le Dimanche 14 avril 2024
le Mercredi 1 mars 2023 9:00 Éducation PR

Raconte-moi les étoiles, la jeunesse noire veut y croire

Dans le cadre de la célébration du Mois de l'histoire des Noirs, le Portail de l'Immigrant Association (PIA) a collaboré avec des professionnels issus de la communauté noire afin d’offrir des ateliers éducatifs et artistiques aux élèves de huit établissements du Conseil scolaire FrancoSud. Le 10 février dernier, c’était au tour des jeunes de l’École francophone d’Airdrie de découvrir les métiers de l’aérospatial à travers le parcours d’une femme noire. Les tout-petits ont, quant à eux, reçu la visite d’une conteuse venue les sensibiliser à l’importance de la diversité.
Raconte-moi les étoiles, la jeunesse noire veut y croire
00:00 00:00

IJL – Réseau.Presse – Le Franco

Rassemblés autour d’un écran géant, les élèves de la sixième à la douzième année ont écouté avec attention la présentation virtuelle de Lahou Keita, une entrepreneure française, une inspectrice d’aéronefs et la coordonnatrice pour l’Organisation des Professionnels Noirs de l’Aérospatiale (OBAP). Cet organisme œuvre en faveur de l’inclusion des minorités et des personnes en situation de handicap dans les métiers de l’aérospatial.

Et c’est justement un message d’inclusion qu’elle a voulu lancer à la cohorte d’élèves de l’école d’Airdrie. «L’aérospatial est un domaine fraternel où les Noirs et les femmes sont les bienvenus.» Pour preuve, Lahou dit avoir cofondé avec sa sœur une société d’édition de logiciels aéronautiques permettant «d’améliorer la sécurité des vols commerciaux» et dont les services sont réquisitionnés «partout à travers le monde».

«L’aérospatial est un domaine fraternel où les Noirs et les femmes sont les bienvenus.» Lahou Keita

«Tout ça est possible, on peut inspecter des avions, créer sa propre société dans l’aviation… et aussi être une femme noire, membre de la diversité. Ne laissez pas les contraintes vous arrêter», a lancé l’entrepreneure avant de conclure son allocution. Ce message a semblé être apprécié des jeunes qui ont applaudi chaudement l’invitée.

Pour Elissa Manortey, une élève afrodescendante née à Montréal, la carrière de Lahou témoigne des avancées fulgurantes qui ont été faites par les femmes noires au cours des dernières décennies. «Traditionnellement, les femmes noires ne pouvaient pas exercer des métiers comme ça, alors de savoir que non seulement c’est possible, [mais] qu’il y a aussi un programme qui existe pour nous intégrer dans ce domaine, c’est beau», a expliqué avec éloquence la jeune fille.

Elle a dit apprécier les efforts faits par le PIA pour valoriser les contributions récentes des Noirs, une tradition qui est aussi «bien présente» dans son foyer, surtout au mois de février. «Le Mois de l’histoire des Noirs, c’est une opportunité pour avoir des conversations sur le passé, sur la discrimination et l’esclavagisme. Ma mère et moi, on essaie d’expliquer ces choses à mon petit frère… De lui dire pourquoi c’est important de se remémorer les grands pionniers noirs et de ne pas oublier notre histoire», a analysé Elissa.

Des contes ludiques pour accepter les différences

À l’autre bout du corridor, de larges sourires maquillaient le visage des petits de la maternelle lorsqu’ils sont sortis de l’atelier animé par Ingrid Brouissillon. Cette conteuse d’origine guadeloupéenne utilise ses histoires pour développer la créativité des jeunes et les faire «participer au déroulement des péripéties». Une valise remplie d’accessoires avait ainsi été mise à la disposition des enfants afin qu’ils se déguisent et puissent entrer «en immersion totale dans l’histoire».

Ingrid Brouissillon est une conteuse et la propriétaire de l'entreprise Griottes Polyglottes. Crédit : Gabrielle Audet-Michaud

Ingrid Brouissillon est une conteuse et la propriétaire de l’entreprise Griottes Polyglottes. Crédit : Gabrielle Audet-Michaud

L’entreprise dirigée par Ingrid, les Griottes Polyglottes, a le mandat d’offrir des ateliers interactifs aux jeunes, tout en leur permettant d’en apprendre davantage sur la culture noire et les différentes «questions raciales». En outre, chaque histoire que raconte Ingrid est soigneusement choisie en fonction de l’âge de son public. Par exemple, les élèves de la troisième année ont eu le droit à un conte guadeloupéen, L’homme qui cherchait sa chance. Celui-ci enseigne l’importance d’adopter un regard positif sur la vie.

À l’inverse, les petits de la maternelle ont suivi l’histoire rocambolesque d’un corbeau qui souhaite changer de couleur pour être plus fashion, entendez plus à la mode. «C’est une métaphore pour les enfants noirs qui vivraient des insécurités face à la couleur de leur peau», a précisé Ingrid. Et pour garder l’histoire «un peu rigolote», le corbeau éprouve des difficultés à trouver une couleur qui convienne mieux à son plumage.

«C’est une métaphore pour les enfants noirs qui vivraient des insécurités face à la couleur de leur peau.» Ingrid Broussillon

«Lorsque ses plumes sont bleues, les autres oiseaux le confondent avec le ciel. Et lorsque ses plumes sont vertes, le corbeau s’étend dans un pré et se fait bouffer par des vaches», a résumé la conteuse. Enfin, après plusieurs essais infructueux, le corbeau constate qu’il se sent plus authentique lorsque son plumage est noir. «L’idée, c’est de dire : ta couleur, c’est la tienne, elle est belle et on ne veut pas la changer», a-t-elle ajouté.

Cette passionnée des arts de la scène possède «plusieurs chapeaux». Elle offre aussi des séances d’improvisation aux jeunes pour les sensibiliser au racisme et à la discrimination, a-t-elle tenu à préciser. «L’idée, c’est de créer un scénario où les enfants sont appelés à interpréter différents rôles comme ceux de l’agresseur, de la victime et même du témoin.» Selon elle, ce travail est nécessaire, car il permet au jeune public de trouver lui-même des solutions aux comportements racistes. «Parce que même moi, je n’ai pas toutes les réponses», a conclu l’entrepreneure.