le Jeudi 13 juin 2024
le Vendredi 3 mars 2023 9:00 Edmonton

Le Mois de l’histoire des Noirs, cela représente plus que ce que l’on croit

La rubrique de Kaylie: À vous la jeunesse!
Le Mois de l’histoire des Noirs, cela représente plus que ce que l’on croit
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par Kaylie Murangwa

Le mois de janvier tirait à sa fin quand j’ai eu la chance de parler à mon rédacteur en chef. Je cherchais un sujet sur lequel je pourrais écrire. J’avais en tête la Saint-Valentin, mais il m’a suggéré d’écrire à propos du Mois de l’histoire des Noirs.

«Pourquoi pas?», pensais-je.

Ah oui, durant ce mois de l’amour, des pétales de rose et des Valentins, on célèbre aussi l’histoire des Noirs. Un évènement qui se vit de chaque côté de la frontière et qui est dédié à célébrer et à se souvenir. J’ai sauté à pieds joints dans la rédaction de l’article. Après tout, j’ai participé à plusieurs activités du Mois de l’histoire des Noirs au Canada.

Je me souviens avoir entendu parler de ce Mois pour la première fois en 3e année. Je l’ai découvert en lisant un livre à ce sujet. Mais la partie la plus amusante était lorsque nous écoutions de la musique pour découvrir de nouveaux artistes, comme Stromae ou Black M, sur lesquels nous aimions danser.

Cependant, j’ai rapidement oublié, car, en réalité, je n’avais qu’une hâte : jouer dehors et construire des bonhommes de neige avec mes amies.

J’ai appris ce qu’était l’esclavage, découvert de nouveaux personnages qui ont influencé le monde comme Nelson Mandela et Martin Luther King Jr.

En 5e année, je savais que le Mois de l’histoire des Noirs arriverait. Bien que j’appréciais toujours la musique et les lectures que nous découvrions à ce moment-là, la réflexion sur le sujet s’est approfondie. J’ai appris ce qu’était l’esclavage, découvert de nouveaux personnages qui ont influencé le monde comme Nelson Mandela et Martin Luther King Jr. J’ai acquis de nouvelles connaissances.

Maintenant que je suis en 6e année, je fais partie non seulement des élèves qui participent, mais aussi de ceux qui aident à organiser des activités pour l’occasion.

Un souvenir me revient à l’esprit

Nous discutions de ce Mois entre élèves.

«Qui a amené le Mois de l’histoire des Noirs au Canada?», demande un élève.

«Pourquoi est-ce encore important ?», dit un autre.

La réponse à ces questions est restée incomplète et m’a poussée à faire mes propres recherches. Et là, je suis tombée sur une femme spectaculaire!

Permettez-moi de remonter dans le temps pour mieux vous raconter cela.

Enseignante, directrice d’école, militante pour la justice sociale, elle a aussi été la première femme noire députée fédérale et ministre au Canada, je nomme Jean Augustine.

Nous sommes le 14 décembre 1995 au Parlement du Canada à Ottawa. À l’extérieur, il ne fait pas trop froid pour un jour d’hiver, -16 °C au thermomètre. Jean Augustine est députée de la circonscription d’Ebitocke-Lakeshore et il s’avère qu’elle est très populaire puisqu’elle a été réélue quatre fois.

Elle se lève et s’adresse au premier ministre de l’époque, le très honorable Jean Chrétien, afin de proposer une motion au Parlement afin que «Cette Chambre des communes prenne acte de l’importante contribution des Canadiens noirs dans la fondation, la croissance et l’évolution du Canada, la diversité de la communauté noire du Canada et de son importance dans l’histoire de ce pays».

La motion est acceptée. Si seulement je pouvais savoir ce qu’elle a pu ressentir à ce moment-là! Après beaucoup de travail et de nombreuses années, le mois de février est enfin reconnu comme le Mois de l’histoire des Noirs.

Si l’honorable Jean Augustine a eu à cœur ce sujet, c’est en tant qu’enseignante qu’elle a mentionné, au Musée canadien pour les droits de la personne, que «les programmes d’études mentionnaient très peu de choses sur les Canadiens d’origine africaine. C’était le même problème pour les peuples autochtones. S’il y avait une référence, elle était dans une note en bas de page ou en marge. Les Canadiens noirs ne figuraient même pas dans le scénario et l’on ne les montrait même pas comme des personnes ayant contribué à la société canadienne».

Son objectif pour le Mois de l’histoire des Noirs était de combler les lacunes dans les connaissances en incluant la contribution des Noirs à travers l’histoire du Canada.

Maintenant que cela fait plus de 20 ans qu’on célèbre ce mois, est-ce qu’elle a atteint ses objectifs?

Je reviens à mon souvenir de 6e année.

«Comment le Mois de l’histoire des Noirs a commencé», ai-je tapé dans la barre de recherche de mon ordinateur.

J’ai été présentée à un «bonhomme», appelé Carter G. Woodson, d’origine américaine. Oh qu’il a eu des débuts difficiles!

Il était le fils d’un ancien esclave et il a grandi dans une famille vraiment pauvre en Virginie. Woodson n’a pas pu fréquenter l’école régulièrement, mais il était un élève déterminé qui a su maîtriser la plupart des matières scolaires grâce à l’autoapprentissage et l’aide de ses oncles.

Il a fini par aller au secondaire dans la petite ville de Huntington dans l’État de la Virginie-Occidentale.

«Il le méritait vraiment. C’était un élève tellement motivé», ai-je pensé.

Il s’agissait d’une école ségréguée, une école qui n’accueille que des élèves afro-américains afin de les séparer des élèves blancs.

Cependant, c’était un autre type d’école qui n’existe heureusement plus aujourd’hui aux États-Unis. Il s’agissait d’une école ségréguée, une école qui n’accueille que des élèves afro-américains afin de les séparer des élèves blancs.

J’ai rapidement pensé à ma classe avec ses élèves de toutes origines et le fait que nous évoluons tous ensemble en harmonie. C’était la première fois que j’entendais parler d’une telle chose. J’apprends que ce système a été mis en place aux États-Unis parce qu’il y avait une croyance selon laquelle les Noirs et les Blancs étaient incapables de coexister.

Malgré tous ces obstacles, Woodson a été la deuxième personne afro-américaine à obtenir un doctorat en histoire, c’est-à-dire le diplôme le plus élevé qu’une personne puisse obtenir à l’université.

Cette réalisation a été un ancrage à un changement culturel. En effet, il avait brisé la barrière raciale et prouvé qu’un Noir pouvait faire partie de l’élite. «Il a ensuite vécu une vie très heureuse et réussie, prouvant que son oppresseur avait tort», a conclu mon esprit naïf.

Carter G. Woodson ne s’est pas arrêté là. En 1916, il est cofondateur de l’Association for the Study of African American Life and History (association pour l’étude de la vie et de l’histoire afro-américaine), une organisation qui fait la promotion de l’histoire des Noirs et la rend accessible au public. Avec le pasteur Jesse E. Moorland, ils créent la Semaine de l’histoire des Noirs qui a lieu la deuxième semaine de février afin de s’assurer que les élèves soient exposés à l’histoire des Noirs. L’idée de Carter G. Woodson est ensuite devenue une célébration d’un mois en 1976.

Mais pourquoi en février?

J’apprends que cette semaine a été choisie en lien avec l’anniversaire du 16e président des États-Unis, Abraham Lincoln, et celui de Frederick Douglass. Alors que le premier s’est battu pour la liberté des personnes asservies, le second était un ancien esclave qui s’exprimait pour la liberté des personnes asservies et les droits des femmes. Ils ont tous deux joué un rôle important dans la lutte contre l’esclavage.

Je reste là à réfléchir, en silence, à ce que je viens d’apprendre. Je suis satisfaite de ma réponse, mais je veux toujours en savoir plus. Par curiosité.

J’ai découvert d’autres personnalités noires que je ne connaissais pas. Par exemple, les soldats d’origine africaine qui ont fait des sacrifices durant la guerre anglo-américaine de 1812; la famille Bonga, illustre pour sa participation au commerce de la fourrure au Canada; ou Mathieu Da Costa, un navigateur et un interprète, qui a été la première personne noire reconnue à avoir mis le pied au Canada au début des années 1600.

«Je n’ai jamais entendu parler de ces personnes», ai-je pensé.

Mais celle que j’aime le plus, c’est Jane C. Wright, une chirurgienne qui a grandement contribué aux recherches sur le cancer et sa guérison. Je ne savais pas qu’elle était noire. C’est peut-être à ce moment-là que j’ai eu l’inspiration pour poursuivre mes études en sciences. J’ai vu une scientifique qui me ressemblait!

Le passé nous inspire et nous corrige, nous serons l’histoire de l’avenir.

Ma sœur m’interrompt, je sursaute. J’étais captivée par mes découvertes. Peu après, on entame une conversation et nous ne nous posons pas de questions, mais nous avons l’intention d’en découvrir plus sur l’histoire des Noirs au Canada.

L’esprit de Woodson doit être heureux, car il n’aurait peut-être jamais pensé que son idée de mettre en lumière et de célébrer les contributions des personnes noires dans la société rejoindrait un jour le Canada. Maintenant que je repense à ce moment, je vois comment nous avons fait partie de la construction de l’histoire.

Lorsqu’on nous informe sur l’histoire des Noirs au Canada, nous contribuons à la totalité de l’histoire de l’humanité, à la création d’adultes qui seront conscients du passé et de la manière dont il affecte le futur. Le passé nous inspire et nous corrige, nous serons l’histoire de l’avenir.