Les nouveaux arrivants francophones souhaitent pour certains conserver la connaissance du français pour leurs enfants. À cet égard, ils choisissent de placer leurs enfants dans les écoles francophones. Pour les établissements, cet afflux de nouveaux élèves entraine une certaine organisation.
La croissance de la population s’est directement observée au sein des établissements scolaires. Selon Annick Turgeon, directrice de l’école francophone Nouvelle Frontière à Grande Prairie, le nombre d’élèves a fortement augmenté dans son établissement au cours des années précédentes. « Nous avons, beaucoup de familles qui viennent du Maroc, de Tunisie, d’Algérie, de Mauritanie, du Sénégal ou de Côte d’Ivoire, entre autres », développe-t-elle. De ce fait, les écoles francophones se retrouvent avec une grande diversité d’élèves. C’est particulièrement le cas à Grande Prairie :
J’entends souvent qu’on est plus multiculturels que d’autres écoles. Même au sein du conseil scolaire nord-ouest (CSNO), nous sommes l’école avec le plus de diversité. C’est une vraie richesse
La plupart des familles qui choisissent les écoles francophones cherchent à garder une culture francophone pour leurs enfants. Ce sont souvent des élèves qui proviennent d’anciennes colonies françaises et qui sont allés à l’école en français avant d’arriver au Canada. Ces familles ont une volonté de transmettre leur culture linguistique et les enfants développent un sentiment d’appartenance à travers leur langue. D’ailleurs, le CSNO souligne le rôle essentiel de l’école francophone dans la transmission culturelle. Sur leur site internet, on peut lire ; « l’école française langue première se distingue des écoles du système d’éducation albertain, comme l’institution privilégiée qui assure la transmission de la langue et de la culture de la communauté francophone ».
Pour autant, cette diversité pose également des problématiques concernant le niveau d’éducation des nouveaux arrivants. Si la plupart ont un bon niveau de français, le niveau d’anglais varie d’un élève à l’autre. C’est parfois plus difficile pour les enfants qui arrivent à un âge avancé, à partir de la 10e année. « C’est un peu le défi », explique Annick Turgeon. À Nouvelle Frontière, une enseignante est chargée de créer un programme des ressources, avec des façons d’évaluer les élèves en anglais langue seconde. L’objectif est de leurs apporter une aide spécifique afin de les préparer au postsecondaire.
Étudiants au Campus Saint-Jean
Le Campus Saint-Jean regroupe la diversité de la francophonie
Au Campus Saint-Jean d’Edmonton, l’augmentation du nombre d’étudiants s’est également fait ressentir. Depuis 2022, le nombre d’inscrit a plus que doublé, passant de 650 en 2022 à 1554 inscrits cette année, selon le Professeur Jason Carey, doyen de l’Université. « Lorsque je suis arrivé ici, on était à peu près à deux tiers d’étudiants issus de l’immigration française albertaine, maintenant ils sont majoritairement issus de l’immigration récente africaine », continue-t-il. « Aujourd’hui, la moitié des étudiants proviennent des écoles francophones étrangères, un tiers provient des écoles d’immersion francophones et les derniers des écoles francophones canadiennes. » Afin d’accueillir cette diversité, le Campus cherche à créer les meilleures conditions d’accueil pour les francophones. La Centrale en est un bon exemple ; un service conçu pour soutenir les étudiants dans leur parcours académique et professionnel. Ce centre fournit une aide aux étudiants, notamment pour les affaires académiques, la vie étudiante et le parcours professionnel. En effet, beaucoup d’étudiants francophones nouvellement arrivés en Alberta pour leurs études rencontrent des difficultés avec l’administration albertaine. Pour cela, Kroutoume Guilavogui, Navigatrice des personnes étudiantes internationales au Campus Saint-Jean, oriente les étudiants vers des services ou les organismes francophones qui peuvent leurs apporter de l’aide. « Il y a tout un processus qui est mis en place pour prendre rendez-vous et discuter avec moi. Avec mes collègues, nous sommes comme un point de référence lorsqu’ils ont besoin d’un service et ne savent pas où le trouver ».
Mais ici aussi, le problème est l’anglais :
On a des cours pour s’assurer qu’ils deviennent bilingues. On veut les préparer pour le monde de l’Alberta, où le bilinguisme est absolument vital
Les critères d’exigence en anglais de l’Université Saint-Jean ne sont pas à l’entrée, mais à la sortie. Les étudiants doivent atteindre le seuil d’anglais 30 au niveau secondaire de la province. Pour Jason Carey, le fait d’avoir deux communautés anglophone et francophone est un véritable avantage pour l’Université. « Le campus n’est pas très grand, c’est facile de rencontrer du monde, de discuter avec des professeurs, de garder notre langue, le français, et d’apprendre une nouvelle langue. On prépare les étudiants à être des leadeurs bilingues, des francophonies canadiennes et mondiales. »
Lexique
Bilinguisme : La capacité pour un individu de parler couramment deux langues, ou la situation d’une communauté où deux langues sont employées de façon concurrente
Postsecondaire : désigne l’ensemble des formations et des études supérieures suivies après avoir réussi ou terminé l’école secondaire.