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le Samedi 9 septembre 2023 10:47 Arts et culture

Le Musée d’art de la femme du Canada se dévoile à La Cité francophone

Danielle Labrie, présidente du Musée d'art de la femme du Canada, à l'exposition MATRI-Art-Clé. Crédit : Aidan Macpherson
Danielle Labrie, présidente du Musée d'art de la femme du Canada, à l'exposition MATRI-Art-Clé. Crédit : Aidan Macpherson
(IJL-Réseau.Presse-Le Franco) - Le 27 juillet dernier, la galerie d'art visant à promouvoir les œuvres de femmes artistes de tout le Canada a accueilli bon nombre de visiteurs et de dignitaires pendant une cérémonie d'ouverture officielle au pôle francophone d'Edmonton. Du 27 juillet au 27 octobre 2023, le Musée d'art de la femme du Canada inaugure son espace élargi en présentant l'exposition «MATRI-Art-Clé» qui rassemble les œuvres de cinq peintres et d'une brodeuse de l'Ouest canadien pour souligner des portraits de femmes âgées.
Le Musée d’art de la femme du Canada se dévoile à La Cité francophone
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En 2006, Danielle Labrie envisageait de créer un espace consacré aux œuvres artistiques de tous les médiums réalisées par des femmes canadiennes et de mettre en vedette une population qui, à son avis, a toujours manqué de représentation dans un domaine dominé par les hommes. Aujourd’hui, la cofondatrice et présidente du Musée d’art de la femme du Canada voit un rêve devenu réalité. 

«C’est important pour notre société, insiste-t-elle. Il y a toujours moins de représentation» chez les femmes qui créent, selon elle, moins de 20% des pièces exposées dans les musées au Canada. Et elle en sait quelque chose puisque cette affirmation n’est autre que le résultat de sa thèse de maîtrise de l’Université Athabasca.

En 2015, le Musée a finalement pris forme en louant un petit espace dans les locaux du Regroupement artistique francophone de l’Alberta (RAFA) à La Cité francophone, et ce, jusqu’en 2022. L’année passée, il a occupé un bureau à part dans le même centre culturel et ouvre maintenant ses portes dans un nouvel emplacement composé de trois salles d’exposition plus spacieuses.

Un accomplissement qui voit le jour grâce à plus d’une cinquantaine de bonnes âmes. «Ce sont les bénévoles qui ont fait le Musée», reconnaît avec beaucoup de fierté celle qui est aussi directrice de l’organisme. Des fonctions qu’elle assume d’ailleurs bénévolement.

Un tour de l’exposition MATRI-Art-Clé guidé par sa commissaire, Kristine van Eyk, lors de la cérémonie d’ouverture. Crédit : Courtoisie

Une cérémonie de lancement empreinte d’émotions

Le Musée d’art de la femme du Canada a invité le public à découvrir son nouveau local après une période de planification de quelques mois. La ministre des Arts, de la Culture et de la Condition féminine de l’Alberta, l’honorable Tanya Fir, et le député provincial d’Edmonton-Gold Bar, Marlin Schmidt, ont prononcé des discours de félicitations devant l’équipe et les invités. Finalement, le ruban officiel a été coupé par la ministre et madame Labrie.

Les participants à la cérémonie ont également profité d’un tour guidé par Kristine van Eyk, cofondatrice et membre du conseil d’administration du Musée. Peintre et artiste graphique de Calgary, Kristine est la commissaire de cette première exposition dans ces nouveaux murs.

L’exposition met en vedette six femmes artistes de l’Ouest du pays. Cinq sont peintres : Mary Whale (Edmonton, AB), Verna Code (Turney Valley, AB), Carol Wylie (Saskatoon, SK), Elvira Kravenkova (Port Moody, C.-B.) et Ann-Marie Brown (Gibsons, C.-B.). L’autre artiste à l’honneur est une brodeuse : Gloria Daly (Duncan, C.-B.).

Deux portraits de Carol Wylie à l’exposition MATRI-Art-Clé. Crédit : Aidan Macpherson

MATRI-Art-Clé, une exposition de portraits de femmes âgées

Baptisée MATRI-Art-Clé, cette exposition bilingue est la plus importante présentée par le Musée. Son sobriquet francophone est une traduction du jeu de mots en anglais «MATRI-Art-Key» qui signifie «matriarcat».

Pour Mary Whale, une des artistes exposées, le vieillissement est un sujet très pertinent pour son orientation artistique, ainsi que son expérience de vie. Infirmière en gérontologie pendant 20 ans, elle a commencé à peindre certains de ses patients pendant sa carrière. «J’ai acquis une compréhension plus profonde du vieillissement, explique-t-elle. Je pense qu’ici, il n’est pas bien compris et qu’il est victime de certaines résistances culturelles.»

Mary Whale pense qu’il est important de représenter la vieillesse dans les beaux-arts. Pour elle, «le vieillissement est inesthétique pour la plupart des gens». Elle trouve aussi que l’aquarelle lui permet de mettre en valeur les détails d’un visage âgé. «Pour les rides, c’est très bien.» Mary Whale aime constater que sa technique ne masque pas les imperfections. «L’aquarelle est… impardonnable. Vous ne pouvez pas peindre par-dessus quelque chose» pour le cacher.

Selon Carol Wylie, le Musée donne des occasions aux femmes qui leur seraient autrement inaccessibles. Éducatrice artistique au musée d’art moderne Remai Modern, à Saskatoon, elle présente cinq portraits lors de l’exposition MATRI-Art-Clé. «Les femmes âgées et artistes font face à des obstacles plus élevés» pour poursuivre leur carrière. Elle nomme l’éducation des enfants comme une des responsabilités qui empêchent ces mères de briguer une vocation.

L’artiste peintre a aussi le sentiment que les femmes sont parfois considérées comme des amatrices contrairement à leurs homologues masculins. En tant que femme, «vous devez briser ces barrières». Un sentiment partagé par Gloria Daly. Seule artiste textile de l’exposition, elle atteste que sa discipline, «considérée comme une tâche féminine» par certaines galeries d’art, n’est pas toujours prise au sérieux. Pourtant ses tapis apparaissent dans plusieurs expositions chaque année et elle a même enseigné sa technique au Japon.

L’Europe en avance sur le Canada dans l’acceptation

Elvira Kravenkova aime utiliser l’huile pour s’exprimer. Artiste peintre depuis l’enfance, elle présente deux portraits avec optimisme. Pour elle, la communauté artistique est devenue beaucoup plus accueillante au fil des années. Même si «le monde de l’art était dominé par les artistes masculins» dans le passé, «c’est en train de changer».

Née en Russie, elle note tout de même une différence d’acceptation entre son pays d’origine et le Canada. «Il y a 20 ans, c’était beaucoup plus facile en Europe, observe-t-elle. Peu importait que vous soyez une femme ou un homme» dans l’ex-Union soviétique. Une tolérance qu’elle trouve plus visible dans son pays d’adoption aujourd’hui. 

Si certains militent pour la visibilité des femmes et des personnes âgées dans les arts, ce n’est pas son objectif. «Je ne cloisonne pas les gens.»

La diversité à l’honneur

Depuis juin 2022, le Musée d’art de la femme du Canada gère un autre projet intitulé «Diversité féminine». Financée par le programme Jeunesse Canada au travail dans les établissements du patrimoine, cette initiative développée par des étudiants d’été montre, selon Danielle Labrie, «toutes les œuvres des personnes autochtones, noires et de couleur». Il met en valeur des femmes artistes issues de différentes communautés ethnoculturelles, ainsi que leur histoire. «On essaie de les faire connaître», remarque Danielle en évoquant que chacune de leurs biographies est présentée au Musée.

Un musée qui, même s’il se concentre sur le féminin, accueille toutes les personnes qui veulent s’impliquer. «Notre membership est ouvert à tout le monde, confirme Danielle Labrie. Quand tu deviens membre, c’est parce que tu soutiens notre mandat.»

Du 22 septembre au 1er octobre 2023, les aquarelles de Mary Whale seront exposées au Harcourt House, un centre d’art communautaire à Edmonton. Le dernier jour de cette exposition est aussi la Journée internationale pour les personnes âgées. Une belle occasion de se déplacer au musée.

Deux tapis de Glory Daly à l’entrée du Musée d’art de la femme du Canada. Crédit : Aidan Macpherson

Le financement et la pérennité de l’institution

Si La Cité francophone abrite ce musée bilingue, la langue de Molière n’a pas encore toute sa place. La majorité de la documentation est en français, mais Danielle Labrie cherche un gabarit pour le site Web qui permettra de mettre les deux langues officielles côte à côte. Un défi accentué par des soucis financiers. «On n’a pas les sous en ce moment!» 

Même si elle reconnaît avoir une bonne relation avec la communauté francophone locale et de l’aide de La Cité, l’organisme, sans but lucratif depuis 2017, doit sa pérennité aux financements et aux dons du public. Le gouvernement fédéral n’a pas encore mis la main à la poche et le gouvernement provincial est timide. «On n’a pas de grosses subventions de la province non plus», confie Danielle. 

Cela se résume à la participation à un casino au 18-24 mois et à des fonds provenant du Community Initiatives Program du gouvernement provincial qui peut éventuellement financer certains projets à hauteur de 75 000$. Aujourd’hui, la présidente est tout de même rassurée. «On sait qu’on peut gérer ça [la pérennité] pendant notre bail» qui expire en 2026. Elle est tout de même consciente de la limite des ressources. «On peut juste avoir une employée à temps partiel.»

Un avenir prometteur pour le Musée

Les artistes de MATRI-Art-Clé espèrent le succès du Musée. Ce n’est pas la première fois qu’Elvira Kravenkova y expose ses œuvres et anticipe avec hâte un appel à une future soumission. Carol Wylie est, quant à elle, reconnaissante de la visibilité et l’occasion que le Musée accorde «aux personnes comme moi», des artistes «sans grande notoriété».

Si ces peintres se réjouissent de l’impact du Musée sur les femmes, Gloria Daly veut promouvoir les arts auprès de tous. «Nous avons besoin de culture, s’exclame-t-elle. Il y a trop de sport!»

En ce moment, le Musée d’art de la femme du Canada se plonge dans un nouveau chapitre. Mais son travail n’est jamais fini. «On continue à bâtir notre collection, note Danielle Labrie, ravie du progrès. L’espace est très intime!»

Le Musée d’art de la femme du Canada est ouvert de 10h30 à midi et de 13h à 17h, du mercredi au vendredi.