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le Vendredi 17 novembre 2023 17:38 Chronique

Faire bouger nos enfants devient urgent

Les Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures pour les enfants et les jeunes recommandent de faire en moyenne 60 minutes d’activité physique d’intensité moyenne à élevée par jour. Photo : Oleksandr P – Pexels
Les Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures pour les enfants et les jeunes recommandent de faire en moyenne 60 minutes d’activité physique d’intensité moyenne à élevée par jour. Photo : Oleksandr P – Pexels
(Francopresse) - Nos enfants ne bougent pas assez. Ce constat n’est pas nouveau, mais il ne s’arrange pas avec le temps, au point d’en devenir alarmant.
Faire bouger nos enfants devient urgent
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Timothée Loubière est journaliste pupitreur au quotidien Le Devoir. Avant de poser ses valises au Québec en 2022, il était journaliste sportif en France, notamment au journal L’Équipe.

Alors que les Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures recommandent de faire en moyenne 60 minutes d’activité physique d’intensité moyenne à élevée par jour, on est loin du compte.

Selon le Bulletin de l’activité physique de 2022 chez les enfants et les jeunes de ParticipACTION, seuls 28 % des enfants âgés de 5 à 17 ans respectent cette préconisation. Un score en baisse de 11 % par rapport au précédent Bulletin de l’organisme.

Pire encore, seuls 16,5 % des enfants ne dépassaient pas la durée maximale de deux heures par jour recommandée pour le temps d’écran. Plus de temps d’écran, moins d’activité physique. Il va sans dire que l’équation est mal équilibrée. Et néfaste pour la santé des principaux concernés.

Espérance de vie et santé mentale

Les bienfaits de l’activité sportive chez les jeunes ne sont plus à démontrer : développement des habiletés motrices, meilleure santé osseuse, diminution du risque d’obésité et des risques cardiovasculaires… On ne le répètera jamais assez : pour vivre longtemps et en bonne santé, le sport est essentiel.

On a tous connu la difficulté de se remettre au sport après une longue coupure. Autant donc acquérir les bonnes pratiques dès un jeune âge.

D’autant que nos mauvaises habitudes de vie commencent à avoir des répercussions concrètes. Pour la deuxième année de suite, l’espérance de vie a diminué au Canada. L’une des causes principales de ce recul est attribuée aux maladies du cœur, que la pratique sportive tend pourtant à repousser.

Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est que la pratique sportive a d’importants bénéfices sur le développement cognitif des enfants. Ceux qui sont actifs auraient plus de facilité à l’école. Ils dépenseraient leur trop-plein d’énergie pour ensuite être plus concentrés en classe.

Mieux, une récente étude montre que la pratique des sports collectifs améliore la santé mentale des enfants.

«Le contexte social que procurent les sports d’équipe favorise souvent un sentiment intrinsèque chez l’enfant selon lequel le groupe de pairs de l’activité est une partie intégrante de son réseau social, et il contribue même au développement de son identité», écrivent les auteurs de l’étude, Charles-Étienne White-Gosselin et François Poulin.

Avec un sport d’équipe, le jeune développe un sentiment d’appartenance à un groupe, ce qui limite le développement de symptômes dépressifs.

Le rôle de l’école

Mens sana in corpore sano. Cet adage latin (un esprit sain dans un corps sain) nous invite à nous préoccuper autant de notre santé physique que de notre santé mentale. Comment expliquer alors que l’école est bien davantage un temple de l’esprit qu’un temple du corps?

Cette institution incontournable dans le développement de nos enfants ne devrait-elle pas se soucier un peu plus de leur santé physique, comme le demande l’universitaire québécois Normand Baillargeon, spécialiste de l’éducation?

Au Québec, le ministère de l’Éducation recommande aux écoles primaires d’offrir deux heures par semaine d’éducation physique aux enfants. Une cible plutôt modeste, surtout si on la met en perspective avec les 60 minutes quotidiennes recommandées par les Directives canadiennes en matière de mouvement.

Pourtant, s’il est difficile de trouver des données très à jour sur le sujet, près d’un tiers des établissements n’arrivaient pas à assurer ce minimum en 2013, selon une étude de l’Université de Sherbrooke.

Les excuses sont multiples : trop d’élèves, pas assez d’installations sportives, des parents réfractaires…

Toujours est-il qu’au vu de l’importance du sujet, les efforts fournis semblent bien dérisoires. Même si – il est toujours bon de le rappeler – l’activité des enfants ne se borne pas à l’enceinte de l’école et que les parents, ainsi que les clubs extrascolaires, ont leur rôle à jouer.

Le modèle slovène

Peut-être que le Canada pourrait s’inspirer d’un modèle qui a fait ses preuves. En tournant son regard vers un tout petit pays d’Europe, la Slovénie.

Dans cet État de 2,1 millions d’habitants, niché entre l’Italie, l’Autriche, la Croatie et la Hongrie, les élèves du primaire et du secondaire (environ 220 000 enfants) sont évalués annuellement sur la base d’une dizaine de tests d’aptitude sportive. Le but? «Amener toute la population à un haut niveau de développement physique et moteur.»

Par effet de ricochet, la Slovénie sort depuis quelques années un nombre de champions anormalement élevé pour un pays aussi peu peuplé. Signe que cette approche paie. Luka Doncic (basketball), Tadej Pogacar et Primoz Roglic (cyclisme) ou encore Janja Garnbret (escalade) font tous partie des tout meilleurs mondiaux dans leur discipline.

L’ex-triathlète canadien Pierre Lavoie, très sensible au sujet du développement de l’activité sportive, souhaiterait que l’on s’inspire de ce modèle. «Ce que j’aime, c’est que pour eux, les champions sont issus d’un système d’inclusion, pas d’un système d’exclusion», a-t-il ainsi déclaré à La Presse.

Car il ne faut pas oublier que la fabrique des champions est la partie immergée de l’iceberg et n’est pas une fin en soi. Le plus important est de rapprocher de la pratique ceux qui en sont les plus éloignés.

Si le modèle de la Slovénie peut être source d’inspiration, mieux vaut ainsi tourner le dos de celui du voisin américain, qui fait la part belle à l’excellence.