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le Jeudi 2 novembre 2023 17:49 Francophonie

L’immigration, un chemin vers l’épanouissement de la francophonie albertaine?

Les participants lors de La présentation Développer l'immigration francophone : quel rôle pour la province? de Mariève Forest. Photo : Aidan Macpherson.
Les participants lors de La présentation Développer l'immigration francophone : quel rôle pour la province? de Mariève Forest. Photo : Aidan Macpherson.
(IJL - Réseau.Presse - Le Franco) - Le 14 octobre dernier, lors du Congrès de la francophonie albertaine 2023, à Edmonton, l'Association canadienne-française de l'Alberta (ACFA) a organisé un séminaire sur l'immigration francophone dans la province. La sociologue Mariève Forest a abordé les effets de l'immigration sur le poids démographique de la population albertaine. L’interprétation des chiffres l’amène à partager quelques recommandations pour assurer la vitalité de la langue française en milieu minoritaire.
L’immigration, un chemin vers l’épanouissement de la francophonie albertaine?
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Selon Statistique Canada, 98% de la croissance de la population canadienne entre juillet 2022 et juillet 2023 est attribuable à l’immigration, par opposition aux naissances. Un phénomène reflété aussi dans la francophonie albertaine, selon Mariève Forest, la présidente de Sociopol, un institut de recherche dédié aux organisations et aux collectivités. La docteure en sociologie a partagé ses trouvailles sur ce sujet dans une présentation intitulée Développer l’immigration francophone : quel rôle pour les provinces?, y analysant les tendances récentes dans le contexte politique actuel.

«Si on n’accueille pas beaucoup de personnes immigrantes francophones […], ça diminue de manière beaucoup plus drastique et […] rapide la population» qui s’exprime en français, conclut-elle. La francophonie dans la province «n’est pas menacée à court terme parce qu’il y a 79 000 personnes qui sont considérées comme étant francophones» et «plus de 260 000 personnes qui connaissent le français en Alberta». Néanmoins, sa vision de l’avenir est moins optimiste. Elle affirme qu’«à moyen et à long terme, oui, le français est menacé en Alberta!»

La Gatinoise se réfère aux statistiques pour y voir un «déclin continu de la population francophone en termes de poids démographique». Aujourd’hui, précise-t-elle, «1,9% de l’ensemble de la population en Alberta» est francophone. Par contre, en 1971, l’année «du premier recensement […] où on a collecté des données sur les langues officielles», ce chiffre était de 3% contre 6,1% dans la globalité du Canada hors Québec. 

Entre 2016 et 2021, la décroissance s’avère «numérique». En effet, «avant, explique Mariève Forest, le poids [démographique] diminuait, mais le nombre [de francophones] continuait à augmenter». Mais, pendant les cinq années citées, «le nombre et le poids démographique» ont tous deux diminué. Rappelons que le terme poids démographique fait référence au pourcentage de la population totale qu’une communauté constitue et non le nombre brut.

Cependant, Mariève Forest partage certains chiffres qui indiquent une croissance de l’immigration francophone en 2022. Une évolution qui s’amorce comparée aux chiffres des années 2015 à 2021. À cette époque, le pourcentage annuel de résidents permanents admis en Alberta et parlant français n’a jamais dépassé 2,1%. En 2022, il a bondi à 3% (1 050 personnes).

Le rôle des gouvernements à tout niveau

Selon la Constitution canadienne, «l’immigration est une compétence partagée en vertu de l’article 95 de la Loi constitutionnelle de 1867. Cette disposition législative prévoit de façon expresse la prépondérance fédérale en cas d’incompatibilité». Cependant, à l’instar du Québec, Mariève Forest constate que les gouvernements provinciaux s’en occupent de plus en plus. Elle cite en particulier le Programme des candidats des provinces qui leur permet de choisir des immigrants selon leurs propres critères d’admissibilité, notamment la maîtrise du français. Ce programme ne concerne d’ailleurs pas la belle province. Un quart des résidents permanents admis en 2022 ont été demandés par les autres provinces et, en Alberta, 5,6% d’entre eux étaient francophones.

La sociologue reconnaît, en outre, que le gouvernement de l’Alberta a procédé à «l’embauche de personnel en mesure de traiter des demandes en français», une mesure qui facilite l’établissement de nouveaux arrivants francophones. Toutefois, elle opine que ce genre de «bons coups» est insuffisant.

Pour remédier au déclin de la langue française en Alberta, elle partage quelques idées concrètes. Premièrement, «le gouvernement provincial devrait mettre en place […] un plan d’action d’immigration francophone si on veut être sérieux», suggère-t-elle. 

Ensuite, «on devrait adopter […] une cible ambitieuse» quant au nombre d’immigrants francophones admis. De plus, le pourcentage de francophones qui devraient immigrer devrait être de «13% si on veut rétablir le poids [démographique] de 1971» en Alberta ou de 5% pour assurer tout simplement une croissance.

Mariève Forest comprend que la survie d’une langue minoritaire dépend aussi de la politique mise en œuvre par les gouvernements. Elle propose donc «de meilleures mesures pour appuyer l’établissement des résidents temporaires, mais aussi dans leur transition vers la résidence permanente parce que ces gens-là rencontrent toutes sortes d’obstacles». Elle souligne le cas des étudiants internationaux pour lesquels «il n’y a pas de raison qu’on ne les appuie pas à obtenir la résidence permanente» après leurs études.

La communauté s’implique

Alphonse Ahola, le directeur général de Francophonie Albertaine Plurielle (FRAP), a participé au séminaire et en a apprécié le contenu et les idées soulevées. Il s’étonne néanmoins de l’augmentation drastique de l’immigration entre 2021 et 2022, même si son équipe est consciente d’un afflux accru de nouveaux arrivants. «Nous constatons une croissance dans les services que nous offrons», confirme-t-il. Il l’explique par la bonne santé économique de l’Alberta.

Grâce à cette présentation sur la démographie francophone, le responsable de l’organisme sans but lucratif responsable de l’établissement et de l’intégration des nouveaux arrivants francophones, a retenu les principes concernant «l’aspect du recrutement» d’immigrants à l’étranger. Si le gouvernement fédéral mène des campagnes dépeignant le pays sous un jour favorable, «le gouvernement de l’Alberta peut s’associer à ces initiatives» et «lui-même envoyer des délégations à l’extérieur pour parler principalement de l’immigration en Alberta», avance-t-il.

Alphone Ahola synthétise alors les idées de Mariève Forest dans l’exercice de ses propres fonctions. «Il y a eu des discussions autour de ces questions-là, sur le plan politique, sur le plan des difficultés que pourraient, par exemple, avoir les immigrants dans une province comme celle-ci, sur les services qui existent pour ces immigrants», résume-t-il.

Le recensement canadien a lieu tous les cinq ans et le prochain est prévu en 2026. Les résultats de celui-ci indiqueront l’évolution du poids démographique de la francophonie albertaine et permettront aux diverses parties prenantes, dont l’ACFA et la FRAP, de planifier leurs prochaines démarches.

Glossaire – Croissance : augmentation.