le Vendredi 19 avril 2024
le Mercredi 27 septembre 2023 11:17 Calgary

La situation économique actuelle pèse lourd sur les universitaires

Taylor Good (à gauche), qui chapeaute le programme de petits déjeuners gratuits au Campus Saint-Jean, en compagnie de Jillian Aisenstat (vice-présidente de la vie étudiante, AUFSJ) et Lauren Fesenko (conseillère, AUFSJ). Photo : Courtoisie
Taylor Good (à gauche), qui chapeaute le programme de petits déjeuners gratuits au Campus Saint-Jean, en compagnie de Jillian Aisenstat (vice-présidente de la vie étudiante, AUFSJ) et Lauren Fesenko (conseillère, AUFSJ). Photo : Courtoisie
(IJL-RÉSEAU.PRESS-LE FRANCO) - Alors que la rentrée universitaire bat son plein, la hausse du coût de la vie, la crise du logement et l’inflation persistante font craindre le pire à certains étudiants albertains. Ils redoutent de se retrouver à nouveau piégés dans un cycle d’insécurité financière.
La situation économique actuelle pèse lourd sur les universitaires
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Arlington Antonio Santiago est un étudiant trilingue d’origine colombienne qui occupe le poste de vice-président opérations et finances pour l’association étudiante de l’Université de Calgary. Photo : Courtoisie

«Quand je parle aux étudiants, on a tous le même sentiment de frustration. On se sent abandonnés par le gouvernement. Même en travaillant à temps plein, les salaires ne sont pas assez élevés pour compenser la hausse du coût de la vie et les pressions inflationnistes», relate d’entrée de jeu Arlington Antonio Santiago, un étudiant trilingue qui occupe le poste de vice-président opérations et finances de l’association des étudiants de l’Université de Calgary

Il confie avoir décidé de retourner vivre chez ses parents pour éviter de payer un loyer en plus de ses autres charges financières, un privilège que pourtant peu d’étudiants peuvent se permettre s’ils viennent de l’extérieur de la ville. «On a les mains [liées] derrière le dos parce qu’on doit faire face à des facteurs qui sont hors de notre contrôle. On fait de notre mieux pour trouver des solutions. Mais beaucoup d’étudiants me disent qu’ils ne savent pas comment ils vont s’organiser pour manger la semaine prochaine ou pour couvrir leur loyer», laisse tomber ce Colombien d’origine. 

Il faut dire qu’à l’instar de nombreuses autres villes canadiennes, Calgary et Edmonton connaissent une augmentation constante du prix des loyers depuis quelques années, ce qui pose un défi majeur aux étudiants qui perçoivent, en majorité, un salaire minimum de 15$. «Réalistement, avec nos jobs au Tim Hortons et au Walmart, on ne gagne donc pas assez pour vivre seul. Et si on veut trouver un logement abordable, il faut vivre à l’autre bout de Calgary et ça prend deux heures de transport pour se rendre à l’école. C’est décourageant», renchérit Arlington.

Selon un rapport publié par le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), une personne doit gagner un salaire horaire de 24,65$ pour se permettre de louer un appartement d’une chambre à Calgary. À Edmonton, ce chiffre descend à 20,89$, un montant qui dépasse toutefois largement le salaire minimum provincial. 

Le ministère de l’Enseignement supérieur explique, de son côté, reconnaître les défis que pose le logement et affirme travailler avec «tous ses partenaires» pour explorer des solutions à la fois à court et long terme pour les étudiants. «Pour alléger la pression sur les budgets des étudiants pour l’année universitaire à venir, nous avons également augmenté le montant mensuel de la bourse d’études de l’Alberta pour les étudiants à temps plein à 425$», explique la ministre Rajan Sawhney par voie de communiqué.

Erin O’Neil est la directrice générale de la Campus Food Bank, la banque alimentaire étudiante de l’Université de l’Alberta. Photo : Courtoisie

Insécurité alimentaire galopante

Cependant, les mesures mises en place par le gouvernement albertain ne semblent pas suffire pour apporter de la tranquillité d’esprit aux universitaires. Un nombre croissant d’entre eux se retrouvent confrontés à de l’insécurité alimentaire. En effet, au cours de la dernière année, les banques alimentaires dans les établissements postsecondaires albertains ont vu leur demande augmenter de manière exponentielle.

À la Campus Food Bank de l’Université de l’Alberta, ce sont près de 1500 personnes qui sont servies chaque mois depuis le début de l’été 2023. Cela équivaut à une augmentation de plus de 140% par rapport à l’an dernier. «Ce qu’on voit sur le terrain, c’est que l’insécurité alimentaire a un énorme impact sur la santé mentale des étudiants», explique la directrice générale de la banque alimentaire, Erin O’Neil. 

D’après elle, la demande risque de connaître une nouvelle augmentation en septembre, en raison de la rentrée universitaire. De nouveaux clients pourraient donc s’ajouter à la liste déjà bien garnie de l’organisme. «Ce n’est pas soutenable à long terme», affirme tout simplement la directrice générale en rappelant que la banque alimentaire étudiante doit déjà dépenser 10 000$ par mois pour répondre aux besoins des clients actuels. Ce budget a triplé en trois ans, affirme Erin. Dans ce contexte, elle rappelle que les dons en argent de la population sont grandement appréciés. «Ça nous permet d’acheter des palettes de denrées alimentaires.» 

Selon les renseignements recueillis par la Campus Food Bank, la population la plus exposée à l’insécurité alimentaire est principalement constituée d’étudiants internationaux inscrits aux cycles supérieurs. Erin souligne cette tendance en précisant que 70% des clients de la banque alimentaire sont des étudiants internationaux et qu’environ 70% de la clientèle étudie également aux cycles supérieurs. «Ce n’est pas une corrélation parfaite, mais ces deux données se joignent souvent», note-t-elle.

La demande a explosé à la Campus Food Bank depuis un an. Près de 1500 personnes ont recours à ce service chaque mois. Photo : Courtoisie

Ces étudiants seraient notamment mal informés sur le coût de la vie actuel en Alberta et leur statut ne leur permet de travailler que 20 heures par semaine pour subvenir à leurs besoins. «De ce qu’on voit, les étudiants internationaux ne préparent pas des budgets réalistes pour leur logement, leur transport et leur épicerie. Ils manquent d’informations factuelles. Par exemple, leurs budgets ne tiennent pas compte de l’inflation. Alors, ils sont pris au dépourvu lorsqu’ils arrivent ici», explique Erin. 

L’insécurité s’immisce aussi au Campus Saint-Jean

Depuis l’année dernière, le Campus Food Bank collabore aussi avec l’Association des Universitaires de la Faculté Saint-Jean (AUFSJ) pour offrir des services particuliers aux étudiants francophones qui font face à de l’insécurité alimentaire. Selon Taylor Good, le coprésident de l’AUFSJ qui chapeaute ce programme de petits déjeuners gratuits, la demande est de plus en plus élevée pour ce genre de services.

«On reçoit 120 étudiants par semaine. Cela témoigne de combien de personnes pourraient avoir sauté un repas si ce service n’était pas disponible. Plusieurs étudiants utilisent notre programme de petits déjeuners gratuits parce que les ressources financières qui sont à leur disposition ne sont pas suffisantes pour combattre l’augmentation du coût de la vie», mentionne-t-il. 

Au total, ce sont 2265 repas qui ont été distribués pendant l’année universitaire 2022-2023. De plus, un autre programme sera également mis en place cette année pour permettre aux étudiants du Campus de se déplacer dans les épiceries du coin sans avoir besoin d’utiliser les transports en commun ou une voiture. «On va avoir un autobus chaque dimanche qui pourra amener les étudiants aux épiceries du coin», conclut Taylor Good.

Glossaire – Garni : être rempli