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le Mardi 19 mars 2024 21:10 Arts et culture

Au Campus Saint-Jean, la littérature noire et francophone était à l’honneur

Charlie Mballa présente le professeur Malé Fofana, de l'Université Bishop's à Sherbrooke, qui a présenté un discours intitulé «Cheikh Anta Diop et l'engagement politique». Photo: Aidan Macpherson.
Charlie Mballa présente le professeur Malé Fofana, de l'Université Bishop's à Sherbrooke, qui a présenté un discours intitulé «Cheikh Anta Diop et l'engagement politique». Photo: Aidan Macpherson.
(IJL-Réseau.Presse-Le Franco) - Le 26 février dernier, le Groupe de recherche sur les Afriques et l'Amérique latine (GRAAL) et le ciné-club Lanterna Magica du Campus Saint-Jean ont conjointement organisé un symposium commémorant certains écrivains célèbres de l'Afrique et des Caraïbes. Intitulé Aux grands héros noirs, le GRAAL reconnaissant…, cette initiative a facilité la lecture de textes, la projection de quelques passages d'une œuvre cinématographique et une réflexion approfondie sur l'importance de ces témoins contemporains de l’histoire.
Au Campus Saint-Jean, la littérature noire et francophone était à l’honneur
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De gauche à droite : Kodzovi Amegbo, Bernard Salva, Joseph Onguene et Charlie Mballa discutant de la pièce de théâtre Une saison au Congo d’Aimé Césaire autour de rafraîchissements. Photo : Aidan Macpherson

Malgré une tempête de neige, la veille au soir, qui avait rendu les routes périlleuses, des professeurs et des étudiants avides de connaissances se sont réunis dans l’auditorium Gertrude Laing. Accueillis par l’odeur réconfortante du café et des biscuits, ils ont pu prendre connaissance du programme pour cette journée de célébrations. Conférences, discussions et présentations de certaines œuvres de géants littéraires se faisaient la part belle.

En préambule, Charlie Mballa, l’organisateur principal du symposium, explique avec philosophie son choix du titre de l’événement. «En fait, c’est un clin d’œil à la devise du Panthéon», cette bâtisse parisienne emblématique qui rend hommage aux grands personnages de l’histoire de France, à quelques mètres de l’Université Paris-Panthéon-Assas (Paris II), là où il a effectué ses études. Les mots «Aux grands hommes la patrie reconnaissante», gravés sur le fronton du monument parisien, ont inspiré la thématique de la soirée.

Professeur en science politique au Campus Saint-Jean, Charlie Mballa est membre du GRAAL, un consortium de chercheurs fondé en 2018 et dédié à l’analyse «des transformations qui se font en Afrique et en Amérique latine» et à l’étude des conditions dans lesquelles «ces deux régions s’insèrent dans les tendances mondiales». Plusieurs personnalités présentées dans le cadre de ces célébrations ont elles aussi fréquenté les universités parisiennes.

C’est notamment le cas de Cheikh Anta Diop, un historien sénégalais connu pour ses recherches sur son continent natal qui a étudié à l’Université Paris I. De son côté, Malé Fofana, professeur à l’Université Bishop’s à Sherbrooke, a partagé lors d’une courte présentation virtuelle quelques commentaires sur l’engagement politique de cet intellectuel estimé et reconnu qui a donné son nom à l’université principale de Dakar.

Par la suite, Mireille Isidore, professeure au Campus Saint-Jean, a débuté la lecture de différents textes. Elle avait sélectionné trois écrivains caribéens : Joseph Zobel, Dany Laferrière et Marie-Célie Agnant. On retiendra notamment l’extrait du roman Le cri des oiseaux fous de Dany Laferrière qui décrit l’amour de l’écriture et la capacité de la plume à «rendre une ambiance» et à «[faire] vivre une situation avec des phrases». Cette lecture a mis de l’avant la prouesse littéraire de ces auteurs.

De gauche à droite : Kodzovi Amegbo, Bernard Salva, Joseph Onguene et Charlie Mballa discutant de la pièce de théâtre Une saison au Congo d’Aimé Césaire autour de rafraîchissements. Photo : Aidan Macpherson

Le théâtre a une place à part

Si le GRAAL a mis en lumière certains «héros» noirs, sa collaboration avec le ciné-club Lanterna Magica (lanterne magique) du Campus Saint-Jean l’a enrichi d’autres activités. Bernard Salva, son créateur, est aussi professeur de théâtre et acteur-metteur en scène au Campus Saint-Jean. Il était d’ailleurs très fier de partager cette célébration, alors qu’il énumérait la mission de cet organisme voué au partage d’œuvres cinématographiques avec la communauté étudiante et professorale. 

D’après Bernard Salva, le film peut être interprété comme une démarche qui mène à la réflexion sur des sujets sociétaux. Raison pour laquelle il a choisi de mettre en valeur la pièce de théâtre Une saison au Congo d’Aimé Césaire, écrivain français originaire de la Martinique, qu’il décrit comme «une grande figure de l’émancipation mondiale». 

Cofondateur du mouvement de la négritude qui met au premier plan l’homme noir et désavoue l’héritage du colonialisme européen, son œuvre met en scène la création de la République démocratique du Congo au début des années 1960, une période tumultueuse et sanglante pour ce pays naissant. La pièce d’Aimé Césaire explore les derniers mois de la vie de Patrice Lumumba, alors premier ministre de cette jeune démocratie, ainsi que les conflits adjacents à la fin de la domination belge sur le territoire. 

L’exploration de cette œuvre a débuté par une courte interprétation de trois extraits de la pièce par deux étudiants du Théâtre à l’Ouest, Dimitri Laurent et Daniel Morgan Munga. Ils ont incarné à tour de rôle Patrice Lumumba, son successeur Joseph-Désiré Mobutu et quelques banquiers européens inquiets de l’indépendance congolaise en raison de leur cupidité. Un aperçu réaliste des tensions qui ont caractérisé l’époque de décolonisation. Par la suite, le dramaturge a projeté quelques minutes de l’œuvre capturée cette fois-ci sur pellicule.

Une lecture à voix haute de la pièce de théâtre «Une saison au Congo» d’Aimé Césaire. De gauche à droite : Dimitri Laurent, Daniel Morgan Munga, Bernard Salva. Photo : Aidan Macpherson

Un moment de réflexion approfondie

Finalement, les participants ont pu échanger autour d’un rafraîchissement. Kodzovi Amegbo, étudiant de maîtrise au Campus Saint-Jean, confie être «énormément intéressé» par le GRAAL et ses activités. «Personnellement, c’est une chose qui m’intéresse au regard de leur orientation et de tout ce qu’ils font comme travail abattu», partage-t-il, enthousiasmé par l’événement.

Charlie Mballa s’interroge sur les conséquences d’un tel visionnement de l’œuvre et la manière dont ces «événements historiques peuvent construire une identité» à l’étranger, mais aussi «ici, en Alberta». Il soulève certaines questions abordées par la pièce comme «la participation» civique et «la fonction même du pouvoir», notant que «les gens se battent encore aujourd’hui pour leur liberté» tout comme les Congolais d’une génération passée.

GlossaireNégritude : Courant littéraire anticolonial et de nationalisme noir