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le Lundi 18 septembre 2023 19:04 Économie

Les changements climatiques font-ils vraiment gonfler le prix de l’assurance?

Les phénomènes météorologiques extrêmes continueront d’avoir une incidence sur les primes d’assurance au cours des prochaines années. Photo : Alberta Wildfire - Facebook
Les phénomènes météorologiques extrêmes continueront d’avoir une incidence sur les primes d’assurance au cours des prochaines années. Photo : Alberta Wildfire - Facebook
(IJL - RÉSEAU.PRESSE - LE FRANCO) - Il est encore trop tôt pour déterminer avec certitude si les inondations et les feux de forêt qui ont ravagé l’Alberta au cours du printemps et de l’été auront des répercussions directes sur le coût de l’assurance habitation. Mais devant l’accélération des phénomènes météorologiques extrêmes, les résidents de la province doivent se préparer à voir leurs primes continuer à suivre une trajectoire ascendante au cours des années à venir.
Les changements climatiques font-ils vraiment gonfler le prix de l’assurance?
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«On ne peut pas encore déterminer précisément l’impact des événements météorologiques de cette année, car le coût total des réclamations n’a pas encore été établi. Et cette variable a le potentiel d’influencer les primes de manière significative», explique d’entrée de jeu Rob de Pruis, le directeur national des Relations avec les consommateurs et l’industrie du Bureau d’assurance du Canada (BAC).

Malgré les incertitudes, il y a une lueur d’espoir pour les détenteurs d’assurances, dit-il. Les pertes matérielles cette année n’ont pas été aussi dramatiques que les années précédentes, ce qui pourrait apaiser le bilan. L’expert rappelle d’ailleurs que les événements météorologiques majeurs ne conduisent pas nécessairement à une augmentation des primes dans une province donnée. «Tout dépend du coût des dommages. Par exemple, cette année, la météo n’a pas occasionné d’énormes pertes pour des dommages assurés, ce qui est positif pour les propriétaires», analyse Rob. 

En comparaison, des événements passés ont généré des réclamations records en Alberta. Par exemple, l’année 2016 a été particulièrement catastrophique pour les Albertains, alors que l’incendie de Fort McMurray a engendré des dommages matériels assurés d’environ 3,7 milliards de dollars selon Statistique Canada. La communauté francophone avait été durement éprouvée par ce désastre : le quartier d’Abasand, où se trouvait la majorité de leurs infrastructures, avait été réduit en cendres. Les inondations de 2013 suivent de près dans les dépenses majeures avec des réclamations atteignant 1,9 milliard de dollars. 

Rob de Pruis est le directeur national des Relations avec les consommateurs et l’industrie du BAC.  Photo : Courtoisie

Des primes d’assurances en hausse sur la décennie

Au total, dans l’histoire, quatre des sept pertes assurées les plus coûteuses occasionnées par des catastrophes naturelles se sont produites en Alberta. Mais la province de la rose sauvage n’est pas la seule à faire face à une intensification des phénomènes météorologiques extrêmes et à subir les conséquences qui en découlent, en termes de réclamations. «C’est une tendance partout au Canada. Notre pays devient un endroit de plus en plus dangereux pour faire des affaires. C’est très préoccupant», explique le directeur national du BAC.

En outre, au cours de la dernière décennie, l’industrie de l’assurance canadienne a versé en moyenne 2,2 milliards de dollars par année pour couvrir les coûts liés aux catastrophes naturelles. Ce montant dépasse largement celui de la décennie précédente qui était évalué à «632 millions de dollars». L’année dernière, ce sont pas moins de 3,1 milliards de dollars qui ont été versés à des particuliers pour des événements météorologiques graves. «Le rythme s’accélère», mentionne Rob de Pruis, d’un air soucieux. 

Ce qui inquiète aussi, c’est que cette tendance à la hausse dans les réclamations s’est directement traduite par une hausse des coûts des primes d’assurance habitation en Alberta tout comme ailleurs au pays. D’après un rapport publié par Ratesdotca, la prime moyenne d’assurance habitation annuelle a augmenté de 140% en Alberta au cours de la dernière décennie pour atteindre la somme de 1779$. En comparaison, celle-ci était de 741$ en 2011.

Toujours selon ce rapport, cette augmentation est liée à la croissance des réclamations en lien avec des phénomènes météorologiques. «À mesure que les catastrophes naturelles liées aux changements climatiques s’accélèrent […], les propriétaires canadiens en ressentiront l’impact financier», peut-on y lire.

Les phénomènes météorologiques ne sont pas les seuls responsables

Plusieurs autres facteurs doivent être également pris en compte lorsqu’on aborde l’augmentation de l’assurance habitation, assure Rob. Parmi ces derniers figurent les accidents de voiture, les cambriolages résidentiels et l’inflation. Les conditions météorologiques constituent donc une pièce d’un puzzle beaucoup plus vaste.

«Ce qui a beaucoup joué dans les dernières années, c’est qu’avec l’inflation, la valeur de remplacement des maisons a explosé. Et si cette donnée augmente, elles font grimper en flèche les primes d’assurance. Le coût des matériaux augmente, tout augmente. C’est normal que les primes suivent cette même tendance», conclut l’expert.

Glossaire – Apaiser : adoucir, calmer