le Samedi 18 mai 2024
le Lundi 8 avril 2024 11:50 Économie

Des nouveaux arrivants pris au cœur du labyrinthe fiscal

C'est le temps des impôts. Banque du Canada - Wikimedia Commons
C'est le temps des impôts. Banque du Canada - Wikimedia Commons
(IJL - RÉSEAU.PRESSE - LE FRANCO) - Avec l'arrivée du printemps commence doucement la saison des impôts. Pour de nombreux nouveaux arrivants francophones, la déclaration de revenus peut cependant se transformer en véritable casse-tête. Heureusement, plusieurs outils sont mis à leur disposition pour les aider à traverser cette étape cruciale de leur intégration albertaine.
Des nouveaux arrivants pris au cœur du labyrinthe fiscal
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Émilienne Binyoum, Camerounaise d’origine, vit à Edmonton depuis dix mois. Photo : Courtoisie

«C’était la première fois, cette année, que je faisais une déclaration. Je n’avais jamais fait ça auparavant. J’étais même très étonnée d’apprendre que les impôts sont obligatoires pour tout le monde ici», explique Émilienne Binyoum, une Camerounaise d’origine qui est établie à Edmonton depuis dix mois. Dans son pays natal, explique-t-elle, les personnes qui ont un bas revenu sont exemptées de cette obligation. «Et, en général, l’impôt est surtout prélevé aux entreprises privées», ajoute-t-elle.

Sans emploi pour le moment, cette mère de famille s’imaginait donc ne pas avoir besoin de soumettre une déclaration. «En tant que nouvel arrivant, tu es surpris de devoir payer des taxes, alors que tu n’as pas de revenu», souligne-t-elle. 

Ces croyances sont également très répandues parmi la clientèle de la comptable professionnelle agréée Bianca Pelchat qui est à la tête BPG Accounting inc. 

«J’ai des clients qui me disent être en Alberta depuis deux ans et n’avoir jamais rempli de déclaration parce qu’ils n’avaient pas de salaire. J’essaie de leur expliquer que même sans revenu, on doit faire ses impôts chaque année», témoigne-t-elle. 

Dans un effort de mieux informer cette clientèle immigrante qui est peu familière avec les règles fiscales de l’Alberta et du Canada, la comptable s’engage à fournir le plus de renseignements possible. Elle explique les documents à fournir, les crédits pouvant être réclamés, les déductions disponibles et bien plus encore.

Elle rappelle également, à qui veut bien l’entendre, que malgré l’aide de logiciels comptables tels que «TurboImpôt Canada», il peut être avantageux de faire appel à un comptable pour s’assurer de «maximiser ses crédits». «Chaque situation est différente et moi, j’aime faire du cas par cas et m’ajuster selon la réalité de chaque client», précise-t-elle.

Sabelle Gueye est la directrice de l’intégration et du développement communautaire de la FRAP. Photo : Courtoisie

Accès, sensibilisation et accompagnement

D’autres outils sont mis à la disposition des nouveaux arrivants pour les aider à comprendre le système fiscal canadien, notamment à travers le Programme communautaire des bénévoles en matière d’impôt (PCBMI) de l’Agence du revenu du Canada. Cette initiative permet à des organismes provinciaux dédiés à l’établissement et l’intégration d’offrir des formations et de mettre en place des comptoirs gratuits pour aider à la préparation des déclarations. 

«L’année dernière, nos bénévoles ont aidé près de 150 personnes», explique Sabelle Gueye, directrice de l’intégration et du développement communautaire à Francophonie Albertaine Plurielle (FRAP), l’un des organismes qui participent au programme. Selon elle, les nouveaux arrivants doivent être conscients des conséquences qui peuvent survenir s’ils ne remplissent pas leur déclaration chaque année, notamment en ce qui concerne l’accès aux prestations et crédits. 

«On parle souvent des impôts avec eux, mais, parfois, avec toute l’information qu’ils reçoivent à leur arrivée, ça passe inaperçu. Alors, à partir de mars, on essaie d’envoyer le plus d’informations par courriel et on précise que sans déclaration, c’est possible qu’ils cessent de recevoir leurs prestations», mentionne-t-elle.

Émilienne Binyoum a été une des premières, cette année, à s’inscrire à la clinique de la FRAP, une expérience qui lui a procuré un grand soulagement et un sentiment de sécurité. «Ils m’ont guidé à travers toutes les étapes, ils m’ont dit quels documents je devais apporter et ont répondu à mes questions», affirme-t-elle.

À Calgary, le Portail de l’Immigrant Association (PIA) propose des services similaires pour éduquer les nouveaux arrivants de la région sur le système financier canadien. Le 15 mars dernier, l’organisme a offert un atelier pour démystifier les généralités de l’impôt, auquel ont participé une centaine de personnes. «La demande est toujours forte chaque année», résume Valérie Jamga Tchatchoua, conseillère du PIA et travailleuse sociale agréée.

Elle partage un constat similaire à celui des autres interlocutrices, notant que de nombreux immigrants qu’elle côtoie proviennent de pays où les impôts sont gérés différemment ou ne sont tout simplement pas obligatoires. Dans cette optique, ils ont d’autant plus besoin d’accompagnement. «En général, ce que je remarque quand je discute avec eux, c’est qu’ils ont très peu de connaissances sur le sujet», partage-t-elle.

Elle anticipe à nouveau cette année une forte affluence à la clinique d’impôts qui a aidé près de 300 nouveaux arrivants l’année précédente. «Nous sommes là pour vous aider, n’hésitez pas à venir nous voir», conclut-elle, offrant ainsi une invitation ouverte et chaleureuse à tous les nouveaux arrivants qui auraient besoin d’un coup de pouce.