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le Dimanche 10 mars 2024 17:07 Éducation

Francophonie et Mois de l’histoire des Noirs : des célébrations tissées serrées dans les écoles albertaines

La troupe de danse Amariza a pris d’assaut la scène dès le début de la journée. Photo : Gabrielle Audet-Michaud
La troupe de danse Amariza a pris d’assaut la scène dès le début de la journée. Photo : Gabrielle Audet-Michaud
(IJL - RÉSEAU.PRESSE - LE FRANCO) - Tout au long de février, les écoles francophones albertaines ont organisé diverses activités culturelles - spectacles de musique et de danse, cercles de percussion, expositions africaines - afin de commémorer le Mois de l’histoire des Noirs. Ces célébrations ont également rendu hommage à l'important héritage des personnes noires au Canada et à travers le monde, tout en mettant en lumière certains défis persistants liés au racisme.
Francophonie et Mois de l’histoire des Noirs : des célébrations tissées serrées dans les écoles albertaines
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Donald Nguepi Ndongo est le coordonnateur du programme des travailleurs en établissement dans les écoles (TEE) du Portail de l’Immigrant Association. Photo : Courtoisie

L’excitation était palpable à l’École de la Rose sauvage, un établissement scolaire multiculturel niché en plein cœur du quartier Mount Pleasant, dans le nord-ouest de Calgary. Près de l’entrée principale, des dizaines d’élèves vêtus de tenues traditionnelles colorées déambulaient, sourire aux lèvres, dans l’attente impatiente du début de l’activité spéciale. À l’interphone, une voix répétait les consignes : «Il est temps de retourner en classe pour prendre les présences. Plus vite vous les aurez prises, plus tôt nous pourrons commencer».

Quelques minutes plus tard, les adolescents se sont rejoints au gymnase dans cette même frénésie. C’est alors que la troupe de danse Amariza, originaire de l’Afrique de l’Est, a pris d’assaut la scène. Quatre danseuses ont fait leur entrée dans la salle en mimant avec grâce les mouvements de la vache Watusi, animal sacré dans plusieurs cultures africaines. 

«La danse, c’est une expression artistique qui est hautement appréciée par les enfants. Et pour que ce soit éducatif, les danseurs sont appelés à expliquer un peu mieux la signification de leurs mouvements», explique Donald Nguepi Ndongo, coordonnateur du programme des travailleurs en établissement dans les écoles (TEE) pour le Portail de l’Immigrant Association.

Cet organisme francophone était mandaté, tout comme Francophonie Albertaine Plurielle (FRAP), le Pont Cultural Bridge, le Centre d’accueil pour nouveaux arrivants francophones (CANAF) et le Centre pour les Nouveaux Arrivants de Grande Prairie (CNGP), de collaborer à l’organisation d’activités qui se voulaient à la fois divertissantes et pédagogiques pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs. 

«C’est vraiment un travail commun entre [les organismes culturels] et les écoles. On voulait avoir le plus d’options d’activités possible pour plaire à un maximum d’enfants», ajoute Donald.

Défilé des cultures

Pendant que les applaudissements résonnaient encore pour la troupe de danse, une quarantaine d’élèves éparpillés un peu partout dans la salle se sont levés à leur tour. C’était «enfin» l’heure du défilé, un moment attendu permettant aux jeunes de participer aux célébrations de manière directe et de mettre en valeur leur héritage culturel de manière unique.

«Cette année, on a voulu rendre ça le plus inclusif et participatif possible. On a demandé à tout le monde, quelles que soient leurs origines, de porter une tenue qui les représente», souligne Aline Ambroisine-Hudson, enseignante de français et d’études sociales à l’École de la Rose sauvage, qui a participé à la coordination de l’activité. 

À travers les robes traditionnelles camerounaises, congolaises et ivoiriennes se dessinaient donc des chandails de hockey des Nordiques de Québec et des Flames de Calgary, des robes traditionnelles chinoises, des ceintures fléchées… Un mélange éclectique qui souligne l’importance de «ces valeurs canadiennes multiculturalistes qui nous unissent», mentionne l’enseignante, elle-même vêtue d’une robe de la Martinique qui a traversé les générations de sa famille.

«Je me rends compte qu’il y a beaucoup d’élèves, surtout des immigrants de deuxième génération, qui ne connaissent pas leur histoire», laisse-t-elle tomber tristement. «Ça doit changer», ajoute-t-elle.

Pour elle, les célébrations du Mois de l’histoire des Noirs permettent d’éduquer les jeunes de la communauté noire sur leur passé. C’est aussi l’occasion de réfléchir en groupe sur la situation actuelle du racisme au pays, de célébrer le travail accompli en la matière, ainsi que de rappeler et d’accentuer ce qui reste encore à faire pour briser les barrières systémiques.

Ces thèmes ont d’ailleurs été abordés dans des poèmes écrits et récités par des élèves de l’établissement scolaire. «On a une grande diaspora dans notre école, alors c’est important de leur donner la parole», note Aline.

La directrice Shanelle Dion de l’École La Trinité, à Stony Plain. Photo : Courtoisie

D’autres écoles ont le cœur à la fête

À l’École La Trinité, à Stony Plain, la situation en termes de représentation est quelque peu différente, mais ça n’a pas empêché la directrice Shanelle Dion d’accomplir des efforts énormes pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs. 

«On n’a pas une grande population issue de communautés ethnoculturelles de l’Afrique, alors les journées où on invite les enfants à porter leurs tenues traditionnelles connaissent un peu moins de participation que dans d’autres écoles», admet-elle. Cette réalité, pourtant, motive encore plus la directrice à trouver des moyens originaux de faire connaître les cultures africaines et de créer des moments de fierté pour les élèves afro-descendants. 

«On a commencé le mois avec un rassemblement. On a parlé de l’importance de célébrer. C’était beau de voir nos élèves qui s’identifient avec le Mois de l’histoire des Noirs poser des questions, donner de l’information et amorcer des discussions avec leurs pairs pendant les heures du dîner», mentionne-t-elle. 

Le 16 février dernier, c’est avec cette même volonté de valorisation que la troupe Team BMB a été invitée à l’école pour offrir un atelier de danse afro et hip-hop aux jeunes. «Le clou du spectacle, c’est qu’on performe pour les élèves à la fin. Ils adorent ça», explique Ben Motion, son fondateur.

Selon lui, plusieurs jeunes franco-albertaines ignorent la diversité qui entoure la musique et la danse africaine. Lorsqu’il se déplace dans les écoles, que ce soit à Edmonton, à Lethbridge, à Brooks ou à Red Deer, il le fait dans un esprit de formateur. 

«J’essaie de faire connaître un peu plus ces cultures et surtout d’expliquer aux élèves pourquoi c’est important de célébrer le Mois de l’histoire des Noirs, de parler du racisme et de l’esclavagisme», fait-il entendre en conclusion.

Team BMB a offert une prestation lors d’une activité prévue à l’École La Trinité le 16 février dernier. Photo : Courtoisie

Les élèves ont participé à un défilé de leurs tenues traditionnelles. Photo : Gabrielle Audet-Michaud

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