C’est le 5 mars que l’ACFA a donné un appui sans équivoque au mouvement Canadiens pour toujours avec à sa tête, Thomas Lukaszuk. Cette décision, prise quelques semaines plus tôt, comme l’explique Nathalie Lachance, afin de se positionner tôt dans la campagne référendaire, répondait, à un impératif clair : permettre à la communauté francophone d’exprimer rapidement ses préoccupations dans un débat politique qui s’annonçait préoccupant.
Elle rappelle que la conférence et le partenariat avec Forever Canadian / Canadiens pour toujours a été déterminant pour assurer une visibilité bilingue dans l’espace public. « Tous les panneaux du mouvement citoyen Canadiens pour toujours sont bilingues », souligne-t‑elle, précisant que cette visibilité découle directement de la collaboration entre les deux organisations.
Sentiment anti-francophone
Interrogée sur l’existence d’un sentiment anti-francophone dans le camp indépendantiste, Mme Lachance refuse de qualifier les acteurs politiques et préfère s’en tenir aux gestes concrets qui inquiètent la communauté. Elle cite d’abord le projet de constitution proposé par les indépendantistes, qui ferait de l’anglais « la seule langue officielle de l’Alberta ». Une telle mesure, dit-elle, « crée énormément d’inquiétude ». Elle rappelle que les protections linguistiques actuelles découlent de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Loi sur les langues officielles. Une Alberta indépendante perdrait ces garanties, ainsi que les financements fédéraux qui soutiennent les écoles francophones, les programmes d’immersion et l’enseignement du français langue seconde.
Elle évoque également des déclarations publiques qui ont alimenté les préoccupations de l’ACFA. Le jour même où l’organisme a annoncé son partenariat avec le mouvement Canadiens pour toujours, l’avocat Jeffrey Rath – dont la lignée maternelle se nomme Lamoureux -, affirmait à la radio, selon Mme Lachance, que « les étiquettes bilingues sur les boîtes, c’est niaiseux ».
S’il a été impossible pour Le Franco de retrouver pareille affirmation, il est vrai cependant que certains propos en février 2026 de la première ministre Danielle Smith peuvent alimenter en ce sens le mouvement séparatiste. Celle-ci demandait, dans une lettre adressée au premier ministre Mark Carney de réduire les exigences de bilinguisme pour les juges de la Cour suprême. Selon Mme Smith, cela nourrit l’aliénation des Canadiens de l’Ouest. Or, pour la communauté francophone, l’enjeu est fondamental :
Sans juge bilingue, comment pouvons-nous avoir accès à la justice en français ?
De quoi illustrer les risques concrets auxquels la francophonie albertaine pourrait être confrontée, selon Mme Lachance. « Est-ce qu’on a des inquiétudes? Absolument », dit-elle, tout en réaffirmant sa préférence pour une analyse factuelle plutôt que pour des accusations généralisées.
L’immigration montrée du doigt
Les immigrants ne sont pas en reste. Le référendum comporte cinq questions portant directement sur l’immigration, ce que la présidente juge particulièrement préoccupant. « Nous trouvons les questions toutes inquiétantes », affirme-t‑elle, rappelant que l’immigration francophone est essentielle à la vitalité et à la pérennité de la communauté. Elle insiste sur le fait que ces enjeux ne concernent pas seulement les francophones, mais l’avenir démographique et économique de la province. Des organismes comme la FRAP ont aussi pris position dans ce sens.
À l’approche du scrutin du 19 octobre, l’ACFA a bel et bien l’intention de poursuivre ses actions. Sa présidente précise que son organisme a mis en ligne une section complète d’informations sur le référendum, incluant la version française des questions élaborées par Radio-Canada. Elle encourage les francophones à voter, que ce soit par la poste, par anticipation et, bien sûr, le jour du scrutin. Des séances d’informations pour expliquer les modalités du vote sont également organisées.
Le congrès du centenaire de l’ACFA, qui se déroulera quelques jours avant le référendum, servira également de plateforme pour discuter des enjeux.
Mme Lachance affirme que la majorité des organismes francophones consultés soutiennent la position de son organisme et expriment les mêmes inquiétudes. Elle se dit encouragée par le nombre élevé de demandes de vote par la poste — plus de 600 000 — et par la simplification récente du processus. Elle rappelle toutefois la complexité du scrutin : « Dix questions, c’est dix billets de vote séparés », chacun déposé dans une urne distincte. Aucun résultat partiel ne sera publié, et le dépouillement pourrait prendre jusqu’à 48 heures.
Enfin, elle mentionne n’avoir eu aucun contact direct avec Mitch Sylvestre, figure associée au mouvement indépendantiste, qui s’est défini comme franco-albertain dans une entrevue au Devoir, mais « en anglais ». « C’est son choix et c’est à lui de l’expliquer », dit-elle. D’ailleurs, en dépit de plusieurs demandes écrites par Le Franco au mouvement Stay Free Alberta, afin d’obtenir une entrevue avec son leadeur, celles-ci sont toutes restées lettre morte.
Si le mois d’octobre s’annonce fertile en émotions pour l’ACFA, l’organisme entend bien continuer d’informer les francophones sur le référendum, à la fois inédit par son ampleur, sa complexité et ses conséquences potentielles pour l’avenir linguistique et institutionnel de l’Alberta.