservateur uni (UCP). D’autres pourraient miser sur les petits partis ouvertement séparatistes déjà existants. Une troisième option consisterait à poursuivre un travail de mobilisation citoyenne sans se lancer immédiatement dans l’aventure partisane.
« On continue sur cette lancée-là, essayons de faire grossir le mouvement avant même de songer à un parti politique », résume M. Boily en décrivant l’une des avenues possibles pour les séparatistes.
Le mouvement pourrait également traverser une période de turbulences. Le professeur évoque le risque d’une démobilisation chez ceux qui croyaient pouvoir dépasser les 30 %, voire l’emporter. Il rappelle également que les mouvements idéologiques relativement minoritaires sont souvent sujets aux divisions internes.
Ça va être un passage difficile pour le mouvement séparatiste
, prévient-il.
Parmi les figures à surveiller, il mentionne Keith Wilson, qu’il décrit comme l’un des porte-paroles les plus crédibles du courant indépendantiste. À l’inverse, certaines figures plus médiatiques pourraient voir leur influence diminuer. M. Boily souligne notamment que Mitch Sylvestre et d’autres responsables associés à l’Alberta Prosperity Project semblent vivre une période de remise en question à la suite du résultat.
Les Albertains suivent Danielle Smith… jusqu’à un certain point
Au-delà de la question de l’indépendance, les Albertains devaient aussi se prononcer sur neuf autres questions touchant notamment l’immigration et les enjeux constitutionnels.
Face à Ottawa, les résultats montrent une certaine adhésion aux propositions du gouvernement de Danielle Smith en matière d’immigration. Dans ce domaine, « le gouvernement, je pense, pourrait agir. Il y a quand même une certaine légitimité », affirme M. Boily en songeant notamment à la question 5, portant sur la preuve de citoyenneté pour voter, qui a récolté près de 60 % d’adhérents.
Les appuis demeurent parfois serrés, mais suffisants pour permettre au gouvernement de revendiquer un mandat politique en vue d’obtenir davantage de pouvoirs à l’égard de l’immigration.
Le professeur a toutefois été étonné par un autre aspect du scrutin. « J’ai été davantage surpris par les questions en matière constitutionnelle. » Il ne s’attendait pas à ce que les quatre propositions de nature constitutionnelle reçoivent l’appui des électeurs.
À son avis, plusieurs Albertains ont probablement interprété ces questions de différentes façons. Certaines étaient complexes, d’autres très abstraites, ce qui a pu favoriser des votes fondés davantage sur un sentiment général que sur une compréhension détaillée des conséquences.
Il note également le caractère exceptionnel de cet exercice démocratique. « Je ne crois pas qu’on va revoir ça de sitôt au Canada », dit-il à propos de ce référendum qui combinait une question sur l’avenir constitutionnel de la province et neuf autres questions de politiques publiques.
Retour aux priorités économiques
Que fera maintenant Danielle Smith?
Selon M. Boily, les résultats n’ouvrent pas nécessairement la porte à une nouvelle grande confrontation avec Ottawa. Concernant les enjeux constitutionnels, il juge que les Albertains n’ont pas accordé au gouvernement un mandat particulièrement fort.
Les revendications liées à l’immigration pourraient toutefois revenir à l’avant-plan dès l’année prochaine, particulièrement dans le contexte préélectoral.
Pour le reste, le gouvernement pourrait chercher à calmer les tensions avec le fédéral et à recentrer son message sur l’économie. « Elle va essayer de calmer peut-être un peu le jeu sur la scène nationale », prévoit-il.
L’attention pourrait rapidement se déplacer vers le grand projet de gazoduc défendu par le gouvernement albertain.
Avec une pointe d’humour, M. Boily résume ce qui pourrait devenir la nouvelle priorité de Danielle Smith : « Moi, je pense que son objectif, c’est d’avoir une photo avec une pelletée de terre au mois de septembre l’an prochain ! »