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le Samedi 17 juin 2023 16:00 Opinions

Un peu d’histoire : les débuts difficiles de l’école Gabrielle-Roy

L'école Gabrielle-Roy fête ses 25 ans. Photo : Courtoisie
L'école Gabrielle-Roy fête ses 25 ans. Photo : Courtoisie
Un peu d’histoire : les débuts difficiles de l’école Gabrielle-Roy
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Ces pages sont les vôtres. Le Franco permet à ses lecteurs et lectrices de prendre la parole pour exprimer leurs opinions. Pierrette Messier-Peet, directrice de l’école publique Gabrielle-Roy de 2000 à 2005, a voulu rendre hommage à celles et ceux qui ont participé à la création de cette école. Ce texte est dédié à tous les parents qui ont vu et verront grandir leurs enfants dans cet établissement.

Depuis la mise en œuvre de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, dans la région d’Edmonton, en 1994, pour avoir droit à l’éducation francophone, il fallait d’abord être catholique. Pourtant, dès le début, un groupe de parents déterminés a revendiqué l’éducation francophone non confessionnelle, soit une école publique. Souvent perçus comme étant des trouble-fêtes, ces parents ont dû mener une lutte pour faire reconnaitre leurs droits à une école publique pour leurs enfants. 

Sur le point d’entamer sa troisième année d’existence, l’école publique Gabrielle-Roy faisait face à une fermeture : sans ressources pédagogiques appropriées, les deux premières directions avaient abandonné le bateau.

Revenant d’un prêt de services au Campus Saint-Jean, j’ai été assignée comme directrice de l’école publique dès mai 2000. L’école comptait alors 23 élèves, ce que certains qualifiaient de «petite binerie». Dès ma première rencontre avec le comité de parents, j’ai été frappée par la détermination et le dynamisme contagieux des parents de l’école qui avaient une vision et étaient prêts à tout pour l’atteindre.

Durant les prochaines années, c’est ce que nous avons fait ensemble, et ce, malgré de nombreuses embûches de taille :

  • L’absence d’un site permanent : quel parent veut inscrire son enfant dans une école sans emplacement précis et appelée à déménager? 

«Sans offre active de service, il y a suppression de la demande», une citation de la Cour suprême du Canada, un principe bien connu par l’administration de l’époque. 

  • Le budget limité alloué à l’école voulait dire un sérieux manque de ressources pour permettre aux enseignants d’atteindre les objectifs fixés par le ministère de l’Éducation : les enseignants devaient créer leur matériel ou encore en emprunter à d’autres écoles.
  • La stigmatisation à laquelle faisaient face les enseignants et les élèves qui partageaient le transport scolaire avec les élèves d’une école catholique et qui se faisaient dire : «Tu n’es pas catholique, tu vas aller en enfer». Du côté du personnel, bien que l’école était désignée publique, ceux-ci devaient obligatoirement participer aux cérémonies catholiques du conseil scolaire.
  • Les rumeurs d’une éventuelle fermeture de l’école étaient toujours omniprésentes.

Mais le groupe de parents n’avait pas dit son dernier mot. Plusieurs stratégies ont été mises en place :

  • Des collectes de fonds : L’évènement annuel «Moules et blé d’Inde» et la contribution des revenus de casinos ont permis d’acheter des manuels de classe, du matériel d’éducation physique et ainsi complémenter le mince budget alloué à l’école.
  • Une campagne de publicité : Les parents ont utilisé différents moyens pour recruter des familles à l’école publique sous le thème «On est chez soi, à Gabrielle-Roy».
  • Retour à la francophonie : Plusieurs familles francophones de différentes confessionnalités qui avaient préalablement choisi l’éducation publique anglophone sont revenues dans la francophonie grâce à l’école Gabrielle-Roy. Même si ceci impliquait de la refrancisation, l’école a accueilli ces enfants à bras ouverts.
  • Immigration francophone : L’arrivée à Edmonton de nombreuses familles de toutes les régions d’Afrique, avec leurs cultures et religions diverses, est venue enrichir le projet d’école. Bien qu’on nous dise que ces enfants n’étaient pas des ayants droit, ceux-ci, dans la majorité des cas, étaient pourtant nés en sol canadien et avaient préalablement fréquenté une école francophone au Québec.
  • Multiculturalisme : Rapidement, l’école est devenue multiculturelle, centrée sur l’ouverture et le respect de l’autre. Gabrielle-Roy ressemblait à une école «des Nations Unies». Recherchant ce milieu de vie scolaire pour leurs enfants, plusieurs familles francophones ont alors choisi de les inscrire à l’école publique. 
  • Résultat : En cinq ans, bien que travaillant à contre-courant, les inscriptions sont passées de 23 à 164 élèves, et ce, malgré les paris que «jamais l’école publique n’aurait plus que 100 élèves» qui continuaient de circuler dans la communauté.
  • Déménagements : Bien sûr, ceci impliquait le défi de trouver des locaux pour accueillir tous ces élèves. En cinq ans, l’école a eu trois adresses.

Et finalement, on a enfin dû réaliser que l’éducation publique francophone représentait une source de croissance tant souhaitée par tous les conseils scolaires albertains.

Sur une note personnelle, malgré tous mes efforts pour le développement du projet, on m’a retirée du dossier après cinq ans. Cependant, la vision des parents a continué son implantation. 

Vingt-cinq ans plus tard, l’école Gabrielle-Roy rayonne. De plus, l’allocation de fonds d’Alberta Education pour la construction d’une nouvelle école démontre bien que le premier comité de parents avait vu juste. Le rayonnement de l’école publique Gabrielle-Roy est la preuve que la francophonie peut avoir différents modèles qu’il vaut la peine d’explorer. 

Maintenant à ma retraite, je suis fière d’avoir contribué avec ces parents au développement de la francophonie de la région d’Edmonton. 

Le flambeau est maintenant passé aux mains des parents actuels de l’école Gabrielle-Roy qui doivent assurément faire face à d’autres défis. 

À vous chers parents, je confirme ceci : «Aucun défi ne peut être relevé». L’existence de votre école en est la preuve.

«On est chez soi, à Gabrielle-Roy!»   

Joyeux 25e anniversaire et longue vie à l’école Gabrielle-Roy!