le Vendredi 12 avril 2024

Il était une fois, dans le monde des calendriers, une année qui se nommait 2020. Cette année n’était pas comme les autres, ses camarades 2019 ou encore 1870 la nommaient «l’étrange année». 2020 était ce que l’on peut dire le vilain petit canard. 

Dès ta naissance, tu as voulu partager ta flamme pour l’Australie, seulement, tu t’en es très mal pris. Puis, en toute innocence, tu as décidé de casser les codes de la famille royale, de parer le monde avec diverses manifestations, de faire exploser un port, d’ancrer des tensions entre certains pays, de déplacer les JO, de faire écraser des avions et, pour couronner le tout, tu as saupoudré le monde d’une pandémie.

En résumé, chère 2020, tu t’es attaquée à l’environnement, à l’économie, à la politique, à la santé, mais aussi aux droits des Hommes. Qu’as-tu à dire pour ta défense ? Rien, 2020 n’a pas besoin de se défendre. Pourquoi ? Et bien si tu connais l’histoire du vilain petit canard, tu sais que ce dernier va devenir un magnifique cygne. 

C’est pourquoi je vous propose d’aller à la découverte de ce poème.

Le cygne a été écrit en 1869 par le poète français Sully Prudhomme. Ce poème nous permet de nous mettre dans la peau de cet animal élégant. On peut constater d’une part, avec l’antithèse «soleil» / «nuit», que ce poème se découpe en deux mondes : un monde diurne et un monde nocturne. 

Ce découpage peut faire référence au passage de l’année 2020 à l’année 2021 puisque nous aimerions que cette dernière soit «éclatante». Aussi, l’utilisation de termes mélioratifs tels que «gracieux» nous permet de comprendre pourquoi le cygne est un animal fascisant : il semble si serein à la surface de l’eau alors qu’en réalité il est en train de travailler dur en utilisant ses palmes. 

Cela nous rappelle que si nous voulons faire de 2021 un cygne, nous allons devoir travailler et ne surtout pas baisser les bras. Pour finir, souhaitons la bienvenue à 2021, car c’est à son tour de nous montrer de quoi elle est capable.

À lire aussi : « QUI ES-TU ? »

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Le cygne

Sully Prudhomme 

 

Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,

Le cygne chasse l’onde avec ses larges palmes,

Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil

À des neiges d’avril qui croulent au soleil;

Mais, ferme et d’un blanc mat, vibrant sous le zéphire,

Sa grande aile l’entraîne ainsi qu’un lent navire.

Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,

Le plonge, le promène allongé sur les eaux,

Le courbe gracieux comme un profil d’acanthe,

Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante.

[…]

L’oiseau, dans le lac sombre où sous lui se reflète

La splendeur d’une nuit lactée et violette,

Comme un vase d’argent parmi les diamants,

Dort, la tête sous l’aile, entre deux firmaments.

Cet article fut publié dans l’édition du 14 janvier 2021 en page 9.

Qui es-tu ? Euh… D’où viens-tu alors ? Euh… Bon, que fais- tu dans la vie ? Euh… ”. Ayant déménagé et voyagé à de nombreuses reprises, j’ai souvent eu à confronter ces questions. Certaines personnes les posent de manière anodine tandis que d’autres essaient de vous déstabiliser. Il semble difficile, voire impossible de trouver une réponse à ces questions. Néanmoins, existe-t-il une convention qui nous obligerait à se définir en un mot ? Négatif. Tu es plusieurs choses à la fois. Recommençons !

Qui es-tu ? Je suis la fille de mes parents, mais aussi la sœur de mes frères. Je suis une élève, mais je suis aussi une future étudiante. Je suis mes qualités, mais je suis aussi mes défauts. D’où viens-tu ? Je suis née en Afrique, j’ai vécu en France et au Canada, mais je suis aussi une fille de la Terre. Que fais- tu dans la vie ? Je me bats tout en me découvrant chaque jour. Je m’amuse tout en prenant en compte mes responsabilités”. Et vous, qui êtes-vous ? 

C’est pour cela que je vous propose cet extrait de poème qui nous prouve que l’on peut se définir de mille et une façons. 

Qui es-tu ?” est un poème du poète, auteur-compositeur chanteur et guitariste camerounais, Francis Bebey qui est décédé en 2001 à l’âge de 72 ans. Ce personnage a su mêler poésie et musique afin de produire des œuvres époustouflantes. Dans ce poème, un certain Mamadi est interrogé par un inconnu. Tout d’abord, la répétition de “Je suis” à chaque paragraphe permet d’insister sur les différentes facettes de Mamadi. Ce dernier se définit comme le fils de son père mais aussi comme un griot. Malgré l’insistance de son interlocuteur, Mamadi n’a pas peur ou honte de répondre aux questions : “m’entends-tu ?”. Aussi, on constate, avec la comparaison “comme l’était mon père”, que se définir peut tout simplement passer par une ressemblance avec une autre personne inspirante. Ici, cette ressemblance fait la fierté de Mamadi.

Alors, chers/ères lecteurs/trices, soyez fiers de vous-même et n’essayez pas de vous définir en un mot, il vous sera difficile. Essayez plutôt de jouer sur votre versatilité. Enfin, si vous n’arrivez toujours pas à vous définir, raisonnez à l’inverse : “Je suis ce que je ne suis pas”.  Bonne chance !


 

Qui es-tu ?

Francis Bebey

Qui es-tu ?

Je suis Mamadi, fils de Dioubaté.

D’où viens-tu ?

Je viens de mon village.

Où vas-tu ?

À l’autre village.

Quel autre village ?

Quelle importance ?

Je vais partout, là où il y a des hommes,

C’est ainsi ma vie.

 

Que fais-tu dans la vie ?

Je suis griot, m’entends-tu ?

Je suis griot, comme l’était mon père,

Comme l’était le père de mon père,

Comme le seront mes enfants

Et les enfants de mes enfants.

Je suis griot pour vivre comme aux temps anciens

Des feux de joie et des danses rituelles

Et chanter les hauts faits du vaillant guerrier

Et la bonté du riche

Qui laisse son miel couler dans ma calebasse

Et son mil joncher le sol de ma case.

Je suis griot, m’entends-tu ?

[…]

Je suis enfant de Guinée,

Je suis fils du Mali,

Je sors du Tchad ou du fond du Bénin,

Je suis enfant d’Afrique…

[…]

 

«Quand Baudelaire rencontre Hippocrate…»

Toute l’équipe du journal Le Franco remercie Nahida Mohamadou pour son talent et sa passion pour la poésie. Nous lui souhaitons bonne chance pour son retour en France et ses nouvelles aventures à la Faculté de médecine.