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le Jeudi 23 novembre 2023 14:05 Économie

Travailler ensemble pour nourrir nos aînés qui vivent de l’insécurité

Les difficultés de mobilité des aînés est une des variables à considérer lorsque l’on parle d’insécurité alimentaire. Photo : Victoriano Izquierdo - Unsplash.com
Les difficultés de mobilité des aînés est une des variables à considérer lorsque l’on parle d’insécurité alimentaire. Photo : Victoriano Izquierdo - Unsplash.com
(IJL-RÉSEAU.PRESSE-LE FRANCO) - L’insécurité alimentaire chez les aînés albertains atteint des sommets préoccupants ces derniers temps, alors que les demandes de paniers alimentaires ont connu une croissance d’un bout à l’autre de la province. Pour y faire face, des initiatives de solidarité communautaire doivent être préconisées et commencent déjà à être mises en place au sein de la francophonie.
Travailler ensemble pour nourrir nos aînés qui vivent de l’insécurité
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Melissa From est la PDG de la Calgary Food Bank. Photo : Courtoisie

À la banque alimentaire de Calgary, les demandes d’aide des aînés ont augmenté de 26,8 % sur une période de douze mois. Entre juillet et septembre 2023, ils étaient près de 2000 aînés à avoir recours aux services de la Calgary Food Bank, affirme la présidente-directrice générale de l’organisme, Melissa From. «Pour mettre cette situation en perspective, l’année dernière, on comptait environ 500 demandes de moins pour les mêmes dates», ajoute-t-elle.

La raison la plus fréquemment évoquée par les aînés lorsqu’ils formulent une demande d’aide alimentaire est le caractère insuffisant de leurs prestations de retraite annuelles fixes qui ne leur permettent pas de «couvrir toutes leurs dépenses». «Je pense que ce qu’on remarque, c’est qu’avec l’inflation, l’augmentation du prix des loyers et ce qu’on pourrait définir plus globalement comme l’augmentation générale du coût de la vie, les personnes qui ont un revenu fixe n’ont plus aucune marge de manœuvre financière», illustre Melissa.

En outre, parmi les clients âgés de la banque alimentaire, 18% sont encore sur le marché du travail, mais ne disposent pas de ressources suffisantes pour subvenir à leurs besoins alimentaires. Une situation qui pourrait s’améliorer si l’inflation se stabilise, estime ce pilier de l’entraide. «On constate déjà des signes de stabilisation, ce qui est encourageant, mais avec l’approche de l’hiver et l’augmentation des coûts de l’énergie, j’espère qu’on ne retombera pas à la case zéro», souligne-t-elle.

La diététicienne Céline Bossé préconise une approche communautaire pour réduire l’insécurité alimentaire chez les aînés. Photo : Courtoisie – DCClic.ca

Les cas de figure sont nombreux

La diététicienne en santé publique, Céline Bossé, rappelle de son côté que l’insécurité alimentaire peut s’exprimer de manière différente pour les personnes âgées par rapport à d’autres groupes et ne se limite pas nécessairement à l’idée de «sauter des repas» en raison de contraintes financières. «C’est du cas par cas, certaines conditions médicales et les enjeux de mobilité doivent absolument être pris en considération», témoigne-t-elle. 

L’incapacité de se procurer des aliments sains et frais à proximité de son domicile peut, par exemple, tomber sous le parapluie de l’insécurité alimentaire. Selon la diététicienne, vivre dans un désert alimentaire, c’est-à-dire dans une zone sans épiceries ou marchés à proximité et sans accès à un moyen de transport, peut rendre la situation très difficile.

Un autre scénario courant pour les personnes âgées est la lassitude de cuisiner après des décennies à préparer trois repas par jour. En d’autres termes, ces aînés sont confrontés à de l’insécurité alimentaire, car ils sautent fréquemment des repas pour éviter la préparation de la nourriture. «Ça peut mener à de la perte de poids et à de la diminution de la masse musculaire, ce qui peut provoquer des chutes. Ce n’est pas optimal», renchérit Céline.

Pour éviter que ces scénarios perdurent, une approche communautaire a avantage à être mise en place, ajoute-t-elle. Par exemple, un groupe d’aînés pourrait désigner une personne de leur entourage pour faire des achats en grande quantité, puis partager les denrées entre eux et cuisiner des repas collectifs. Cette approche permet de réduire les coûts, de lutter contre l’isolement social et d’alléger la charge de travail individuelle de chacun, explique la diététicienne.

Mais Céline va encore plus loin. Elle envisage la création de jardins intergénérationnels qui permettraient aux aînés de partager leur savoir avec les plus jeunes et de partager les récoltes entre tous les participants à la fin de la saison de cueillette. «Pourquoi [ne] pas cuisiner des repas avec ce que l’on cueille et en faire profiter toute la communauté», suggère même la diététicienne.

Dicky Dikamba, le directeur général de CANAVUA, met actuellement en place un programme de livraison de repas chauds à domicile. Photo : Courtoisie

De l’entraide communautaire à Edmonton 

Dicky Dikamba, le directeur général de Volontaires unis dans l’action au Canada (CANAVUA), un organisme communautaire d’Edmonton qui encourage le bénévolat et distribue, entre autres, des denrées alimentaires aux francophones dans le besoin, constate également une augmentation de l’insécurité alimentaire parmi les aînés résidant dans la capitale albertaine. 

«Avec l’inflation, les personnes âgées figurent parmi les personnes les plus vulnérables de la société, ils n’ont pas assez de moyens pour subvenir à leurs besoins, c’est pourquoi la demande est toujours grande pour avoir accès à des paniers alimentaires», dit-il.

À l’instar de Céline Bossé, Dicky privilégie une approche communautaire pour faire face à ce défi persistant. Depuis le 30 octobre 2023, CANAVUA est engagé dans la mise en place d’un projet de deux ans, financé par l’initiative de financement fédéral Bien vieillir chez soi, qui vise à fournir des repas chauds directement au domicile des personnes âgées de la région d’Edmonton.

«Des bénévoles se chargeront de la livraison des repas, on a acheté une caravane toute neuve pour faciliter les déplacements», mentionne Dicky. En plus de la livraison de repas, ce véhicule pourra être utilisé pour accompagner les aînés dans leurs achats auprès d’épiceries spécialisées situées à une distance trop éloignée de leur domicile pour qu’ils s’y rendent seuls. «Il y a beaucoup de personnes âgées qui sont issues des communautés ethnoculturelles et qui voudraient magasiner dans des épiceries typiquement africaines ou tropicales», ajoute-t-il.

La Fédération des aînés franco-albertains de l’Alberta (FAFA), la Société des Manoirs Saint-Joachim et Saint-Thomas, ainsi que Sage Seniors Association collaboreront avec l’organisme communautaire pour réaliser ce projet. 

Selon les chiffres préliminaires divulgués par CANAVUA, pas moins de 800 personnes pourront bénéficier de ces services au cours des deux prochaines années. Bien que le montant exact du financement n’ait toujours pas été formellement dévoilé, le directeur général mentionne qu’il s’agit  d’un «montant significatif». Des services de ménage à domicile et d’aide au déménagement seront également mis en place grâce à cette initiative. 

Glossaire – Lassitude : Épuisement, état de grande fatigue