Questionnement sur l’importance de la Loi sur langues officielles

Écrit par : Vous

1 avril 2021

Mots-clés : ,

Ces pages sont les vôtres. Le Franco souhaite donner la possibilité aux lecteurs d’exprimer leurs opinions. Cette semaine, Fernand Denault, résidant à Edmonton, remet en cause la Loi sur les langues officielles qu’il juge comme un instrument utile à l’assimilation des Canadiens francophones. 

Fernand Denault, à titre citoyen

Il arrive parfois que quelque chose soit créé avec la meilleure intention, mais que cette action, après plusieurs concertations et autant de compromis, n’atteigne d’aucune façon la visée. Je vous soumets que ce serait le cas, ici, avec une loi qui ne s’applique qu’au gouvernement fédéral du Canada. Ce gouvernement ne s’occupe même pas d’insister sur son respect dans ses trois colonies canadiennes.

L’application de cette Loi sur les langues officielles est surveillée par un agent du Parlement : le commissaire aux langues officielles du Canada. Ce dernier n’a que des fonctions limitées. Il peut faire la promotion des langues officielles, recevoir des plaintes, mener des enquêtes, présenter des recommandations et de temps en temps se permet de participer comme intervenant dans des causes avancées devant les tribunaux. Cependant, il demeure un agent parlementaire, sans aucun pouvoir exécutoire.

Je vous suggère qu’on se doit d’apprécier tout le travail qui se fait par tout ce beau monde, plein de bonnes intentions et de bonne foi, tel que le commissaire et ses employés, nos représentants communautaires et, de temps en temps, quelques élus et appointés parlementaires afin d’améliorer la portée limitée de cette loi. Même si au fond, il ne s’agit que d’embellir les murs d’une boîte ou les barreaux d’une cage.

Je me demande. Qu’arriverait-il si cette loi n’existait pas ? En son application, ne sert-elle pas tout simplement à minimiser l’importance de notre droit de citoyen en province ? Nous sommes citoyens à parts égales en Alberta. Pour quelle autre raison ne respectons-nous pas nos origines, notre sens identitaire ou notre choix linguistique, reconnu comme une des deux langues officielles au Canada ? Pourquoi le Canada n’intervenait pas lorsque l’Alberta nous enlevait nos droits quelques années après avoir signé la Charte ? Pourtant, le Canada est un pays qui enchâsse dans sa Charte des Droits et Libertés que ses deux langues officielles sont égales et que ses citoyens sont égaux entre eux, qu’importe l’origine, la race, l’ethnicité, la couleur, l’âge, la religion, le sexe ou la déficience mentale ou physique. Cette absence fédérale démontrait-elle le respect d’un engagement politique pour obtenir la signature de l’Alberta à la Charte ?

La Loi sur les langues officielles ne s’applique qu’aux institutions dans la portée des pouvoirs du gouvernement fédéral. Elle n’est appliquée que sporadiquement advenant des plaintes et du bon vouloir de certains de nos élus. Cette loi ne sert-elle pas plutôt à poser un nuage d’ambiguïtés sur le respect de notre droit à l’égalité, sur le respect de notre dignité, de notre sens identitaire, de notre culture et de notre choix de vivre au Canada sans discrimination ?

Est-il possible que cette loi fédérale, dans son application, serve plus à convaincre ceux qui se voient supérieurs à nous de la fausse croyance que nos droits de citoyens albertains d’expression française n’ont pas d’importance en Alberta ? Est-il possible que l’application sporadique de cette loi supporte l’idée que nous ne bénéficions pas des mêmes droits qu’eux et que nos droits au respect et à l’égalité ne font pas le poids des autres droits constitutionnels ?

Est-il possible que l’application de cette loi permette à la majorité de juger négligeables nos droits ? Une majorité, d’ailleurs, complice d’élus de faible conviction à la recherche constante d’un soutien populaire. Cette interprétation nuisible encourage-t-elle les actes suprémacistes à notre détriment ?

Puisque l’ambiguïté et l’interprétation du droit ne font pas bon ménage, est-il surprenant que le gouvernement albertain se permette tant d’attaques préjudiciables à notre égard ? Est-il surprenant que nos élus, ceux qui se disent plus ouverts à l’application d’une justice sociale, voulussent v’là quelques années, lorsqu’ils étaient au pouvoir, reconnaître notre existence tout en stipulant qu’il n’y aurait pas de droit raccroché à cette reconnaissance ?

Je crois que la reconnaissance de notre égalité réelle ne dépend pas de la Loi sur les langues officielles puisqu’elle n’a qu’une application en juridiction fédérale et que ce respect de base à tout citoyen est déjà adéquatement exprimé dans la Charte.

Je crois également que cette loi nous embarque aveuglément dans un discours sans issue depuis plusieurs décennies et que nous avons sauté aveuglément dans cette boîte. On y entra comme un troupeau de moutons se dirigeant vers l’enclos, cherchant la protection contre les morsures aux chevilles infligées par les chiens du berger qui nous arrache nos agneaux à leur guise… L’assimilation.

Nous devons entamer le vrai discours pour mettre fin aux discriminations.

Partager

Articles similaires